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Full text of "Le pasteur d'Hermas [microform]. Analyse accompagnée d'une notice"

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University of Chicago Libraty 

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Martin A. Ryerson 
H. H. KoHLSAAT Byron L. Smith 

Chas. L. Hutchinson C. R. Crâne 
H. A. RusT Cyrus h. McCormick 

A. À. Sprague C. J. Singer 






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PASTEUR D'HERMAS 



IMPRIMEIilE D. BARDIN, A S AIN T-GEHM AIN . 



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PASTEUR D'HERMAS 



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ANALYSE 



ACCOMPAGNÉE D'UNE NOTICE,. D'EXTRAITS 

ET DE NOTES 



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PARIS 

LIBRAIRIE SANDOZ ET FISGHBACHER 
G. FISGHBACHER, Successeur 

33, RUE pE SEINE, 33 
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1880 









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LE PASTEUR D'HERMAS 



NOTICE 



Lé Pasteur est une apocalypse qui a été écrite en grec 
dans le courant du second siècle, à Rome. Son authenticité 
et son antiquité sont hors de doute, puisqu'il à été cité et 
mentionné plus ou moins longuement par Irénée (m. en 
202), par saint Clément d'Alexandrie (m. eu 217), par 
Origène (m. en 253), etc. Son nom figure en outre dans 
le canon de Muratori, que l'on suppose avoir été rédigé 
vers l'époque d'Irénée, de 180 à 190. Quant à la date pré- 
cise de sa composition, elle peut être, d'après les témoi- 
gnages internes, fixée entre les années 130 et 140, vers la 
fin du règne d'Adrien mort en 138. Cette conclusion est 
du reste confirmée par la déclaration du canon de Mura- 
tori, qui attribue la composition de Pasteur à unHermas, 
frère du pape Pie I, dont on place le pontificat entre 142 
et 157. Une autre opinion mise en avant par Origène, et 
suivie par Eusèbe et saint Jérôme, donne pour auteur à, 
notre livre cet Hermas que Paul salue dans son épître aux 
Romains (ch. xvi, v. 14). Mais l'état intérieur et extérieur 
de l'Église de Rome, tel qu'il est dépeint dans le Pasteur, 
rend cette opinion très invraisemblable. Du reste, qu'on 

adopte la première ou la seconde, on se heurte à de graves 

1 



2 LE PASTEUR D HE RM A S 

difficultés. (Voir la note placée à la fm de la présente 
notice). 

Heureusement l'intérêt que présente le Pasteur, qui 
nous fournit des renseignements si intéressants, sur l'état 
et les croyances des Églises chrétiennes au moment de sou 
apparition, cet intérêt, dis-je, dépend beaucoup moins 
du personnage problématique qui en est l'auteur et de la 
date précise de sa composition, que du crédit dont il a 
joui dans l'Église pendant le u"^ et le m'^ siècles au 
moins. Or tous les témoignages concordent pour nous 
montrer qu'il avait acquis alors une vogue immense, qui 
fait du Pasteur un représentant irrécusable des senti- 
ments généraux de la chrétienté aux époques primitives. 
Si jamais ce livre n'a été vénéré à l'égal des quatre Évan- 
giles et de la plupart des autres écrits reçus comme apos- 
toliques, qui composent le recueil du Nouveau Testament, 
du moins est-il certain qu'il a été considéré comme une 
écriture inspirée, et qu'à ce titre il était lu habituellement 
dans les assemblées des chrétiens et cité comme une 
autorité par les Pères. Voici les preuves les plus intéres- 
santes de ces diverses assertions. 

^ Nous avons d'abord le Canon de Muratori, qui con- 
tient la nomenclature des livres que l'Église catholique 
(texte textuel) est dite reconnaître pour apostoliques, et 
qu'elle oppose comme une autorité aux livres des héréti- 
ques. La série des livres apostohques se termine par les 
Apocalypses de Jean et de Pierre, que l'auteur dit être les 
seules reçues d'entre toutes les Apocalypses qui existaient 
alors : à l'égard de celle de Pierre cependant, il fait 



1. Ces renseignements sont extraits textuellement de V Histoire 
du Canon des saintes Ecritures^ par M. Ed. Reiiss. 




LE PASTEUR D.'hERMAS. 3 

observer que quelques-uus lui refusent l'honneur de l'usage 
officiel dans l'Église. L'auteur eu nomme toutefois ensuite 
encore une autre, le Pasteur d'IIermas, qu'il dit avoir été 
écrite récemment de notre temps, pendant que Pie occu- 
pait le siège épiscopal de Rome, et par son frère. On doit 
la lire (legi quidem Pastorem oportet), dit-il; mais, on ne 
doit lui accorder une place, ni parmi les prophètes dont le 
recueil est clos, ni parmi les écrits apostoliques. 

Irénée cite le premier commandement du Pasteur sous 
la forme consacrée de rpatp'/i, l'Écriture (1. IV, xx, 2) î 
(( Bene ,ergo pronuntiavit Scriptura quee dicit:. Primo 

omnium crede, quoniam unus est Deus » (Voir 

Eusèbe, H. E., 1. V, vni, 7). L'emploi de ce terme de 
rpaç-/) appliqué au Pasteur, sans autre désignation plus pré- 
cise, montre bien qu'il était universellement connu, lu et 
vénéré dans les Églises d'Occident. Le témoignage du 
Canon de Muratori se trouve ainsi renforcé. — Notons eu 
passant qu'une traduction latine devait déjà exister du 
temps d'Irénée, pour rendre alors possibles en Occident 
ces lectures devant le peuple. 

TertuUien, dans son livre De oratïone, ch. xn, se raille 
des chrétiens qui se croyaient obligés à s'asseoir après 
avoir achevé leurs prières, parce qu'ils lisaient dans 
le Pasteur (Vis.V/1) : « Gum adorassem et assedis- 
sem super lectum..., » et dans ce passage, il donne à 
ce livre le titre consacré d'Écriture : Hermas ille_, cujus 

Scriptura fere Pastor inscribitur imo contra Scripturàm 

fecerit^, si qtiis in cathedra aut subselHo sederit (non in 
lecto). » Devenu montaniste, TertuUien prit le Pasteur eu 
aversion, et il l'appelle un livre bon pour les adultères 
[De Pudicitia, ch. x et xx) : a Scriptura Pastoris qua? solà 
mœchos amat. . '. Pastor ille mœchorum) : il prétend dans 



LE PASTEUR d'hERMAS. 



lé premier de ces deux passages qu'il était exclu de toutes 
les Églises, et jugé apocryphe et faux, qu'il ne mérit^ait 
pas de figurer dans le recueil canonique. Il résulte cepen- 
dant de ses propres expressions que ses adversaires, le 
pape Zépliyrin par exemple, lui avaient opposé l'autorité 
du Pasteur, et lui-mê'me reconnaît un peu plus bas, bien 
involontairement, il est vrai, que le Pasteur était reçu 
dans les Eglises, quoique avec moins de faveur que 
l'épître aux Hébreux : « Et utique receptior apud Eccle- 
sias Epistola Barnabse illo apocrypho Pastore mœchorum » 
[Depud., ch. xn). 

Saint Clément d'Alexandrie emprunte au Pasteur des 
citations assez fréquentes et parfois étendues : il insiste 
sur l'inspiration qu'il attribue à l'auteur : « La Puissance 
qui a parlé divinement à Hermas dans son Apocalypse, 

6pa[j.aTa, (pY,cl,... » (Strom. I, xxix, p. 246). — « La Puis- 
sance qui est apparue à Hermas dans une de ses visions, 
sous la forme de l'Église, ne lui a-t-elle pas donné un 
livre à copier, parce qu'elle voulait qu'il le communiquât 
aux Églises?» (Strom. VJ^ xv, p. 806). — « La Puissance, 
qui lui est apparue, dit à Hermas :...» (Strom. II, ch. i, 
p. 430). 

Origène' témoigne que le Pasteur est répandu dans 
l'Église : il ne doute pas de l'inspiration de ce livre et le 
cite souvent : « Je pense, dit-il, que cet Hermas, que Paul 
salue dans son épître aux Romains (ch. xvi, 14) est 
l'auteur de ce livre qu'on appelle le Pasteur: cette Écri- 
ture me semble très-utile, et à mon avis, elle a été divine- 
ment inspirée » (Comment, in Rom., 1. X, ch. xxxi). 
Mais il reconnaît, eu le regrettant, que tout le monde n'est 
pas de son avis: « Si nous devons oser faire usage d'un 




LE PASTEUR d'hçRMAS. S 

livre répandu dans l'Église, sans être cependant tenu pour 
divin par tout le monde, nous nous appuierons sur ce qui 
est rapporté dans le livre du Pasteur au sujet de certaines 
personnes. » {Comment. Math., ch. xiv). — « Ce qui est 
dit dans le Pasteur^ livre qui est méprisé par quelques 
personnes....» (De princip,, iv, 11). 

Terminons par le témoignage d'Eusèbe. Cet historien 
partage les livres qui se donnaient pour inspirés en 
trois catégories^ et_, pour base de sa classification, il prend 
le nombre des voix qui s'étaient prononcées pour ou 
contre chacun d'eux. La première catégorie comprend 
ceux sur l'autorité et l'authenticité desquels toutes les 
Églises, tout les auteurs qu'ilavait consultés étaient d'ac- 
cord; la troisième est formée de ceux contre lesquels les 
témoins se prononcent avec une égale unanimité. La 
seconde forme dès lors une classe intermédiaire, compo- 
sée des livres au sujet desquels les suffrages se divisaient. 
Les premiers sont les homologoumènes, les seconds sont 
les antilégomènes^ ou livres contestés, qu'il appelle égale- 
ment bâtards (voôa) ou apocryphes * , c'est-à-dire qui 
n'ont pas le cachet de légitimité canonique. Les derniers 

1. Eusèbe applique indistinctement aux mêmes livres l'épithète 
d'antilégomènes et de bâtards : ainsi il dit, 1, III, 23 : « Dans la 
classe des antilégomènes on place d'habitude l'épître dite de Jac- 
ques, et celle de Jude, etc.» Ailleurs (1. 11,23), il dit : «Ilfaut cepen- 
dant savoir que l'épître de Jacq.ues est illégitime. Il n'y a qu'un 
petit nombre d'auteurs anciens qui la mentionnent ainsi que 
celle dite de Jude, qui est aussi du nombre des sept épîtres catho- 
liques. » 

On sait encore par le passage suivant (III, 31) qu'Eusèbe ne 
considérait que trois classes de livres : « Voilà ce qui est parvenu 
à notre connaissance relativement aux apôtres et à leur époque, 
ainsi qu aux saintes Ecritures qu'ils nous ont laissées, et aux 
livres qui, bien que contestés, sont cependant consacrés à l'usage 



6i ■ LK PASTEUR D HERMAS. 

sont les livres hérétiques, contraires à la vraiç foi aposto- 
lique. C'est dans la seconde classe, celle des livres con- 
testés, qu'Eusèbe place le Pasteur d'IIermas, en compa- 
gnie cle Fépître de Jacques, de celle de Jude, de la seconde 
de Pierre^ des deux. dernières de Jean, de l'épître de 
Barnabas, et ajoute-t-il, de l'Apocalypse de Jean, que les 
uns rejettent, tandis que les autres la comprennent parmi 
les livres universellement reçus {H. £'., L III, ch. xxv). 
Il dit encore, 1. III-, ch. ni : « Quant au Pasteur, il faut 
savoir qu'il rencontre de l'opposition, de sorte qu'on ne 
saurait le mettre parmi les homologoumènes : d'autres 
cependant le jugent indispensable pour rinstruction élé- 
mentaire. C'est pour cette raison qu'il est en usage dans 
les Églises, et je vois que plusieurs des anciens auteurs 
s'en servent, w 

Nous avons un autre genre de preuves de l'usage qu'on 
faisait dans les anciennes Églises du Pasteur d'Hermas : 
c'est la composition des anciens manuscrits du Nouveau 
Testament^ de ces belles copies en grand format sur par- 
chemin qui étaient faites^ non pour des individus, mais 
pour des Églises. 

Le plus ancien manuscrit existant de la Bible grecque, 
le Codex du Sinaï, rapporté en 1860 par M. Tischendorf 
et qui date du iv'' siècle, comprend le Pasteur. 

Le Codex de Clermont; offre à la suite du texte la copie 
d'une ancienne liste complète des livres de l'Ancien et du 
Nouveau Testament. Cette stichométrie, comme on appe- 
lait alors ces listes, se termine par la mention des livres 
suivants : l'épître de Jacques, les trois de Jean, celle de 

public dans la jDlujDart des Eglises, enfin à ceux qui sont absolument 
pocryphes et contraires à la ATaie foi apostolique. » 



LE PASTEUR d'iIERMAS. 



Jude^ celle de Barnabas (épître aux Hébreux), l'Apoca- 
lypse de Jeau, les Actes des Apôtres, le Pasteur d'Her- 
mas, les Actes de Paul et la Révélation de Pierre. 

En voici assez pour établir l'autorité dont a joui long- 
temps le Pasteur, et l'intérêt qui existe à constater la na- 
ture exacte des croyances qu'il nous révèle. 

Nous avons vu qu'une traduction latine du Pasteur a dû 
être faite de très bonne heure. Jusque dans ces derniers 
temps on ne possédait le texte du Pasteur que dans cette 
langue : il y a plus^ tous les manuscrits latins connus de 
ce livre représentaient une version unique, celle qu'on 
appelle la version latine vulgaire, et ces manuscrits décou- 
lent tous d'un manuscrit unique fort corrompu. Mais de- 
puis peUj on à découvert et publié : 

l*^ Une seconde version latine, dite Palatine; 

2*^ Une version éthiopienne; 

3^ Le texte grec presque complet. 11' ne fait, en 
effet, défaut que pour la fin du livre, c'est-à-dire pour les 
chapitres xxx-xxxiii de la neuvième similitude et la 
dixième similitude tout entière^ qui comprend quatre 
.chapitres. 

On peut donc s'écrier avec M. Hilgenfield(1866)j faisant 
allusion à Mathieu, xm, 17*: « Quod permulti, si non 
« prophetae, tamen justi viri doctique, antea videre cu- 
« pierunt, sed non viderunt, grœciim liermœ Pasto- 
« rem^ eum uobis coqtigit videre. Fragmenta quidem 
« graeca jam priores editores inter quos J.-B. Cotelerius 
« etJ.-A. Fabricius excellebant, ex Ecclesiae scriptoribùs 



1. Math. XIII, 17 : Beaucoup de prophètes et de justes ont sou- 
haité de voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, et d'entendre ce 
que vous entendez et ne l'ont point entendu. — CL Luc, x, 24. 



8 LE PASTEUR d'hERMAS. 

« cliligentér contulerunt, sed grsecus textus ipse uostra 
u demum œtate incotuit. » 

Ce texte grec a pu être rétabli : 

1° Au moyen du manuscrit du Sinaï, qui, malheureuse- 
ment, est détruit à partir du sixième verset du troisième 
chapitre du quatrième commandement,, et fournit, par 
conséquent, à peine le premier quart; 

2° Au moyeu du Codex Lipsicnsis, c'est-à-dire de trois 
feuilles proyenant d'un manuscrit peu ancien, découvert 
au mont Athos par le Grec Simonide, et de la copie du 
reste de ce manuscrit faite de la main de ce même Si- 
monide; 

S'^ Au moyen des citations faites par Clément d'Alexan- 
drie et d'autres Pères. Il faut mentionner en particuher 
deux ouvrages oii l'on rencontre des extraits fort étendus, 
plus ou moins textuels, du Pasteur ; c'est : 1^ le livre des 
homélies à Antiochus , qui est attribué à Athanase ; 
2^^ l'ouvrage d'Antiochus de Palestine, intitulé Pandecie 
de V Écriture sainte. Ce moine, qui vivait dans le courant 
du v° siècle au monastère de Saint-Saba, a, comme le faux 
Athanase, fait ses nombreux emprunts au livre d'Hermas 
sans indiquer la source oii il puisait. 

La version latine vulgaire, accompagnée des extraits du 
texte grec recueiUis dans les Pères, a été imprimée bien 
des fois : on la trouvera, par exemple, dans le deuxième 
volume des Pères grecs de la collection Migne. 

Le texte grec a été édité d'abord par M. Tischendorf, 
en 4 856, puis par M. Ililgenfeld en 1866, enfin par 
MM. Oscar de' Gebhardt et Adolphe Ilarnack en 1877, à 
Leipzig. Cette dernière édition comprend en outre la version 
latine dite Palatine, ainsi que des prolégomènes étendus 
très-intéressants et un commentaire perpétuel fort ins- 



LE PASTEUR d'hERMAS 9 



tructif. Elle est divisée en versets; c'est à elle que se rap- 
porteront nos renvois. 



NOTE SUR L'AGE DU PASTEUR 



Le Pasteur témoigne d'un grand relâchement dans l'É- 
glise de Rome ; l'impression qu'il laisse est que le nombre 
des chrétiens convaincus et sérieux n'y forme qu'une mi- 
norité. Il est peu probable qu'il en fût déjà ainsi à la fin 
du i"^^ siècle. 

En outre, ou y voit que les chrétiens ont déjà été per- 
sécutés, que des recherches positives ont été faites contre 
eux, qu'ils ont été dénoncés, traînés devant les tribunaux, 
où on a voulu leur faire renier le Christ. Or, tous ces 
caractères ne sauraient s'appliquer évidemment à la per- 
sécution de Néron, qui frappa les chrétiens en bloc, sans 
poursuites ni jugements. Quant à Domitien, c'est à peine 
s'il persécuta les chrétiens : u Domitien, dit Tertullien 
[Apolog., 5), ce demi-Néron pour la cruauté, avait aussi 
essayé de la violence ; mais, comme il conservait quelque 
chose d'humain, il s'arrêta sur cette pente et rappela 
même ceux qu'il avait exilés. » 11 n'y a eu sous son règne 
ni tribunaux siégeant, ni juges instruisant et prononçant 
dans des causes chrétiennes. Pline écrit à Trajan qu'il n'a 
jamais assisté à des procès criminels faits à des chrétiens, 
qu'il ne sait pas bien sur quoi porte l'instruction, quel est 



■i) 



10 LE PASTEUR d'heRMAS. 

précisément le crime dont on les accuse. Or Pline, qui 
était légat de l'empereur Trajan en Bithynie quand il écri- 
vait ces mots, vivait à Rome du temps de Domitien ; il y 
exerçait la profession de jurisconsulte et d'avocat; pendant 
plus de vingt ans il n'avait pas quitté le barreau ; il avait 
traversé toutes les charges publiques, y compris lapréture 
et le consulat. On est ainsi reporté à la fin du règne de 
Trajan et à l'époque d'Adrien, époque à laquelle on com- 
mença à instruire régulièrement contre les chrétiens. 

Une autre considération d'un genre différent s'oppose 
à ce qu'on attribue au Pasteur une trop haute antiquité. 
L'auteur qui fait une énumératiou si longue et si détail- 
lée des diverses espèces de chrétiens, ne fait pas la moin- 
dre allusion à des chrétiens judaïsants. La rupture entre 
l'Eglise et la Synagogue était donc dès lors un fait ac- 
compli. 

D'un autre côté, si le Pastem' n'est pas l'œuvre d'un dis- 
ciple inimédiat des Apôtres, comment a-t-il mérité l'hon- 
neur de figurer parmi les livres lus publiquement dans les 
assemblées des chrétiens? Il serait le seul dans ce cas. 

S'il n'a été composé que vers 140, comment était-il si 
répandu en Orient et en Occident dès les temps de Clé- 
ment d'Alexandrie et d'irénée, déjà morts, le premier en 
217 et le second en 202? Comment était-il dès lors vénéré 
partout, même des chrétiens les plus instruits ? 

Eufyi l'auteur du Pasteur ne connaît pas d'évêques. 
Irénée, au contraire, en est déjà à préconiser l'épiscopat • 
et à fournir une liste complète d'évêques romains (i?«?r^5., 
1. III, ch. let suiv.) ^ 

1. Pundantes igilur et jnstruentes beati ai^ostoli Petrus et Paulus 
Ecclôsiam Romœ, Lino episcopatiim aciministj'andœ Ecclesiaî tradi- 
deriint... Siiccedit aiitem ei Anacletus : post eiim tertio loco ab 



^ 



LE PASTEUR d'hERMAS. 11 

N'y a-t-il pas quelque chose de choquant, de contradic- 
toire, qui inspire la défiance, à voir le Canon deMuratori 
proclamer comme ayant été composé « récemment, de 
notre temps, sous Vépiscopat de Pie^ » un ouvrage oii, 
précisément, l'épiscopat est ignoré? « Pastoren;i vero nu- 
u perfime temporibus nostris in urbe Roma Herma cons- 
« cripsit, sedente cathedra urbis Romse Ecclesise Pio 
(( episcopo fratre ejus. » Quant à supposer que, par les 
derniers mots, l'auteur du canon a simplement voulu dire 
qu'Hermas avait un frère, Pie, qui était, un des auciens 
de l'Église de Rome, on ne le peut pas, en présence du 
document contemporain fourni par Irénée, auquel nous 
avons fait allusion. 



apostolis episcopatum sortitur Glemens... etc. — La série de ces 
évoques estl° Lin; 2" Anaclet; 3" Clément;. -4° Évariste; 5° Alexan- 
dre; 6° Six tus; 7° Télespiiore ; 8" Hygin ; 9"^ Pie; 10^ Anicet; 
11" Soteret 12° Eleuthèrc, contemporain d'Irônée.— Il faut remar- 

r 

quer ici qu'Irénéc attribue la fondation de TEglise de Rome aux 
deux apôtres Pierre et Paul également et qu''il ne compte ni l'un 
ni l'autre au nombre des évoques de cette ville. 




LE PASTEUR d'hERMAS. 



APERÇU 



Le Pasteur est une Apocalypse : c'est une série de 
visions ou de révélations faites à Ilermas par des person- 



nages célestes. 



L'ouvrage est divisé en trois parties, dont la première 
est formée de cinq visions, la seconde de douze comman- 
dements et la troisième de dix similitudes. 



■ ■ 1° Visions. 

Première vision (quatre chapitres). — Hermas raconte 
qu'il avait été conduit à Rome pour être vendu à une 
chrétienne nommée Roda. Au bout de quelques années il 
fît sa connaissance et l'aima comme une sœur. L'ayant 
vue un jour se baigner dans le Tibre et lui ayant donné la 
main pour sortir du fleuve, il fut frappé de sa beauté, et le 
désir lui vint, quoiqu'il fût marié, de posséder une femme 
qui lui ressemblât. 

Un certain temps après, s'étant endormi sur la route de 
Cumes, il eut une vision. Roda lui apparut dans le ciel et 
lui reprocha, comme une faute, le désir qui s'était élevé 
dans son cœur. Quand elle se fut retirée, Hermas aperçut 
un trône tout blanc, oii vint s'asseoir une femme âgée qui 
tenait un livre dans les mains. Cette femme le voyant tout 



LE PASTEUR d'hERMAS. 




troublé du reproche que lui avait fait son ancienne maî- 
tresse, le rassura sur ce point, mais lui apprit que le Sei- 
gneur était irrité contre lui, parce qu'il avait laissé ses 
enfants se corrompre ainsi que toute sa maison. Elle lui 
fit ensuite une lecture dans son livre, puis se retira vers 
l'orient, emmenée par six jeunes gens. 

Deuxième vmoîi (quatre chapitres). — L'année suivante, 
toujours sur la route de Cumes, il est transporté en esprit 
dans le même lieu que la première fois et revoit la même 
vieille femme hsant un petit livre qu'elle lui donne à 
copier, ce qu'il fait, sans du reste le comprendre. C'est 
seulement quinze jours plus tard que le sens de ce hvre lui 
est révélé en songe par un jeune homme : on y accusait sa 
femme de ne pas retenir sa langue, et ses enfants d'avoir 
dénoncé leurs parents : on engageait Hermas à ne pas les 
renvoyer pour cela, mais à les exhorter à faire pénitence. 
Le jeune homme lui apprend en même temps que la vieille 
femme qu'il avait vue était l'Éghse. Celle-ci lui apparaît 
un peu plus tard pour lui donner l'ordre de lire son livre 
aux anciens et d'en faire deux copies, qu'il remettra l'une 
à Clément, l'autre à Grapta ; le premier l'enverra aux villes 
étrangères, la seconde la communiquera aux veuves et aux 
orphelins. • 

Troisième vision (treize chapitres). — La même 
femme apparaît encore à Hermas dans un songe et lui 
donne rendez-vous dans un champ, oii il va : il y 
trouve des sièges préparés, mais personne; toutefois la 
femme ne tarde pas à se présenter, toujours accompagnée 
par les mêmes six jeunes gens qui la servent. Elle fait 
asseoir Hermas et donne à ceux-ci l'ordre de bâtir. Bientôt 
Hermas voit s'élever sur les eaux une tour carrée qu'édi- 
fiaient ces six jeunes gens avec l'aide d'une multitude 




LE PASTEUR d'hERMAS, 



d'autres hommes qui allaient chercher des pierres de tous 
côtés : parmi ces pierres, les unes étaient admises, les 
autres rejetées, soit provisoirement, soit définitivement, 
chap. i-n. — L'explication de cette apparition est bien- 
tôt donnée à Hermas par la femme, qui lui apprend que 
la tour, c'est elle-même^ l'Église, que les six jeunes g-ens 
sont les anges créés les premiers, les chefs des autres 
anges que figuraient les hommes apportant les pierres : 
ces pierres sont les différentes variétés rVappelés, qu'elle 
lui dépeint : quant aux sept femmes qu'il voit tout autour 
de la tour, la soutenant, ce sont les sept vertus princi- 
pales, la Foi, la Tempérance, etc., chap. m-ix. — L'ex- 
plication étant finie, la femme est emportée dans la tour 
par les six jeunes gens, pendant qu'ïlermas lui demande 
de lui expliquer ce que signifient les trois formes différentes 
sous lesquelles elle lui était apparue, d'abord vieille, puis 
de plus en plus jeune. Cette explication ne lui est donnée 
qu'un peu plus tard dans un songe, par un jeune homme, 
chap. x-XHi. 

Quatrième vision (trois chapitres). — Hermas ayant 
pris la voie Campanienne, s'était engagé sur une route 
de traverse solitaire, quand il voit s'élever un grand 
nuage de poussière et aperçoit bientôt un monstre de la 
grandeur d'une baleine, qui s'avançait vers lui ; des sau- 
terelles de feu ^ sortaient de sa bouche, et sa tête était de 
quatre couleurs. Hermas s'étant recommandé à Dieu avec 
confiance, le laissé s'approcher sans trembler : effective- 
ment le monstre s'arrête à ses pieds, et le laisse passer 
sans lui faire aucun mal, chap. i. — L'ÉgHse vient 
alors au-devant de lui sous la forme d'une vierge parée 

■ 1 ^poc.,ix, 3 : de cotte famée il sortit des sauterelles qui se 
répandirent sur la terre... 



LE PASTEUR d'hERMAS. 15 

comme une nouvelle mariée^ et lui explique que cette bête 
est uue image de la grande tribulation qui va venir, mais 
dont les vrais fidèles n'auront rien à craindre, cliap. n-iii. 
Cinquième vision (un chapitre). — Cette vision n'est 
qu'un préambule à la seconde partie qui va suivre, celle 
des douze commandements. Hermas était chez lui, occupé 
à prier, quand il voit entrer tout à coup un ange habillé 
en berger, qui lui -apprend que VAnge très-vénérahle l'a 
envoyé habiter dans sa maison, pour lui transmettre cer- 
tains commandements et lui procurer de nouvelles visions. 

Commandements. 

Premier commandement (un chapitre). — Croire eu un 
seul Dieu, infini, créateur du monde, et le craindre. 

Deuxième commandement (un chapitre). — Éloge de 
la simplicité de cœur; ne pas médire du prochain : faire 
l'aumône sans distinction de personnes. 

Troisième commandement (un chapitre). — Respecter 
la vérité. 

Quatrième commandement (quatre chapitres). — Chap. i! 
Observer la chasteté, même en pensée : on doit se séparer 
de sa femme, si elle tombe, dans l'adultère et dans l'idolâ- 
trie : toutefois il ne faut pas se remarier, afin de se réser- 
ver la faculté de la reprendre, si elle vient à se convertir. — 
Chap. u : Le repentir est un acte d'inteUigence. — Chap; ni : 
Il n'y a pas d'autre rémission des péchés que celle qui 
s'obtient par le baptême: toutefois, dans sa miséricorde. 
Dieu vient faire en ce moment un suprême appel aux 

1. yi_poc., XXI, 2 : Et je vis descendre du ciel, d!auprès de Dieu, 
la Ville sainte, une Jérusalem nouvelle, prêté comme une épouse 
qui.s'est parée pour son époux. . 




16 LE PASTEUR d'hEAMÀS. 

pécheurs et est prêt à les admettre encore à la pénitence ; 
mais il faut se hâter d'user de cette faveur exceptioiinelle, 
qui ue profitera pas aux péchés commis à l'avenir. — 
Chap. IV : Il vaut mieux ne pas se remarier, quand on 
est devenu veuf. 

Cinquième commandement (deux chapitres). — Éloge 
de la patience ; condamnation de la colère, qui met en 
fuite l'Esprit-Saint et donne accès aux esprits du mal. 

Sixième commandement (deux chapitres). — La justice' 
et l'injustice : l'homme a toujours à ses côtés deux anges, 
un ange du bien et un ange du mal, qui parlent alternati- 
vement \ son cœur : il est facile de les reconnaître à la 
nature de leur langage. 

Septième commandement (un chapitre). — Craindre 
Dieu, mais non le diable. Ne pas se contenter de craindre 
Dieu, mais encore observer ses commandements. 

Huitième commandement {\m chapitre). — Quelles sont 
les choses dont il faut s'abstenir et celles dont on doit se 
garder de s'abstenir. 

Neuvième commandement {un chdi^iivQ). — Mettre toute 
sa confiance en Dieu et bannir le doute de son cœur. Le 
doute est un des vices les plus funestes aux fidèles. 

Dixième commandement (trois chapitres). — La tris- 
tesse est encore une des dispositions de l'âme les plus fâ- 
cheuses pour les fidèles. La tristesse porte au mal, afflige 
l'Esprit-Saint, et les prières de l'homme triste ne s'élèvent 
pas jusqu'à Dieu, devant qui trouve grâce, au contraire, la 
gaieté du cœur : il y a cependant des circonstances oti la 
tristesse est le chemin du salut. — Chap. i : Digression 
sur la nécessité de se désintéresser du monde pour acqué- 
rir l'inteUigence des choses saintes. 

Onzième commandement (un chapitre). — Caractères 



LE PASTEUR D HERMAS. 

distinctifs des Yrais et des faux prophètes. Se garder des 
faux prophètes ; ne pas les consulter. * 

Douzième commandement (six chapitres). — Chap. i-ni : 
Chasser de son cœur les mauvais désirs et cultiver l'amour 
de la vertu. —Chap. in-vi : Les commandements de Dieu 
sont doux et aisés : les serviteurs de Dieu n'ont rien à 
craindre dudiable, qui ne peut rien contre eux. 

SlMIUTUDËS. 

Première similitude. (un chapitre). — ; Les serviteurs de 
Dieu habitent ici-bas dans un monde qui leur est étranger, 
leur propre cité est ailleurs ^^ : ils ne doivent pas chercher 
à amasser des biens sur cette terre. 

Deuxième similitude (un chapitre). — De même que la 
vigne, pour s'élever et fructifier, a besoin du soutien 
d'un orme, de même, pour s'élever et produire du fruit, le 
riche a besoin de s'appuyer sur le pauvre, qui seul est 
puissant auprès Dieu. 

IVoisième similitude (un chapitre). — Le Pasteur mon- 
tre à Hermas un grand nombre d'arbres dépourvus de 
feuilles, tous semblables entre eux : ils sont l'image de 
ce monde, où les justes et les pécheurs se trouvent con- . 
fondus. 

Quatrième similitude (un chapitre). — Le pasteur mon- 
tre ensuite à Hermas une autre plantation d'arbres, oti les 
uns sont couverts de feuilles et les autres desséchés. C'est 
l'image du siècle à venir, oti les justes fleuriront, tandis 

i. V Ep. Jean, iv, 1 : Mes bicn-aimcs, ne vous fiez pas à tout 
esprit, mais éprouvez les esprits, pour voir s'ils viennent de Dieu, 
car beaucoup de faux prophètes ont paru dans le monde. 

:2. Ilébr. XIII, 14 : ... Car nous n'avons point ici de cité perma- 
nente, mais nous clierclions celle qui est à venir. 





18 LE PASTEUR d'hERMAS 

que les gentils et les pécheurs seront desséchés et brûlés. 
Cinquième similitude (sept chapitres). — Les chapitres i 
et m expliquent que le jeûne agréable au Seigneur con- 
siste à pratiquer la charité. — Le chapitre deuxième déve- 
loppe l'allégorie suivante : Un maître^ sur le point de par- 
tir pour un voyage, fait choix d'uii serviteur à qui il confie 
sa vigne, pour qu'il la garnisse d'échalas. Celui-ci s'acquitte 
avec soin de cette mission, et fait, en outre, tout ce qu'il 
peut pour que son maître à son retour retrouve sa vigne 
dans l'état le plus florissant. Le maître, lorsqu'il la revoit, 
se sent en effet si heureux du zèle déployé par son servi- 
teur, qu'il convoque son fils unique et ses conseillers, 
pour leur déclarer sa résolution d'adopter le serviteur et 
de l'établir cohéritier de son fils. Ceux-ci applaudissent à 
cette décision. — Les chapitres iv et v donnentl'explication 
de cette parabole. Le maître du champ, c'est Dieu; le 
champ, c'est le monde ^; le fils du maître, c'est le Saint- 
Esprit, Fils de Dieu ; les conseillers, ce sont les six ar- 
changes; enfin le serviteur, c'est l'Homme-Christ que le 
Saint-Esprit a choisi comme demeure et comme coopéra- 
teur, lorsqu'il a voulu, au prix de mille peines, purifier le 
genre humain et lui transmettre la loi qu'il avait reçue de 
son Père. L'Homme-Christ s'est prêté avec tant de zèle à 
ce ministère, a partagé avec tant de courage les fatigues de 
l'Esprit-Saint, qu'il a mérité d'être appelé par Dieu à parti- 
ciper pour toujours à la gloire et à l'habitation de celui-ci. 
— Le chapitre 'septième est une exhortation adressée à tous 
les fidèles, en la personne d'Hermas, pour qu'ils s'abs- 
tiennent de souiller cette chair, qui doit partager un jour 
la récompense de l'Esprit. 

1. Math. XIII, 3*7 : Il répondit : Celui qui sème la bonne semence, 
c'est le Fils de l'homme, le champ c'est le monde, etc. 



Lli PASTEUR d'hEUMAS. 19 

Sixième similitude (cinq chapitres). — Chap. i-iii : Le 
Pasteur montre à Ilermas un berger à l'extérieur avenant, 
qui fait paître un troupeau divisé en deux parts au milieu 
de pâturages plantureux : dans la première partie du trou- 
peau, on voj'^ait toutes les brebis folâtrer, tandis que dans 
la seconde, elles ne se livraient à aucun ébat. Bientôt 
Hermas voit celles-ci livrées à un second berger à l'air 
rude, qui les mène paître au milieu des épines et les acca- 
ble de coups, sans leur laisser un instant de relâche. — 
Le premier berger est l'ange de la volupté, et le second 
l'ange du châtiment ; la première partie du troupeau re- 
présente les fidèles que la volupté a perdus sans retour; la 
seconde partie figure ceux pour lesquels il y a espoir de 
guérison par le moyen de la pénitence. Les épines et les 
coups représentent les diverses épreuves de la vie qui 
servent d'expiation. — Chap. iv-v : Exphcations sur la 
manière dont la durée des peines doit être appréciée : s'il 
y a de mauvaises voluptés, il y en a de bonnes. 

Septième similitude (un chapitre). — Le Pasteur expli- 
que à Hermas qu'il a été livré à l'ange du châtiment à cause 
des péchés de toute sa maison, et lui promet d'intercéder 
auprès de ce dernier pour qu'il adoucisse ses soufïrances. 

Huitième similitude (onze chapitres). — Chap. i, u : 
Le pasteur montre à Hermas un grand saule qui couvrait 
les plaines et les montagnes et sous l'ombre duquel vien- 
nent se réunir tous ceux à qui l'Évangile a été prêché. 
Près du tronc se trouvait un ange de haute taille avec une 
faux. U en coupe une multitude de petits rameaux, sans 
que l'arbre paraisse en souffrir et les distribue à tout ce 
peuple. Bientôt il se les fait rendre dans l'ordre même oii 
il les avait donnés, et les examine un à un. Tous ceux qui 
les rendent couverts de fruits ou au moins de feuilles re- 




20 LE PASTEUn D'ifEItMAS. 

çoiveut des courouDCs \ et il les envoie habiter dans la 
tonr. Quant aux autres^ il les livre à l'ange de la péni- 
tence, pour qu'il fasse subir une épreuve à leurs baguet- 
tes, et les traite ensuite suivant le résultat de cette 
épreuve. — Cliap. in : Explication partielle de l'allégorie : 
Le grand arbre, c'est la Loi, qui est elle-même le Fils de 
Dieu^ ; Fange, c'est l'archange Michel, le chef du peuple 
saint, à qui il a donné la loi, représentée par les baguettes. 
Ceux qui ont été dirigés vers la tour, ce sont ceux qui 
ont observé fidèlement la loi, c'est-à-dire les martyrs, 
les confesseurs, les saints et les justes. Ceux qui ont été 
livrés au Pasteur, ce sont ceux qui ayant plus ou moins 
transgressé la loi, ont besoin de faire pénitence. — 
Chap. iv-v : Au bout de quelques jours le pasteur qui avait 
planté et arrosé (chap, n)'les baguettes de ceux qui lui 
avaient été livrés, revient s'asseoir à la place de l'ange, fait 
arracher par chacun sa baguette et les passe toutes en re- 
vue. En même temps, il fait placer leurs possesseurs par 
groupes, suivant l'état dans lequel ces rameaux lui sont 
remis. — Chap. vi-x : Le Pasteur fait remarquer à Ilermas 
que si, parmi ces pécheurs, il y en a qui n'ont pas fait pé- 
nitence, ily en a d'un autre côté un grand nombre qui se 
sont repentis et qui ont mérité d'aller habiter dans les mu- 
railles, et même dans la tour. Puis il donne une exphcation 
détaillée de ces diverses catégories de pécheurs et de l'ha- 
bitation qui les attend. — Chap. xi : Ilermas est engagé 
à prêcher la pénitence à ses frères. 

Neuvième similitude (trente-trois chapitres). — Cette si- 
militude est en quelque sorte une reprise de la troisième vi- 

1. Apoc.n, 10; m, 11... etc.; 1 Cor. ix, 2o ;2Tim. iv, 8; Jacq. i, 
12 et 1 Pierre v, -4. 

2. Jean xv, S : Je suis le cep et vous êtes les sarments. 




LE PASTEUR d'hERMAS. 21 

siou, modifiée et développée. Chap. i-ii : Le Pasteur révèle à 
Ilermas que c'était l'Esprit-Saint, c'est-à-dire, ajoute-t-il, le 
Fils de Dieu, qui lui est apparu daus les premières visions 
sous la figure de l'Église, par égard pour sa faiblesse, 
et il lui fait observer qu'à mesure qu'il s'est aguerri^ il a 
reçu des révélations de plus en plus hautes. Il le mène 
ensuite en Arcadie sur une montagne, d'oti il lui montre 
une grande plaine entourée de douze montagnes rangées 
en cercle et ayant chacune sa physionomie particuhèrc. 
Au centre de la plaine se dressait un grand rocher blanc, 
muni d'une porte brillante : cette porte était gardée par 
douze vierges. — Chap; ni-v : Arrivent six hommes (six 
auges) qui en convoquent une multitude d'autres, et tous 
ensemble se mettent à bâtir une tour sur le rocher, au- 
dessus de la porte. Les vierges prenaient les pierres à me- 
sure qu'on les apportait, leur faisaient traverser la porte 
et les remettaient aux ouvriers chargés de bâtir : les cent 
dix premières* furent extraites d'un abîme, et servirent 
de fondement à l'édifice ; les suivantes furent prises dans 
les douze montagnes : celles qui par hasard n'avaient pas 
été introduites par les vierges, à travers la porte furent 
enlevées et reportées à leur ancienne place. Quand la tour 
fut près d'être achevée, on suspendit le travail pour at- 
tendre l'arrivée du maître. — Chap. vi-vii : Bientôt se 
présente ce maître de la tour, sous la forme d'un homme 

1. Pour ces cent dix pieiTes, voir S. IX, m, 3; iv, 3; xv, 4 : Les 
trente-cinq avant-dernières sont les prophètes de Dieu et ses mi- 
nistres; les quarante dernières sont les apôtres et les docteurs; les 
dix premières sont la première généi'ation humaine, les vingt-cinq 
suivantes sont la seconde génération des justes. Ces quatre catégo- 
ries forment quatre rangs de pierres dans les fondations de la toui'. 
Cf. Ephés. II, 20 : Vous avez été édifiés sur le fondement des apôlros 
etdes prophètes, la pierre angulaire étant Jésus-Christ lui-môme. Cf. 
aussi Apoc. xxi, 1-4, 




22 LK PASTEUR T) IIERMAS. 

dout la taille dépassait l'édifice lui-même : il est accompa- 
gné des six chefs qui dirigeaient la construction, et suivi de 
la multitude des travailleurs. Il passe l'inspection de la 
tour^ examine les pierres une à une, ordonne qu'on retire 
celles qui ne conviennent pas et les fait remplacer par 
d'autres pierres tirées de la plaine. Ces pierres exclues, il 
les livre au Pasteur, c'est-à-dire à l'ange de la pénitence,' 
pour qu'il les nettoie et les taille. — Chap. vni-x : Ces 
pierres sont examinées : les unes, après avoir été taillées, 
sont replacées à l'intérieur de la bâtisse ; les autres, recon- 
nues définitivement impropres, sont livrées à douze femmes 
vêtues de noir, qui les reportent sur leur ancien emplace- 
ment. Le berger passe alors un dernier examen de la 
tour, fait disparaître les défauts au moyen de ciment, puis 
s'en va, laissant Hermas en compagnie des douze vierges. 
— Chap. XI : Hermas passe la nuit avec celles-ci en 
prières. Le berger revient le lendemain matin et se met 
en devoir de lui expliquer la vision, après s'être assuré 
par certaines questions de la chasteté dont il avait preuve 
pendant la nuit, au milieu des douze jeunes filles. — 
Chap. xii-xvi: Première partie de l'explication. Le rocher, 
comme la porte, c'est le Fils de Dieu, qui est aussi le 
maître de la tour ; la multitude des ouvriers, ce sont les 
anges ; leurs six chefs, ce sont les archanges ; la tour, 
c'est l'Église ; les pierres ce sont ceux qui ont reçu l'ap- 
pel de l'Évangile ; les douze vierges qui gardaient la porte, 
ce sont les douze vertus principales ; les douze femmes 
vêtues de noir, ce sont les douze vices opposés à ces 
vertus. — Chap. xvii-xxiii : Explication des douze mon- 
tagnes; les pierres qu'on en tire, avec celles de la plaine 
et celles de l'abîme, sont les diverses espèces de chrétiens. 
Exhortation à la pénitence. 



LE PASTEUR d'HERMAS. . 23 

Dixième similitude (quatre chapitres) . — Le grand ange, 
maître de la tour, apparaît lui-même à Hermas pour lui faire 
l'éloge de Fange de la pénitence, lui recommander de prê- 
cher le repentir et lui apprendre qu'il a ordonné aux 
douze vierges qui figurent les douze vertus principales, de 
demeurer avec lui : il finit en l'exhortant à pratiquer la 
charité envers les indigents. 

Nota. — La division actuelle du Pasteur en Visions, 
Commandements et Simihtudes ne remonte pas à une 
haute antiquité et n'est pas du fait de l'auteur. Celui-ci, 
comme on le voit par le chapitre premier de la première 
Similitude divisait son livre en deux parties principales, 
comprenant chacune deux sections. 

La première parlie comprend les quatre premières Vi- 
sions, où Hermas est instruit par l'ÉgHse, sous la forme 
d'une femme, vieille ou jeune. 

La seconde partie est formée du reste du livre, où ce 
n'est plus l'Éghse, mais un ange, celui de la pénitence, 
qui s'entretient avec Hermas, sous la figure d'un berger. 

Dans la première partie, la première section comprend 
les deux premières Visions, où Hermas ne voit aucun ange ; 
la seconde section est formée des Visions trois et quatre, 
où des anges s'offrent aux yeux d'Hermas. 

Dans la seconde partie, on voit l'auteur opposer les 
IX^ et X''. Similitudes, comme une seconde section, à une 
première section, composée par conséquent des douze 
Commandements avec leur préambule (5^ Vision) et des 
huit premières Simihtudes. 





24 LE PASTEUR d'hERMAS. 



ANALYSE METHODIQUE 

DU PASTEUR 



Observons d'abord que le Pasteur semble avoir été ins- 
piré à son auteur par le mauvais état intérieur de l'Église 
de Rome, vers le milieu du second siècle; le but qu'il s'est 
proposé est d'admonester les nombreux pécheurs qui 
déshonoraient déjà cette Église et de les exhorter à faire 
promptement pénitence, s'ils veulent profiter de leur ad- 
mission parmi les élus, pour être sauvés. La fin des temps 
est proche; l'édifice de l'Église est sur le point d'être 
achevé; la construction s'en trouve un instant suspendue, 
pour laisser aux pécheurs le temps de se repeulir; mais 
ils doivent se hâter : du reste il ne faut plus pécher doré- 
navant ; car si toutes les fautes passées doivent être remises 
aux pénitents, il n'en sera plus de même des péchés com- 
mis dans l'avenir, surtout de l'apostasie^ pour lesquels il 
n'y aura pas de pénitence possible. 

Nota. — Nous rappellerons que les renvois se rappor- 
tent à l'édition de MM. Oscar de Gebhardt et Adolfus 
Harnack (Leipzig, 1877), oii le texte est divisé par ver- 
sets. 

L Dieu. — Hermas n'a aucune idée de la Trinité or- 
thodoxe (voir la note A); sa profession de foi, telle qu'où 
la trouve par exemple dans son premier Commandement, 




LE PASTEUll D IIKRMAS 



' 2o 



est une pi'ofessioa purement monothéiste, dont rien ne 
vient changer le caractère dans tout le reste de l'ouvrage. 
Il ne connaît, eu fait de Dieu, qu'une seule personne 
(éternelle), inHnie, présente partout [vh-xv. //opwv, jy/ivo; ^2 
à/wp-/iTo; ôjv), qui habite dans les cieux, qui par sa puis- 
sante parole (la/upw p-/i[j.aTi) soutient le monde, qu'il a créé 
de rien (s/, toû v/^ ovtoç)^, à cause de l'homme, à qui il a 
tout soumis, et en particulier à cause de sa sainte Église. 
Il l'appelle le Dieu des puissances (ô ©sô; twv f^uva;xs(ov, 
Vis. I, m, 4). —Cf. Vis. 1, 1,6 et ni, 4; Mand. I;M. XII, iv, 
2 et Sim. V, v, 2. 

II. Le Fils de Dieu'. — Ce Dieu a un fils, son fds bieu- 
aimé (àya7;7,To;) (Sim. V, n,"6, et S. IX, xn, 5), sou héri- 
tier naturel (/.V/)povo[xoç^) (Sim. VI, 11, 6) : mais ce fils, 
chez ïlermas, n'a rien de commun avec ce second Dieu 
du symbole, dit d'Athanase, consubstantiel à sou Père, 
éternel comme lui et l'égalant en toutes choses. Ce fils 
qu'Hermas appelle l'Esprit-Saiut par excellence (to TwVcOaa 
To ayiov) est une créature, la première de toutes les Sim. V. v, 
créatures en dignité comme en antiquité ^ (tô Tvpoov, _^ ^^,'u-^' 

s. IX, I, 1 : 

1 rr.7 o n' i l £• • • i TCVSÎiaa tÔ «-^'lOV, 

1. Heur, XI, d : u est par la loi que nous reconnaissons que le • - - .> , 
monde a été fait par la parole de Dieu (p7]y.aTi ©eoîi), en sorte que ee e iti; 71Ô ûuû k 
qu'on voit n'a pas été fait de choses qui se vissent. — Le servit 

2. Héhr. i, 2 : Dieu nous a parlé dans ces derniers temps par son ^^''"- ^) ^-^V 

Fils qu'il a établi héritier de toutes choses et par lequel aussi il a P /"' u*^.^".' 
. / f 1 ment coheril 

iait le monde. du Fi[setcol^ 
3. Hébr. III, 1 : Jésus, qui est fidèle à celui qui l'a créé :jw tiei' de l'E-r 
TTotvicavTt aÙTov). — Colos. i, 15 : C'est ce Fils qui est l'image du saint : ou-|;4).r,p 
Dieu invisible, le 2^'>^emier-né de toute la création... l\ est avant v'^'^ '^ y-^'^ ^^'''^ 
toutes choses et toutes choses subsistent en lui. — Hébr. i, 6 : Et ^"", ' \*'' , 
quand il introduii-a le premier-né dans le monde, il doit dire : ^rjj âv^y y,.Jn^ 
Que tous les anges de Dieu l'adorent. — Apoc. m, 14 : Voici ce que vi, 6. 
dit l'Amen, le témoin fidèle et véritable, la première des créatures 
de Dieu (■/) apyr, Trj; y.Ti7cO)ç tou Ssov). 




26 LE PASTEUR d'hE«MAS. 

Sioi. V, VI, 5 ; TwpoycvécTspo; -nracryi; r^'ç XTicrecoç tou 0£Ou, 

Sim. IX, XII, 2); c'est un ange*, l'ange du Seigneur 
(d ayy6Xo;Kup''ou) (Sioi. VII, 5 ; VIII, I, 2 et II, 1) ; l'auge très- 
saint (6 cspoTaToç ayYe)ioç) (Vis. V, 2, et M.aud. V, I, 7); 
l'ange glorieux par excellence (ôev^o^oçayye^^oç) (Sim.YII, 3 
et Sim. IX, i, 3; Cf. S. VIII, i, 2 et IX, vu, 1). C'est en- 
core sous cette appellation dUange qu'il est positivement 
désigné et introduit dans la X*^ Similitude. • 

Il est un des anges glorieux qui entourent Dieu comme 
une muraille, et c'est lui qui constitue la porte de cette 
enceinte (Sim. XI, xii, 6). Il est en particulier un des sept 
archanges qui forment le conseil de Dieu (Sim. V, ii, 6 
et 11 ; V, 2 et 3, et vi, 7), et leur chef; les six autres ar- 
changes l'accompagnent partout (Sim. IX, xn, 8), le 
servent et lui obéissent, comme nous le montrerons tout 
à l'heure à propos de ceux-ci (Voir la note B). C'est lui 



1. Dans l'épître aux Hébreux (i, 4.) le Fils est dit très-supérieur 
aux anges, mais toutefois de même nature qu'eux, comme il 
résulte du verset i, 9 : « C'est pourquoi, ô Dieu, #on Dieu t'a oint 
jihis que tes pairs (irapoc toÙç [aeto^ouç cou) d'une huile d'allégresse. « 
Jésus était donc par nature un ange : c'est la volonté de Dieu qui 
l'a élevé au-dessus de ses pairs. Mais son Père reste toujours son 
Dieu, comme on le ,voit par le même verset. On voit de même 
Jésus appeler le Père son Dieu dans Jean xx, 17, Apocal. m, 12 et 
Ephes. 1, 3 et 17. (Jeanxx, 17: Jésus dit à Marie : Ne me touche pas ; car 
je ne. suis pas encore monté vers mon Père ; mais va trouver mes 
frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers 
mon Dieu et votre Dieu. — Apoc. lîi, 12 : Celui qui vaincra , je fe- 
rai de lui une colonne dans le sanctuaire de mon Dieu, et il n'en 
sortira jamais; j'écrirai aussijsur lui le nom de mon Dieu, et le nom 
de la ville de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem, qui va -des- 
cendre du ciel d'auprès de mon Dieu, et mon nom nouveau. -^ 
Ephés. I, 3 et 17 : Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus- 



LE PASTETJlt d'hERMAS. 27 

qui a créé le monde (to xveiïjxa to àyiov, to wpoov, ro XTicav 
Tvacav r/jv ZTiciv, S. V, VI, 5). 

Ce Fils de Dieu, cet Esprit-Saint par excellence, appa- 
raît à Hermas dans les quatre premières Visions sous la 
forme d'une femme figurant l'Église (S. IX, i, 1); on l'y Simii.ix,i,l: 
voit servi par les six archanges. a.^i è'^=tÇs w nvsù(y.a 

Dans la Similitude VIII, il apparaît sous la forme d'un tô à-^wv to xaxviaa^ 
ange glorieux de très haute taille (ayyeloç toO Kupiou evrjo- ^rr, 'E-Mim^i- hd- 
^oclUv ûmlo^;, S. VÏII, I, 1), qui n'est autre que l'archange ''T? ^° ^^^">'^'^ ' 

^ / . ' /' X j. ^ o uto;TO\j0eo2EaTiv... 

Michel (6 i^è àyyeT^oç à pyaç y.ai ev^o^oç Miyarfk... Sim. VIIl, _ 2 : vSv Je wô 

j„ Q\ à-j-jéXcupXéTveiç, 5tà 

' ' • ^ To5 aÙTCu [i.àv lïviû- 

Dans la Similitude- IX, il apparaît sous la figure d'un acte;. 
homme plus élevé que la tour qui représente l'Église, 
accompagné à droite et à gauche de six autres archanges 
et suivi de la foule des anges (âv/ip tiç û^-/i'Xoç tû [7.£yéÔei,wcTe 

Tov Tvupyov 'J7:£pe)(_8iv... Sim. IX, VI, 1 et 2). . 

Enfin dans la X° Similitude il aborde lui-même Hermas 
pour s'entretenir avec lui, et dans cet épilogue *du livre, il 
est présenté , en dehors de toute allégorie , sous le nom d'ange 
(Sim. X, I, 1) ; c'est, du reste, de la même manière qu'il 
avait été désigné Vis. V, 2 et Sim. VII, o. 

Son nom est ffrand et infini (àycopviTov) ; il soutient Y^^^'7:^ l^^^' 
(^acTà(^8i.) tout l'univers (Sim. IX, XIV, 5). voTâxcuà'ï^Éxoujiva 

Il a reçu tout pouvoir ag son Fere v(-n:a(7av s^ouGiav XoLbiàv gj^^ y^ g , ^^_ 
TCapàrou Trarpoç aÙTO'ji, Sim., V, VI, 4). Om; 7vpoo=Ta?£v é à-j- 

Ghrist... afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Chrisi, le Père 
de gloire, vous donne dans sa connaissance un esprit de sagesse et 
de révélation.) 

1. Math. XXVIII, 18 : Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur 
la terre. — Jean, m, 25 : Le Père aime le Fils et il a tout mis dans sa 
main. — Ibid.xiu,3 : Quoiqu'il sût que le Père lui a tout remis dans les 
mains. — Ibid. xvii, 2 : Glorifie ton Fils, selon que tu lui as donné 




LE PASTEUR D HliRMAS. 

7ï).c; Kujîcu hiX- 11 est le chef du peuple saint (aùTo; 0.6-16; Igxi. toO iy.w, 

iu/.i Sim. X, i, 1 : ^^^^- V , VI, 4. — Miya'/iX o s/ojv r/iv s^oucav toutûu tou ÀaoO' /Cat 

... venit nuntiiis ^la/.u^ecvwv aùTouç, S. VIII, III, 3). 11 a établi des anodes pour 

ille qui me tracli- .^.-^ -w^x r. « or 

.lerat huio pasio- le garder (Sim. V, ii, 2 et 3; v, 3 etvi, 2). 

ri... Tiadidi te, H est l'arbre de la Loi de la Similitude Vill, sous le- 

inqiiit.el domurn ' 

tuum imio pas- quel toute la terre est abritée (Sim. VIII, i, 1 et m, 2) et 
'"'"'' les élus sont rassemblés. 11 est la Loi elle-même S qui a 

été prêchée jusqu'aux confias de la terre (6 §è vo[xo; ou-o; 

yîoç (Isou iaiiv XTipuy^Sel; zl; rà repairar^'; yvii;, S. VIII, III, 2). 
11 a enseigné les sentiers de la vie et communiqué aux 

liommes, après les avoir purifiés de leurs péchés^ la loi 

toute autorité sur toute chair. — Ibid. xvii, 7 : Maintenant ils ont 
connu que tout ce que tu m'as donné vient de toi. — Héhr. ir, 6 : 
Tu ]'as abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, tn l'as 
couronné de gloii-e et d'iionneur, tu as mis toutes choses sous ses 
pieds.— l"Cornii/i. XV, 27:EneffetDieuatoutmissous ses pieds; tou- 
tefois quand il est dit que tout lui a été soumis, il est évident qu'il 
faut excepter celui qui lui a soumis toutes choses. Lorsque toutes 
choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera aussi 
soumis à Celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout 
en tous. — Bphês. i,20 : L'infinie grandeur de sapuissance,iiradé- 
ployée en Christ, lorsqu'il l'a ressuscité des morts et qu'il l'a fait as 
seoir àsa droite, dans les cieux, bien au-dessus de toute principauté, de 
toute autorité, de toute puissance, de toute dignité et de tout nom 
qui se peut nommer, non seulement dans ce temps-ci, mais encore 
dans le siècle à venir, et lorsqu'il a mis toutes choses sous ses 
pieds et l'a donné pour chef suprême à l'Église, qui est son corps, 
l'œuvre parfaite de celui qui rend tout parfait en tous. — Philip, u, 
9 : C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le 
nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout 
genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et sous la terre, et que 
toute langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire 
de Dieu son Père. — Apoc. ii, 27 : Et il les gouvernera avec une 
verge de fer, les brisant comme on brise des vases d'argile, ainsi que 
j'en ai moi-même reçu le pouvoir de mon Père, Cf. Ibid. m, 27. 
1. Le Ghi'ist est appelé Loi et Parole dans le livre de laPi'édica- 



LE PASTEUR ij'lIERMAS 29 

qu'il avait reçue de son Père * (Sim. V, vi, 3 et Sim. VI II, gj^^ y ^^ 3 , 

III, 3). aÙTÔ? tuv y-aOxcîaa; 

inspecte 1 Eglise (Sim. IX, vi, 1 ss. ; Sim. IX, xii, / ; ^y,-^ ^j^,^,,, ^^tJ; 
Sim. YIII, 1,5 ss ; Sim. VIII, m, 3). -'^•' ;'^>'-' '^" ^'^^ 

U rejette les pécheurs et les livre à lange du repentir Tc-i. — s. vii, 



TOV TGV VO'A'.V. 



pour qu'ils s'amendent par ses soius(Sim. YIII eX S. IX, vu "^' "^ ■■m.y-rx. 

ss. Cf. Sim. YI, n, 5 et m, 1 ss). C'est lui qui envoie ^.ù!;5iùTcviTiivvo>cv 

l'auffe de la Pénitence, le Pasteur, demeurer chez Her- ^'-^ '''f*^'''' '•"' 

mas (Yis. Y, n; S. Yll, v et S. X, i, 1). L'ange de la pé- s. vin, m, 3 : 

nitence exécute ses ordres avec zèle et redoute de lui pa- -rS c5v âùuij?r£^ 

raître néghgent (Sim. YIII, 11, 7 et Sim. IX, vu, 6). ' «?"• jj-3fT.*a-T.v 7ù- 
II a le pouvoir de Justifier les pécheurs repentants (oaoi 

av jjL£Tavo-/]toc>i.v £^oV/i; Tv;;/.ap§iaçaiJTCov... s^iy.atwGvicavviîcp iravreç 
UTTO Too ceixvoTaTouâyYs^'^'Jî Mand. Y, I, 7). 

Il est le rocher sur lequel l'Église est bâtie (S. IX, 11^ 1 , 
et xn, 1), son fondement (Ôs^iT^iov, S. IX, xiv, 5 et 6)^. 

tion de Pierre (et de Paul). VoirCiément d'Alexandrie Slrom. i,29, 
182, p. 427; 11, 13, 08, p. 463; vu, 3, 16, p. 837; Excerpt. ex Propli. 
§ 38, p. 993 et encore Strom. L. 1, ad finem. — Saint Justin appelle 
souvent aussi le Chi'ist la Loi, la Loi nouvelle, le Nouveau Testa- 
ment. Voir Trypli. 11, 43, 31, 118 et 122. Saint Justin appelle égc- 
]cment le Christ Législateur (yo[j.oOéTfiç), le nouveau Législateur. 
YoirTryph. 12,14, 18. 

1. Jeanx, 18 : Tel est l'ordre que j'ai reçu do mon Père. — 
Ibid.yn, 16 : Ma doctrine n'est pas la mienne, mais celle de Celui 
qui m'a envoyé. — Ihid. viii, 28-29 : Celui qui m'a envoyé est véri- 
dique, et quant à moi, ce que j'ai entendu de lui, c'est ce dont je 
parle dans le monde... Je ne fais rien de mon chef, mais je parle 
comme mon Père m'a enseigné. — Ihid.- xii, 49 : Le Père qui m'a 
envoyé m'a lui-même prescrit ce que je devais dire et ce dont je 
devais parler. — Ibid. xv, 13 : Je vous ai faitconnaître tout ce que 
j'ai appris de mon Père. — Ihid. xvii, 8 : Je leur ai donné les pa- 
roles que tu m'as données. 

2. Ephés. II, 20 : Vous avez été édifiés sur le fondement des 
apôtres et des prophètes, la pierre angulaire étant Jésus-Christ kii- 




30 LE PASTEUR d'hERMAS. 

Il est la porte, la seule par laquelle ou puisse entrer 
dans le royaume de Dieu (Sim. IX, ii, 1 et 12^ \ ss.)- 
Qu'on soit homme ou ange, on ne peut pénétrer jusqu'à 
Dieu que par lui (Sim. IX, xii, 8 et Sim. X, ii, 2). 

Le rocher est vieux parce que le Fils de Dieu est la plus 
ancienne des créatures; la porte de la tour est neuve, 
parce qu'il ne s'est manifesté au monde que dans les der- 
niers temps (oTt eic' iajjxibiv tûv '/i{xspûv T/iç auvxekdai; çavspoç 
èysveTo Sim. IX, XII, 2 et 3). 

III. Le Fils adoptifde Dieu. — Outre ce vrai Fils, Dieu 
a un fils adoptif (ô r^è^oûT^oç, ô uîoçtou ©eousctiv, Sim. V, v, 2) : 
c'est l'Homme-Christ, que l'Esprit-Saint avait choisi pour 
en faire sa demeure, afiii de transmettre, par son organe, 
aux hommes la loi qu'il avait reçue de son Père. L'Homme- 
Christ, en effet, s'étant prêté de tout son cœur à ce minis- 
tère, aux peines et aux douleurs qu'il comportait, ayant 
même fait plus qu'il ne lui était demandé, a mérité d'être 
adopté, d'être nommé cohéritier du Fils de Dieu, d'aller 
habiter avec lui et de participer à sa gloire ((7uyyAvipovop.ov 
Tw Vlô TO'j 0£ou, Sim.V, II, 7, 8 et 11 ; p.STa tûû TCveujjLaroç tou 
àyioi) -/coivwvov, Sim.. VI, VI, 6; iva -h cràp^ auTvi, ^ouT^eucacra tw 
TîvsuaaTi â[X£p,7CTù)(; C5(_-^ totcov Tivà •/.aTacx»vivc6'j2wç, Ib., VI, 7) ^. 

même. C'est en Inique tout l'édifice, harmonieusement ordonné, 
s'élève pour être un temple saint, dans le Seigneur; c'est en lui, que 
vous aussi, vous avez été édifiés, pour former par l'Esprit-Saint une 
maison, où Dieu habite. 

1. Philip> II, 6 ss. : Quoiqu'il fût(J.-G.) en forme de Dieu, loin de 
s'en prévaloir pour s'égaler à Dieu, il s'est anéanti lui-même en 
prenant la forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes, 
et ayant paru comme un simple homme, il s'est abaissé lui-même, 
se rendant obéissant jusqu'à la mort, jusqu'à la mort de la croix. 
C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé et lui a donné le nom 
qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout geiiou 



LE PASTKUll d'hEMIAS. 31 

Hermas ne connaît pas la théorie du Verbe, qui suppose 
l'emploi du terme spécial de Aoyoç avec sa si'gnificatiou 
particulière et complexe, terme ^gu'il n'emploie jamais. 
S'il eût connu et admis cette théorie, on en trouverait la 
trace, en particulier dans Vis. I, m, 4, oii il n'eût pas 
choisi par exemple le mot de pYi(;.a, parole, pour l'intro- 
duire comme un des agents de la création. 11 n'eût pas 
non plus, dans la V® similitude (vi,5), attribué la création 
à l'Esprit-Saint, mais au Logos. La théorie du Logos a 
fait son apparition dans le christianisme avec l'évangile de 
saint Jean et les écrits des Pères platonisants ou alexan- 
drins, tels que saint Justin, Athénagore, Tatien, Théo- 
phile d'Autriche, Clément d'Alexandrie, Origène, etc. Il 
est d'autant plus vraisemblable qu'Hermas ne connaissait 
pas le quatrième évangile, que cet évangile était certaine- 
ment encore inconnu à saint. Justin, m. en 167 ^ qui autre- 
ment n'eût pas manqué de le citer dans ses interminables 
spéculations sur le Logos; la première mention nominale 
de l'Évangile de saint Jean se rencontre dans Théophile 
d'Antioche,mort en 182. 

IV. Le Saint-Esprit. — Hermas ne connaît pas d'autre 

fléchisse dans le ciel, sur la terre et sous la terre, et que toute lan- 
gue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu, 
son Père. — Hébr. ii, 9 : Toutefois celui qui a été abaissé pour un 
peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné 
de gloire et d'honneur, a cause de la mort qu'il a soufferte, afin que 
par la grâce de Dieu, il goûtât la mort pour tout homme. Puisque 
celui poUrqui etparqui sont toutes choses, voulait conduire un grand 
nombre de fils à la gloire, il était convenable qu'il élevât par des 
souffrances au plus haut degré de perfection et de gloire l'auteur de 
leur salut. — Cf. Apocal. v,9 : Tu es digne... cartu as été immolé..* 
1 Voir, entre autres, Stap, Études sur les origines du Christia-^ 
nisme, p. 324 ss. 



32 LE PASTEUR d'hERMAS, 

"oxov zo ani'fij.v. Saiut-Esprit, que le Fils (le Dieu qui est venu habiter dans 
ù;.rov ™r;.K p.- jg ^jj^jgj^ ^,ggj ^g ^^^^ Saint-Esprit qui vient habiter 

TflC TOJ lieu TOU WtûU ■•■ J. 

È/, -^xp Tco Ttv?î3aa- dans les fidèles ; car, immédiatement après avoir parlé de 
Toute votre race ^«^ glorification accordéfî àriIomme-Christpour avoir servi 
hîibitei-a avec le jg demeure immaculée à cet Esprit, Fils de Dieu, il ajoute : 

Fils de Dieu, car ^ , . -, , 

vous avez reçu « Une récompense cst réservée à toutc cliair daus laquelle 
^/! SOI) esprit. (S. rj^^-^^^ habité r Esprit-Saint, et qui aura été trouvée pure et 

IX, XXIV, 4). . 

sans tache » (Sim. V, vi, 7). Toutefois, Hermas s'exprime 
comme si cet Esprit se divisait eu une multitude de per- 
^ sonualités distinctes pour venir loger dans les cœurs des 
fidèles. Un Esprit-Saint habite en chacun d'eux(M. III, i ; 
M. y, 1, 2ss. ; M. X, n, 6), donné parDicu {â-h Qivj rVjc'v, M. XI, 
V, et X 26; à-o toG 02ou sp/oasvov, M. XI, XVII) ; il est appelé 
aussi Esprit divin (oa'ov, M. XI, 9; irvc-jj^a tvî? eior/iro;, M. XI, 
10) et esprit d'en haut avcoôsv, M. XI, 5, 8, etc.). Ces esprits 
saints sont amis de la vérité (M. III), de la pureté (M. Y), 
,, , ^,,, de la joie (M. X, ii, 1, ss.). Ils sont délicats (-rpuoissa, M. V, 

Monl. XII, II, J \ ■.77; \ y i ^» ' 

2 : aiirr, -|à?T; Ik:- I, 3 ct H, 6) : ils UG pcuvcut soulIVir Ic coutact d'un esprit 
O..U.J.. r 7vov:n:« Tcu j^ j^^j ,iyj^ y ^ Q^ ç.^ gQ^^ ^^^ ■ inspirent les vrais 

r'.-'. prophètes (M. XI). 

ManJ. IX, 11 : T-, .,• -i • i t i -t 

i Si M'jyîa i-:- ^^ oppositiou avcc CCS csprils samts, 1 auteur conçoit 
7iiovîTvsûu,»£auTCa- ^(35 cspiùts du mal (-ovrpx 7:v£u;/.a-a) qui disputent aux es- 
^'''^'"' '' '" ' prits saints le cœur des fidèles (M. V. ii) : il les appelle 
des esprits terrestres (è-iyeia) venant du diable (P/I. XI, 17). 
Ce sont eux qui inspirent les (aux prophètes (M. Xt). Ce 
sont les vices personnifiés (M. V, ii, 4 et 5) , comme les es- 
prits sainis sont les vertus personnifiées. 

Les douze vertus qui, sous la forme de vierges, gardent 
la porte de la tour et y introduisent les élus, vertus que 
l'auteur appelle les Puissances du Fils de Dieu (al r^jvatxsi; 
ToG rlou ToC 0£oC, Sim. IX, xiu, 2) sont pour Hermas des es- 
prits saints (ayia 7:WJaaT«, Sim. IX, 13, 2). Pour être ad- 



;^ 



/ 



LE PASTEUU u'iIERMAS 33 

mis dans la tour, on doit revêtir leurs manteaux, c'est-à- 
dire leurs noms ; car le Fils de Dieu lui-même porte ces 
noms (Sim. IX, xm, 2-4). 11 estdit des élus qu'ils ont porté 
les esprits de ces vierges (rà 7i;v8u[j.aTa twv irapGIvojv [xexà Tou 
6vo[xaTO(; i(i^6ozaa.v, Sim. IX, 17, 4 ; dv^s^upivoi to 7rv£U[xa to 
ccyiov TOUTWV Tcov TrapGevcov, Sim. IX, XXIV, 2; >.aêovT£ç Ta TvVcU- 
{7.a-ca Taura, Sim. IX, xm, 7). 

En opposition avec ces douze vertus, Hermas nomme 
douze vices (Sim. IX, xv, 3), qu'il présente sous la forme 
de femmes vêtues de noir, qui sont autant d'esprits du mal 
(Sim. IX, IX, 5 et 6 ; xm, 8; xv, 1 et 3) : il estdit des 
réprouvés qu'ils ont revêtu la puissance de ces femmes 
(éve^ucravTo t'/iv S6va(uv aÙTwv, Sim. IX, XIII, 8), qu'ils ont 
porté leurs noms [xaîixa i:c(. ÔvdjxaTa ô (poptov... où/. etG£}^£UGeTat 
eiç T/iv Paci>>£iav xou 0£O'j, Sim. IX, XV, 3). 

De même qu'IIermas oppose des esprits méchants aux 
esprits saints, il conçoit en face de l'Esprit saint par excel- 
lence l'Esprit du mal par excellence, le Diable (ô ^ta^^olo;). " 
Il est le père de toutes les mauvaises passions (M. IX, 9 et 
M et M. XII, II, 2) ; c'est un être rusé (to'XutvT.ox.oç, M, IV, m, 
4) ; il remplit ses victimes de son esprit (6 ^laêoTvo? Tw^^ripoi 
aÙTov Tw aÙTo'j Twvaup.Tc, M. XI, 3), il habite dans la colère 
(M. V^ I, 3), il cherche à nuire aux serviteurs de Dieu et se 
plaît à les tenter (M. IV, m, 6 et XII, v, 4) ; mais les vrais 
fidèles qui ont mis toute leur confiance en Dieu ne doi- 
vent pas le craindre, car il n'a aucun pouvoir sur eux 
(Mand. VII; M. XI ; M. XII, iv, 6 ; v, 2 et 4.; vi, 1 ss.) 

En résumé, les esprits saints d'Hermas sont les person- 
nifications des bons sentiments, personnillcations issues 
du Saint-Esprit, de même que les esprits du mal sont les 
personnifications des mauvais sentiments, issues du 
diable. 

3 



34 LE PASTEUR d'hERMAS. 

11 en est de même des bons et des mauvais anges 
qu'Hermas attache à chaque homme pendant toute sa 
vie, et qui lui fout entendre alternativement leurs voix 
(Mand. VI, n, 1 ss.). 

V. Anges. — Outre le Fils de Dieu, qui est leur supé- 
rieur et leur chef, il y. a six autres archanges (oi év^o^oi 
ay^eloi) (Sim. V, VI, 4 et7; Sim. VIII; Sim. IX, xn, 7 et 8) ; 
ces six archanges forment le conseil de Dieu (Sim. V, ii, 6 
et 11; V, 3; vi, 4. — Cf. Sim. V, v, 3, avec Vis. 111, iv, 1); 
ils entourent toujours leur chef (Sim, IX, vi, 2 et xii, 8), 
et ne peuvent communiquer avec Dieu que par lui 
(S. IX, xïi, 8). 

Ils , ont été créés les premiers. (oJ TrpwToi jctkjÔsvtsç), 
(Vis, m, IV, 1, et Sim. V, V, 3); le gouvernement du 
monde leur est confié (olc Tvape^wxsv 6 Kupioç Traaav TTjV 
/.Ticriv aÙTOu, au^etv xai oty-o^O[xeîv y.al ^e(j7i;o(^eiv tyi'ç -/.Ttcrecoç 
xaaviç, Vis. m, IV, 1). 

On les voit servant leur chef, l'Esprit-Saint, dans les Vi- 
sions où celui-ci apparaît à Hermas sous la figure 
(S. IX, I, 1) de l'Eglise (Vis. l,iv,l et 3); Vis. 111, 1, 6 ss.; 
Vis. III, X, 1); ils ont alors la forme de six jeunes gens 
(ot ïi veaviGjtot). Dans la Similitude IX, ils sont introduits 
sous la forme de six hommes de haute taille, glorieux et 

tous semblables (ei^ov e^ av^paç \i<\^'i\kQoc, YMi êv^Q^ouç xcà djxoiouç 
T-^ i^ea, S. IX, III, 1). L'une de leurs principales fonctions 
est d'édifier l'Eghse représentée comme une tour dont les 
fidèles sont les pierres (Vis. III, I, 7; n, 5, etSim.IX, mss.). 
L'ange de la pénitence qui apparaît à Hermas sous la 
forme d'un Pasteur envoyé par le Fils de Dieu et dont 
Hermas se donne comme ne faisant que rapporter les en- 
seignements, semble être un de ces six archanges (Vis. V, 2 ; 
S. VII, 5 et X, 1, 1 et 3), C'est à lui que le Fils de Dieu 



LE PASTEUR d'iIERJIAS. 35 

livre les verges à faire reverdir (S. VIII, ii, 5-7) et les 
pierres à retailler (S. IX, vu, 1 ss.). H est évident qu'il 
est sous les ordres directs du Fils de Dieu, à qui il craint 
de paraître négligent (S. VIII, ii, 7, et IX, vu, 6), qui le 
fait asseoir à sa droite (S. X^ i, 1) et qui vante sa puis- 
sance, en recommandant qu'on lui rende grand honneur 
(S. X, 1,3 et II, 4). 

Ces six archanges ont sous leurs ordres une multitude 
d'autres anges (aviot âyjzkai. tou ©eou* oûtoi oÎ s^ Ù7:eps5(^0VTeç aÙTOu; 

£i(jiv, Vis. III, IV, 2), qui concourent avec eux à l'adminis- 
tration du monde, à l'édification de l'Eglise* (Vis. III et 
Sim. IX) et qui sont comme des appuis pour le peuple de 
Dieu (ol ^e )^apa)4eç ol ayioi (X.yyekoi zlai tou Kuptou ot «TuyxpaToijVTeç 
Tov laov aÙToij, S. V, V, 3). Ilermas leur donne l'épithète 
d'ev^o^oi. (tov 6yy.ov tov ot)to^op!,ouvTa tov Tcupyov... èx,eîvoi iravTeç 
ccyy&koi EV^o^ot etct, S. IX, XII, 6). 

Hermas donne à l'un de ces anges (ou des archanges ?) 
le nom de Thégri (Osypt) ; c'est celui qui a la puissance sur 
les bêtes féroces (tov im tôv 6-/ipiœv ovTa, Vis. IV, ii, 4). 

VI. Église-type. — L'Eglise est fondée sur la parole 
(p'/f[j.aTi) de Dieu (Vis. III, m, 5) : c'est la plus ancienne de 
toutes les créatures ^ (TcavTwv TrpwTvi £x.Ttc6vi, Vis. II, iv^ 1), 

1. Jlébr. 1, 14. : Ne sont-ils pas (les anges) tous des esprits ser- 
vants, employés au service de Dieu et envoyés pour ceux qui doivent 
hériter du salut ? 

2. Ephés, m, 8 ss. '. C'est à moi, le moindre des saints, qu'a été 
faite cette faveur d'annoncer à tous les gentils les richesses inson- 
dables du Christ et de les éclairer tous sur l'économie du mystère 
qui avait été caché de tout temps en Dieu, le créateur de toutes 
choses, afin qu'à la vue de l'Église, les iDrincipautés et les puissances 
dans les cieux connussent aujourd'hui la sagesse infiniment variée 
de Dieu, selon le dessein éternel qu'il a réalisé en Jésus-Christ... 
Cf. Colos. I, 26. 




36 LE PASTEUR d'hERMAS. 

et c'est pour elle que Dieu a fait le monde (xal ^là Taur/]v o 

y.oGpç "/.ar/iptiffÔy), Vis. II, IV, 1 ; à ©eoç XTtcraç Iy. toS \j.7\ ovtoç 
rà ovxa /.al icV/iÔuvaç x.al ait^vfcaç evs/.ev T-i^'ç àytaç 'ExxA'/iciaç aÙToC, 
Vis. I, I, 6; Cf. Vis. I, m, 4j. Le Fils de Dieu est sou chef 
et son maître (ô^ediror/içTouTropYou, Sim. IX, v, 7; vu, 1, etc.). 
Il lui emprunte sa figure pour apparaître à Hermas dans 
les premières Visions, alors que celui-ci n'est pas encore 
aguerri à ces communications célestes (to Tcveuf^-a to àytov 
To >.aXv](7av [uxk cou Iv [/.opçrï tviç 'Ex./cV/iaïaç* £7ret^*^ yàp àaOevécTspûç 
r/î capyàviç... vijv ^è ûtco àyyeXou ^XeiTStç^oàTOÛ' aÙToO [^iv TCveUiy-aTo^, 

S. IX, ij 1-2). Plus tard, il lui apparaît sous sa vraie forme, 
celle d'un ange (Ibid. et Sim. X, ch. i ss.). 

L'Église apparaît donc à Hermas trois fois, sous la figure 
d'une femme, d'abord yieille, puis de plus en plus jeune, 
accompagnée de six archanges (Vis. I, ii, 2 ss. — 
Vis. II, I, 3 ss et IV. — Vis. III, i et x, 2 ss. — Vis. III, 
XI, XII et XIII. — Vis. IV, II, 1 ss. — Cf. Sim. IX, i, 1). 

Elle lui apparaît encore sous là forme d'une tour aux 
pierres brillantes, bâtie sur les eaux (eauoo du baptême) 
(£7:1 û^ocTwv) (Vis. III, n, 4 ss ; m, 3 ss.), ou bien sur un ro- 
cher (/^5ws-CAn5if), n'ayant qu'une porte, qui est le Fils de 
Dieu (Sim. IX tout entière et particulièrement le chap. xiii) : 
cette tour est construite par les six archanges, aidés des 
autres anges (Vis. III, ii, 5 ; etc. ; Sim. IX, ch. m ss.) ; les 
fidèles en sont les pierres ^ : ces pierres sont si bien assor- 
ties entre elles et avec le rocher, si bien appareillées, que 
la tour semble monolithe et ne faire qu'un avec le roc sur 



1. 1 Pierre ii, 4 : Approchez-vous de lui, la pierre vivante, mise 
au rebut, il est vrai, par les hommes, mais choisie, précieuse aux 
yeux de Dieu, et comme des pierres vivantes, formez vous-mêmes 
un édifice, une maison spirituelle, pour constituer une sainte sacri- 
licature, et offrir des sacrifices spirituels à Dieu, par Jésus-Christ. 



LE PASTiiiun d'hermas, * 37 

lequel elle s'élève (Sim. IX, ix, 7). Le Fils de Dieu, maî- 
tre de la tour, inspecte lui-même une à une toutes ces 
pierres et rejette toutes celles qui ont des défauts (Sim. 
IX, VI, 3 ss.). 

Tel est le type de l'Église ; quant à la réalité , telle 
qu'Hermas l'avait sous les yeux à Rome, voici ce qu'il nous 
apprend. 

VII. U Eglise terrestre, à Rome. — L'Église, du temps 
d'IIermas, en était encore à la période de sa jeunesse, au 
moins si on en juge par les trois caractères suivants :, 

l'' L'imperfection de sa christologie, telle qu'elle a été 
exposée plus haut. 

2^ La manifestation persistante (Mand. XI), dans les as- 
semblées, de ce délire prophétique^ dont il est si souvent 
question dans le Nouveau Testament (Actes xr, 27-28 ; 
xni, 1 ; XV, 32 ; xix, 6 ; xxi, 10 et 11. — Rom. xii, 6. — 
1 Cor. xn, 10, 28 et 29 ; xm, 2 et 8 ; xiv, 3, 4, 5, 6, 22, 
24, 29-32. — Ephés. IV, M). 

3*^ Son organisation intérieure oii manque l'épiscopat 
(dans l'acception postérieure de ce mot)^ et à plus forte 
raison la papauté. Dans le Pasteur^ l'Église de Rome se 
montre gouvernée par un conseil d'anciens. On pourra 
s'assurer en effet par les citations reproduites en tête de la 
note D , qui sont aussi complètes que possible , qu'il n'est 
jamais fait allusion à un directeur particulier de cette 



1. Ephés. 111,5-6 :Le mystère n'a pas été révélé en d'autres 
âges à l'humanité, comme il l'a été, clans ces derniers temps, 
par l'Esprit, aux saints apôtres du Christ et« ses prophètes. — Ibid, 
ir, 20: Vous avez été édifiés sur le fondement des aiipbtres et des 
propJiètes, la pierre angulaire étant Jésus-Christ lui-même.— Math. 
X, 41 : Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra 
une récompense de prophète. 



38 LU PASTEUR DHERMAS. 

Église, mais toujours à des chefs (oî Trpoyiyoupi.evoijOt xpoïGToc- 
pvoi, oî TvpcoToxaÔe^piTai) au pluriel : le terme d'èTrtcxoTCot ne se 
rencontre jamais au singulier, mais toujours au pluriel et 
jamais il n'est opposé à celui de Tcpecêurepoi : ces deux ap- 
pellations au contraire sont prises indifféremment l'une 
pour l'autre, comme dans le Nouveau Testament : les seules 
dignités énumérées dans le Pasteur sont les anciens ou 
évêques, les diacres (ot ^taxovot) et les docteurs (oi ^i^ccGxa- 
T^oi), dont l'ensemble constitue le corps directeur, admi- 
nistrateur et enseignant de la communauté. Il y avait en 
outre des prophètes; mais la prophétie. était un don d'en 
haut, et non pas une charge. Il serait prodigieusement 
étonnant, s'il eût existé à Rome un siège épiscopal et un 
évêque (surtout un évêque de toute la chrétienté), qu'Her- 
mas, dans un ouvrage aussi étendu, où il s'adresse souvent 
aux dignitaires de son Éghse, n'eût jamais fait la moindre 
allusion ni à cet évêque, ni à son siège. 

Il importe de rémarquer que les docteurs (oJ ^t^acjca- 
\ùC) forment dans notre ouvrage une catégorie à part , à 
côté des anciens ou évêques et des diacres : on en doit 
conclure que les fonctions propres aux anciens ou évêques 
étaient l'administration et la surveillance, mais non l'en- 
seignement, lequel était dévolu à cette catégorie particu- 
lière dés docteurs : aussi quand Hermas parle de la prédi- 
cation de l'Évangile, ne nomme-t-il (Sim. IX, xv, 4 et xxv, 
2) que les apôtres et les docteurs, sans mentionner ni les 
diacres, ni les anciens ou évêques. Les docteurs (ol Si^'xa- 
y.akoi) sont également présentés dans le Nouveau Testa- 
ment comme remplissant une fonction particulière distincte 
de celle du gouvernement et de la surveillance : voyez par 
exemple 1 Gorinth. xii, 28; les docteurs, en tant que rem- 
plissant une mission spéciale d'enseignement analogue à 



■^r 



LE PASTEUR d'hERMAS. 39 

celle des apôtres, sont souvent mentionnés dans le même 
recueil ; voir Actes xiii, 1 ; Rom. xn, 8 ; 1 Coriuth. xii, 28 
et 29; Ephés. iv, 11; Jac. m, 1 : ces docteurs n'étaient 
pas nécessairement' des anciens, ou des évêques, et réci- 
proquement^ : du reste les laïques continuèrent longtemps 
à enseigner dans les assemblées, à côté du clergé. 

Comme témoignage delà jeunesse relative de l'Église du 
temps d'Hermas, on peut encore relever que celui-ci, à la dif- 
férence d'Irénée, de TertuUien, etc., ne connaît pas à' églises 
hérétiques^ de règle de foi antignostique, de traditions éma- 
nant des apôtres et transmises par les évêques. En opposi- 
tion avec l'Église il ne présente que les païens, les apostats, 
les débauchés, les hommes absorbés par les affaires du 
siècle, d'autres enseignant de mauvaise's doctrines, mais 
sans songer à se séparer de la communauté, etc. 

Sous le rapport de l'état extérieur, on voit que l'Église 
a déjà été persécutée (Vis. III, i, 9; n, 1 et v, 2 ; Sim. 
VIII, ni, 6 ; Sim. IX, xxvm, 2 ss. et tous les endroits oh 
il est question des confesseurs et des différentes espèces 
de martyrs), et les termes employés laissent souvent en- 
trevoir que les chrétiens avaient été traînés devant les 
tribunaux^ et sommés d'adorer les faux dieux (Sim. IX, xxi, 



1. 1 Tim. Y, 17 : Que les anciens qui gouvernent bien reçoivent 
un double honneur, surtout ceux qui s'occupent de la prédi- 
cation et de l'enseignement. — 1 Corinth. xiv, 26 : Toutes les 
fois que vous vous assemblez, chacun de vous a son psaume, sa 
leçon, son exercice de langues, sa révélation ou son interprétation : 
eh bien ! que tout se fasse pour l'édification. 

2. Math. X, 17 [Marc xiii, 9, et Luc xxi, 12) : Tenez-vous en 
garde contre les hommes, car ils vous livreront aux tribunaux, et 
ils vous fouetteront dans leurs synagogues. On vous mènera de- 
vant les gouverneurs et devant les rois à cause de moi, et vous 
rendrez témoignage devant eux et devant les gentils. 



40 LE PASTEUR d'iIERMAS. 

3 et xxviii, 4): ou voit également qu'elle est sous le coup 
d'uue persécution nouvelle fvoir toute la IV*' vision et en par- 
ticulier ch. Il, f 5, comme aussi tous les passages oii il est 
question de la grande tribulation qui vient, t-^ç ôlt^j^ewçr^ç (;.eV 
T^ouG'/iç (ou Tnç £7repp[X£vvi;) t'oç p^eyaV/iç, comme Vis. II, II, 7 ; 
m, 4. — Vis. IV, I, 1 ; II, 5 et m, 6. — Sim. IX, xxi, 3)^ 
Si nous considérons maintenant l'Église de Romeàl'in- 
térieur, nous la voyons déjà formée d'éléments très divers, 
les uns bons, les autres en grand nombre mauvais. Her- 
mas fait allusion à des martyrs (Vis. III, i, 9 ; ii,i et v, 2 ; 
Sim. VIII, m, 6), dont les uns se sont offerts généreuse- 
ment au supplice (xpoGu^y-oiç eTraGov £^ ôl'/iç zap^iaç y.al Trape- 
Wav Taç «Luyocç aÙTcov, Sim. VIII, X, 4 ; Sim. IX, xxvm, 2 
et 4), et dont les 'autres ne s'y sont résignés qu'après une 
certaine hésitation (Sim. IX, xxvm, 4). Des confesseurs 
sont aussi mentionnés (oî u^èp tou vop.oi) 6>.i€&vt£;, p, TraOovxEç 
^£, Sim. VIII, m, 7)2. 

i:Sim. IX, XXI, 3 : ouxto xal oî w^uyoi,6xav OXT'kv àxoucrojat ^ Stà tyiv Ssi- 
"kiav aÙTwv eiSoAoXarpoiîat xal xô ovo[^.a £7ratGj(;Uvouvxat xoïï Kupiou aùxcov. — 
C'est ainsi que les gens de peu de foi, quand ils entendent parler 
de tribulations, craignant pour eux-mêmes, s'abandonnent à l'ido- 
lâtrie et rougissent du nom de leur Maître. — Sim. ix, 28, 4 : 
yffot et:' i^ouffiav à'/OévTsî l^'/ixaffOyicav xai oùx •^pvvio'avxo, àXX' £7:aOov irpoQur/toç, 
o&xoc [;.aXXov IvSo^oxspot dci Trapà xw Kupiw : xouxiov ô y.apiroç lax'.v ô U7:£p£)f0)v, 
"Ouxoi oè SeiXoi xai âv StcrxaY[^.w lyÉvovTO xat IXoytcravxo Iv xaTç xapSiatç aù- 
xwVjTToxepov apv/iffovxaro ô[7.oXoYyi(70u(7i, xai CTaOov, touxojv oi xapWt IXdcxxouç 
Eio-iv. — Tous ceux qui conduits devant les autorités et mis à la 
question, n'ont[pas renié mais ont souffert courageusement, ceux- 
là sont plus illustres devant Dieu, et leur fruit est supérieur. Mais 
ceux qui en proie à la crainte et à l'hésitation, ont délibéré dans 
leur cœur, avant de souffrir, s'ils renieraient ou confesseraient, 
ceux-là portent des fruits moins beaux. 

2. Mat7i. V, 11 [Luc vi, 22-23) : Vous serez heureux lorsqu'on 
vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on dira de vous toute 
sorte de mal à cause de moi. Réjouissez-vous alors et tressaillez de 



X 



LE PASTEUU d'iIERMAS. 41 

Mais, à côté des martyrs, nous voyons heaucoup de dé- àTroorârxi : Vis. 
lateurs (77po^oTai; TvpoéWav...), de blasphémateurs (pT^aao'/i- ^^ 4.'sim. ix] 

[Jm), d'apostats (à7:oGTaTai,oî àpv'/iGa[7.evoi tov Kuptov), entraînés XIX, i. 

à renier leur foi, soit par tiédeur (Sim. IX, xxi, 3), soit par KOpLv^r^vbr' il, 
attachement à leurs richesses (Vis. III, vi, 5 ; Sim. 1,5 ss. ; ", 7 ss. ; m, 2 

„. ^TTTT r , Ci et 4; Sim. VIII, 

Sim. VIII, VI, 4 et VIII, 2). vni,4etIX,xxVi, 

Hermas approuve certains docteurs aux doctrines sévè- •^• 
res; il en signale de bons, encore vivants (Vis. III, v, 1) : £6xaa9%Wxv:Vi!?. 
mais il en signale aussi d'autres^ qui cherchent des voies ^^' "' ^' Sim.vi, 

° -^ . II, 3: Sim. VIII, 

nouvelles (Vis. III, vu, 1), qui répandent parmi les fidèles m, 7 et vi, 4; 

de mauvaises doctrines (Sim. VIII, vi, 5 et IX, xix,2),qui ^J™' ^^' ^^^' ^ 

flattent en vue d'un gain coupable les passions de leurs au- TCpoJo-a^TTaçc'^u- 

diteurs (Sim. IX, xix, 3) ; d'autres, enfin, qui, enflés d'un jj'*"^'." s^^ ^\ll{ 

VI, 4 ; Sim. IX, 
joie, car votre récompense est grande dans les deux : c'est ainsi ^^^' * ®* • 
qu'on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. — Math. 
X, 32 {Lue XII, 8) : Ainsi quiconque me confessci-a devant les 
hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les 
cieux ; mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renie- 
rai aussi devant mon Père qui est dans^les cieux. 

1. 2 Tim. IV, 15 : Mais l'Esprit dit expressément que dans les der- 
niers temps, quelques-uns abandonneront la foi, pour s'attacher à 
des esprits séducteurs... etc. — Jac. m, 1 : Mes frères, qu'il n'y ait 
pas parmi vous tant de gens qui s'érigent en docteurs; vous savez, 
que par là on s'expose à un arrêt plus sévère. — 2 Pierre ii, 1 ss. : 
Mais, comme il y a eu de faux prophètes parmi le peuple, il y 
aura aussi de faux docteurs, qui introduiront sourdement de perni- 
cieuses hérésies... Bien des gens les suivront dans leurs désordres, 
en sorte que la voie de la vérité sera diffamée à cause d'eux. Poussés 
parla cupidité, ils vous exploiteront avec des pai'oles artificieuses... 
Après avoir abandonné le droit chemin, ils se sont égarés en sui- 
vant la voie de Balaam, fils de Baor. Cet homme amoureux du 
salaire de l'iniquité vit sa prévarication démasquée. — Actes, xx, 
29 : Je sais qu'après mon départ, il s'introduira parmi vous des 
loups terribles, qui n'épargneront point le troupeau, et qu'il s'élè- 
vera dans votre sein des hommes professant des doctrines perverses 
pour s'attirer des disciples. 




42 



LE PASTEUR D HEKMAS 



Sim. VIII, YI, 
5 : èxoTpscpovTEÇToù; 

JûÛXoUÇ TOÛ 0EOλ, 

à(ptEVT-£ç fjtpE-ravcsTv 
aÙTOûç-, àXXà rat? S'i- 
^a^atç raï; [^-upaT? 
77£Î60VTEÇ aÙTûû;. 



savoir purement imaginaire, s'élancent dans des spécula- 
tions inintelligibles (gnostiques) (Sim. IX, xxii ss.). 

Des hérétiques existent, mais dans l'intérieur de la com- 
munauté : ainsi Hermas est obligé de protester contre ceux 
qui nient la résurrection des corps ^ (Sim. V, vi, 7 et vu, 
2), comme aussi contre ceux qui n'admettent pas la possi- 
bilité de la pénitence après le baptême et jettent un grand 
nombre de fidèles dans le désespoir (Vis. I, i, 9 ; Mand. 
XII, VI, 1 ss. ; Sim. VIII, vi, 5 et ix, 4). 

Si parmi les conducteurs de l'Église, les évêques ou an- 
ciens et les diacres, il y en a de bons^ qui s'acquittent 
saintement de leurs fonctions (Vis. III, v et Sim, IX, xxvn, 
2), il y en a beaucoup d'autres auxquels Hermas est obligé 
d'adresser de vives admonestations, soit parce qu'ils sont 
injustes (Vis. II_, ii, 6), soit parce qu'ils sont . ambitieux 

Sim. VIII, VII, 4), soit parce qu'ils sont querelleurs et or- 
gueilleux (Vis. III, I, 8 et V, 1), endurcis, déréglés et pleins 

de venin (ève(7/ttp&)'[y,évoi. [j.vi 'éjoweç Trai^eiav, iov zlç tÀv xapèiav 

[3a(jTaCovT£ç,Yis. III, IX, 7-10), OU enfin négligents (Sim. IX, 
XXXI, 5 et 6). 

A'côté des vrais prophètes. humbles, désintéressés, etc., 
nous voyons aussi de faux prophètes^ que certains fidèles 



1. 1 Corinth. xv, 12 : Si l'on prêche que Christ est ressuscité des 
morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a 
point de résurrection des morts? 

2. Math. VII, 15 : Gardez-vous des faux prophètes : ils viennent 
à vous sous la peau de brebis; mais au dedans, ce sont des loups 
ravissants. C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. — \Math. 
XXIV, 11 : Et il s'élèvera beaucoup de faux prophètes et ils séduiront 
bien des gens. — Math, xxiv, 24, {Marcxiii, 22) : Il s'élèvera de 
faux messies et de faux prophètes qui feront des miracles et des 
prodiges au point de séduire, s'il était possible, les élus eux-mêmes. 



LE PASTEUR d'hERMAS. ' 43 

vont consulter dans le secret, à la manière des oracles 
païens, qui se font payer leurs consultations, et qui per- 
vertissent leurs clients en leur fournissant des réponses 
conformes à leurs secrets désirs : ce sont des gens qui 
aiment les honneurs, le luxe elles plaisirs (Mand. XI). 

En même temps que des néophytes résolus (Vis. III, 
V, 4), notre auteur en signale d'autres, qui, après avoir 
cru , reculent devant les engagements du baptême 
(Vis. III, VII, 3). 

Pour terminer la nomenclature des diverses catégories 
de fidèles signalées par Hermas, nous noterons encore : 
. 4° Les hypocrites (s-nriGTSucrav év ÛTCOxptGei, Vis. III, VI, 1). 

Cette épithète à'ùizoz^nai est aussi donnée aux faux doc- 
teurs (Sim; VIII, VI, 5 et IX, xix, 2). 

2° Les débauchés (Vis. III, vi, 2 et Sim. VI, n, 3 ss.). 

3^ Ceux qui ont des amis parmi les païens (Mand. X, i, 
4 et Sim. VIII, ix, 1 ss.) 

4*' Ceux dont la vie reste absorbée parles soins donnés 
<\ leurs richesses et aux affaires du siècle : nous y revien- 
drons. 

S" Les calomniateurs, les médisants, ceux qui aiment 
les disputes, qui fomentent les divisions, qui ne savent pas 
oubherles injures. Nous y reviendrons. 

6« Ceux qui vivent à part et ne fréquentent pas les as- 
semblées des saints ^ (p y.oXKoiii.t^Qi. mç àytoiç, Vis. III, vi, 

— JEJp. Jac. lY, 1 : Car beaucoup de faux prophètes ont paru dans 
le monde. 

1. ilébr. X, 25 : N'abandonnons point nos assemblées, comme 
quelques-uns ont coutume de le faire, mais exhorlons-nous les uns 
les autres, et cela d'autant plus que vous voyez s'approcher le 
grand jour. — Ep. Barnabe, iv, 10 : Ne vous renfermez pas en 
vous-mêmes, ne vous isolez pas, comme si vous étiez déjà justifiés. 



44. LE PASTEUR d'hEIIMAS.' 

2; Sim. VIII, viii, 1 dix, 1; Sim. IX, xx, 2 ; [r/i/oX7a.j- 

[XÊVoi, TOtç ^ouT^oiç Tou 0£ou, vXkk [j.ovaCovTeç, «7ro)^7^uou<7i tocç éauTôJv 
tj/uyaç, Sim. IX, XXVI, 3). 

7^ Ceux qu'il appelle ^l'I'u/oi, c'est-à-dire les geus dont 
l'esprit est partagé entre des sentiments contraires, parti- 
culièrement entre la foi et l'incrédulité. Nous y revien- 
drons. 

L'auteur parle du reste souvent de chrétiens dont ni la 
conduite, ni les mœurs, ni la charité fraternelle ne lais- 
sent rien à désirer (Vis. III, v, 3; Sim. VIII, m, 8; Sim. 
IX, XXIV, 2 ss. ; XXIX, 1 ss. ; xxx, 2 ss. ; etc.). 

Les défauts les plus intéressants h noter parmi ceux 
contre lesquels Hermas croit devoir mettre les fidèles en 
garde sont : . 

1^ L'humeur chagrine ('h o^upXia) et la tristesse (-î 16- 
TT'/i), qui fout l'ohjet du X*^ commandement. L'Esprit-Saint 
est naturellement gai (Mand. V, i, 2 et X, m, 2) ; il hait la 
tristesse, qui l'afflige (où/^ ÛTîooécsi r/iv Iutcyiv, Mand. X, ii, 
6 ;.,. on luTzsX to nv£u(za to ccyiov, Mand. X, iii, 2). La prière 
de l'homme triste n'a pas la puissance de s'élever jusqu'à 
Dieu (M. X, m, 2). Il faut bannir la tristesse (Mand. X, 
i, 1 et m, 4) et se revêtir de gaieté (âv^u-jai, t-ov îXapor/iTa, 
Mand. X, m, 1 et 4), parce que la gaieté est agréable à 
Dieu et à l'Esprit-Saint. (Voir la note E). Voir encore 
Vis. IV, m, 4 et Sim. IX, xv, 2 et 3. — Il y a cependant 
une tristesse qui est une source de salut [Mand, X])^ 

2° Ce qu'Iïermas appelle ^4'J'//°'-> c'est-à-dire l'incerti- 
tude, l'irrésolution, l'inconstance, la défiance, le doute, la 
tiédeur, la foi vacillante, dont l'opposé est une foi ferme, 

1. ^Corinth. vu, 10 : La tristesse selon Dieu produit une rcpcn- 
tance qui conduit à un salut qu'on ne regrette point, au lieu que la 
tristesse du monde produit la mort. 



LE PASTEUll d'hERMAS. 45 

puissante, pleine de confiance en Dieu*. En regard des ^t- 
«iu/ot l'auteur place ceux qui sont parfaits dans la foi {oko- 
Ta'Xerç £v Tfi maxzi, Maud. IX, vi). — Voir particulièrement 
le IX'' commandement, bien que l'auteur prenne conti- 
nuellement à partie les ^l(];u/oi. — Les Siû^uyjn ne sont ni 
vivants, ni morts (Sim. VIII, vu, 1 et IX, xxi, 2); ils sont dif- 
ficilement sauvés (Mand. IX, yi). Ce sont des gens qui se 
découragent aisément et ne réussissent h rien (Mand. X, 
II, 2). Us prient Dieu sans foi, sans confiance, parce qu'ils 
doutent et désespèrent de sa miséricorde (Mand. IX,, 1,7, 
12 et Sim, VIII, ix, 4);, aussi n'obtiennent-ils rien. Ils sont 
faibles contre la colère (Mand. V, ii^ 1 ss.) et victimes des 
faux prophètes qu'ils consultent. Ils se demandent si les 
choses annoncées sont vraies ou ne le sont pas (^laAoyi'Copi- 
vo'ji- ev TaJ; xap^iaiç aÙTwv d apa ecTiv Tau-ra v) oùx. ecTtv, Vis. III, 
IV, 3)^. Ils ne peuvent se fixer dans leurs croyances et cher- 

1. Jac. I, 6 : Mais qu'il demande avec foi, sans hésiter; car celui 
qui hésite est semblable au flot de la mer, agité et ballotté par le 
vent; que cet homme-là, homme irrésolu (av/)p Si«|^u7.oç), inconstant 
dans toutes ses voies, ne s'imagine pas qu'il recevra quelque chose 
du Seigneur, — Jac. v, 8 : Nettoyez vos mains, pécheurs ; purifiez 
vos âmes, hommes irrésolus (ciJ;u'xot). — JS}^. Clém, aux Corintli. 
ch. X : La femme de Lot était sortie avec lui, mais elle était agitée 
par de tout autres sentiments et ne partageait pas sa confiance : 
c'est pourquoi elle fut choisie pour devenir un signe, c'est-à- 
dire cette statue de sel qui subsiste encore aujourd'hui, afin 
que tout le monde sût bien que ceux: qui ont l'esprit partagé (ot 
ci'^uyoi) et qui doutent de la puissance de Dieu sont destinés à être 
jugés et à devenir un exemple pour toutes les générations. 

2. B2D. Clém. aux Corinth. ch. xxiii : Loin de nous ces paroles 
de l'Ecriture : « Malheureux ceux qui ont l'esprit double (ot §i'|/u/oO 
« dont l'esprit est hésitant et qui disent : Nous avons entendu diic 
« ces choses du temps de nos pères, et voici que nous avons vieilli 
« et aucune d'elles ne s'est réalisée pour nous, insensés, compu- 
« rez-vous à un arbre. Prenez une vigne : d'abord elle perd ses 



46 LE PASTEUR d'hERMAS. 

chent toujours des voies nouvelles (Vis. III, vu, 1) : ils 
ont le Seigneur sur les lèvres, mais non dans le cœur (Sim. 
IX, XXI, 1; Cf. Vis. m, VI, 4) : à la première annonce 
d'une persécution, ils retombent dans l'idolâtrie (Sim. IX, 
XXI, 3). . 

3° La médisance, la calomnie, les disputes, le ressenti- 
ment des injures et les divisions. Hermas appuie souvent 
sur ces divers points^ ce qui montre que la charité frater- 
nelle et l'union parfaite étaient loin de régner absolument 
parmi les chrétiens de l'église de Rome, ses contempo- 
rains (140 après J.-C). (Vis. 111, vi, 3 et ix, 2; Mand. 11 ; 
Sim. VIII, VII, 2 et 4ss.; ix,4etx, Iss.; Sim.IX,xxiii; 2 ss.; 
XXVI, 7 ss. ; XXXI, 4 ss. ; xxxii, 2 et o. — Vis. Il, n, 3). 
Du reste les mêmes recommandations reviennent souvent 
dans le Nouveau Testament^ et on doit en conclure que 

« feuilles, puis un bourgeon se forme, puis une feuille, puis une 
« fleur, après cela du raisin vert, et enfin une grappe mûre.» Vous 
voyez comme en peu de temps le fruit de l'arbre arrive à maturité. 
En réalité sa volonté s'accomplira bientôt et subitement, l'Écriture 
témoignant « qu'il viendra aussitôt et ne tardera pas; que le Sei- 
, « gneurviendra subitement dans son temple, avec le saint que vous 
a attendez.» ^— 2 Pierre, m, 3 ss. : Sachez avant toutes choses. que 
dans les derniers temps il viendra des moqueurs plein d'ironie, vi- 
vant au gré de leurs passions, qui diront : Où est la promesse de son 
avènement? Car depuis que les pères sont morts tout continue à 
subsister comme depuis le commencement de la création... Le 
Seigneur ne tarde pas dans l'exécution de sa j^romesse, comme le 
pensent certaines personnes, mais il use de patience envers vous, 
ne voulant pas qu'aucun périsse, mais que tous viennent à résipis- 
cence. Le jour du Seigneur viendra comme un voleur. — Barnabe, 
XIX, A : Ne doute pas, ne te demande pas si ces choses seront ou ne 
seront pas (ou [/,•)) Bi^uy^/ia-r^q TiOTepov EiTat r^ oS). 

1. 1 Corinth. i, 10 : Je vous conjure, mes frères, au nom de noire 
Seigneur Jésus-Christ, d'avoir tous un même langage. Qu'il n'y ait 
point de divisions parmi vous, mais soyez bien unis dans un même 



LE PASTEUR D HERMAS. 47 

toutes ces petites communautés chrétiennes, unies par 
une charité réciproque contre l'ennemi du dehors, n'en 
étaient pas moins travaillées au dedans par des dissensions 
de toutes sortes, rivalités de personnes, discussions sur le 
dogme, l'organisation, la discipline, etc. : c'était des foyers 

esprit et dans une même pensée, car, mes frères, j'ai appris parles 
gens de Giiloë, qu'il y a des disputes parmi vous. J'entends par là 
que chacun dit : « Moi, je suis à Paulj — moi, à Apollos; — moi, 
à Céphas; — moi, à Christ. » Est-ce que Christ est divisé? — Ibid., 
XI, 18 : D'abord j'apprends que, lorsque a^ous vous réunisssez en 
assemblée, il y a des divisions parmi vous, et je le crois en 
partie : il faut bien qu'il y ait parmi vous des dissensions, afin 
qu'on voie nettement quels sont les bons parmi vous. — Ibid., 
ch. XIII (Eloge de la charité). — Ephés. v, 29 ss. : Qu'aucune 
mauvaise parole ne sorte de votre bouche... Qae toute aigreur, 
toute violence, toute colère, toute criaillerie, toute injure soient 
bannies du milieu de vous, et toute méchanceté. Soyez JDons, 
pleins de tendj-esse les uns pour les autres,, vous pardonnant 
réciproquement , comme Dieu vous a pardonné en Christ. 
Soyez donc des imitateurs de Dieu , comme des enfants bien- 
aimés, et marchez dans la charité, à l'exemple de Christ, qui... — 
Jac. I, 26 : Si quelqu'un croit être religieux, et qu'il ne tienne pas 
sa langue en bride, il se trompe lui-même et sa religion est vaine. 
— Jac. m, 2 ss. : Si quelqu'un ne bronche pas en paroles, c'est un 
homme parlait, capable de tenir en bride son corps tout entier... 
La langue aussi est un feu, le monde delà méchanceté : c'est la 
langue qui, parmi les membres, a l'art de souiller le corps tout 
entier, et d'enflammer tout le cours de la vie, étant enflammée elle- 
même au feu de la géhenne. — Ibid. m, 14 : Si vous avez dans le 
cœur un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas de 
votre sagesse; vous parleriez contre la vérité. — Ibid. iv, 1 : D'où 
viennent les guerres et d'où viennent les luttes parmi vous ? N'est- 
ce pas de vos passions' qui se déchaînent dans vos membres ? — 
Ibid. IV, M : Mes frères, ne parlez pas malles uns des autres: 
Celui qui dit du mal d'un frère ou qui juge son frère, dit du mal de 
la loi et juge la loi... Un seul est législateur et juge, c'est celui qui 
a la puissance de sauver et de perdre : mais, toi, qui es-tu pour 
juger le prochain? 




48 LE PASTEUR d'hERMAS. 

ardents de passions religieuses : ou s'y aimait, s'y haïssait 
et s'y querellait beaucoup. 

4^ Les rivalités pour les premières places et les hon- 
neurs (Sim. VIII, VII, 4 ss.). 

Les sept vertus qui, sous forme de femmes, soutiennent 
l'édifice de l'Éghse dans la IIl^ Vision (ch. viii) sont : la 
Foi (iitGTtç), la Continence ( 'Ey^pccTsta) , la SimpHcité ( 'AttXo- 
r/iç), l'Innocence ('Ay.a>'.(à),la Sainteté (2£por/)ç),la Science 
('ETrtcT/ip) et la Charité ÇAyd-Kr,). 

Les douze vertus qui, également sous la figure de vierges, 
gardent l'entrée de la tour de la IX^ Similitude et trans- 
mettent les pierres aux constructeurs de l'édifice, sont : 
1^ la Foi, la Continence, la Force et la Patience ; 2'', en 
second ordre : la SimpHcité, l'Innocence, la Pureté, la Joie, 
la Vérité, l'Intelligence, la Concorde et la Charité (Sim. 
IX, xv)^ Les vices contraires sont personnifiés de la même 
façon ; ce sont : l*' l'Infidélité, l'Intempérance, l'Incré- 
dulité, l'Illusion; 2° la Tristesse, la Méchanceté, la Dé- 
buacli?, le Mensonge, la Sottise, la Médisance, la Haine. 

Ilermas fait souvent l'éloge de l'ingénuité (â^T^or/iç ou 
v/)TCior/iç), et des fidèles qui sont demeurés simples comme 
des enfants"^ [ôic, Tccv/fiTia, w; r/imv. ppeç'/i) (Mand. II, 1 ; Sim. 
IX^ XXIV, 3 ; XXIX, 1 et 2 ; xxx, 3 et xxxi, 3). 

1. 2 Pierre, i, 5 : Faites de votre côté tous vos efforts poUf 
joindre à votre foi {■Klcrzi) la vertu, à la vertu (àpstri) la science, à la 
science (yvwcrst) la tempérance, à la tempérance (ey^paTôt'a) la patience, 
à la patience (î)7tojji,ovvi) la piété, à la piété (euc-eSst'a) l'amour fraternel, 
à l'amour fraternel (cptXaoeXcpia) la chai'ité (àyâ-K-riv). 

2. Math. XI, 2o {Luc, x, 21) : Je te rends grâce, ô mon Père, 
maître du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux 
sages et aux. savants et de ce que tu les as révélées aux enfants 
[Yf\T:ioi(;).— Math, xviii, 3 : En vérité je vous dis que si vous ne 
changez pas et ne devenez comme les petits enfants, vous n'en- 



Le pasteur D*HEIIMAS. 49 

Vlli. De la Pénitence. — Hermas qui se fait dicter son 
livre par l'Ange de la Pénitence , aurait pu prendre pour 
épigraphe cette parole dans laquelle saint Mathieu, vers 
le commencement de son évangile fiv, 7), résume la pré- 
dication de Jésus : « Repentez-vous, car le royaume des 
cieux est proche » ; ou encore mieux cet autre passage du 
discours de Paul à Athènes devant l'Aréopage (Actes ^ 
xvn, 30) : « Dieu, passant donc sur ce temps d'ignorance, 
« fait savoir actuellement en tous heux, à tous les hommes, 
« qu'ils aient à se repentir ; parce qu'il a arrêté un jour oti 
(( il doit juger la terre avec justice, par l'homme qu'il a 
(( désigné, en foi de quoi il l'a ressuscité des morts. » 

Le Pasteur n'est eu effet qu'un long et suprême appel 
fait à la repeutance. 

Les idées d'Hermas sur la pénitence peuvent paraître 
tant soit peu indécises, et comme il approuve (Mand. lY, 
ni, 1) les docteurs qui enseignaient qu'après le baptême 
les fautes graves ne sauraient plus être par données, on a 
pu voir en lui un précurseur des Moutanistes : mais la sé- 
vérité de ses principes n'est qu'apparente, elle ne gît que 
dans la forme. Aussi Tertullieu, devenu rigide montauiste, 
a-t-il appelé le Pasteur un livre bon pour les adultères 
{Pastor^ qua3 sola (scriptura) mœchos amat, De pud.,x\ 
— Pastorille msechorum, Ibid. ,20). Il est visible quenolrc 
auteur est partagé entre la crainte de nier l'efficacité du 
repentir, et celle de favoriser les rechutes à Tabri de la 



Ircrcz pas dans le royaume des cieux. Celui donc qui serendia 
humble comme ce joelit enfant sera le plus grand. dans le royaume 
des cieux. Math, xix, 23 (Marc x, 14; Luc xviii, 16) : Laissez ces 
petits enfants, et ne les empêchez pas de venir vers moi, car le 
l'oyaume des cieux esta ceux qui leur ressemblent. — MatJi. v, 3 : 
Heureux les pauvres en esprit; car le royaume des cieux est à eux- 

4 



Y. 




SO LE PASTEUR d'hERMAS. 

faculté laissée aux pécheurs de faire indéfiniment péni- 
tence. « Celui, dit-il (Mand. IV, m, 6), qui abuse de la 
pénitence pour retomber sans cesse dans le péché, sera 
difficilement sauvé. » Il s'excuse en plus d'un endroit 
(Mand. IV, r, 11 et m, 3 ; Sim. IX, xxvi, 6) de vouloir, en 
prêchant l'utilité de la pénitence, offrir aux fidèles' des 
facilités pour persévérer dans le maP. 

Les principes d'Hermas et son point de vue sont assez 
nettement exposés dans le in^ chapitre de son IV"^ Com- 
mandement. En principe il approuve les docteurs qui pro- 
fessent que les péchés commis après le baptême sont irré- 
missibles^ ; mais, ajoute-t-il, Dieu qui connaît toutes les 
ruses du diable, toutes les obsessions dont il accable les 
fidèles, s'est laissé fléchir. Il a envoyé l'Ange de la péni- 
tence faire un suprême appel et offrir pour la dernière fois 
aux fidèles la faculté de faire pénitence. Seulement, il faut 
se hâter : les derniers temps sont arrivés : l'édification de 
l'Église, sur le point d'être achevée, a été supendue un 
.instant pour laisser à l'Ange de la pénitence le loisir de 
remplir sa mission. Tous les péchés antérieurs, quels qu'ils 

1. Comparez le bel éloge de la pénitence fait par Clément, Ep. 
aux Cor,, ch. vu et vin. Hermas aussi du reste en exalte la puis- 
sance. (S. X, I, 3.). 

2. C'est la doctrine de l'Épître aux Hébreux (VI, 4-6 et X, 26 
ss.) : « Il estimpossible queceuxqui ont été une fois éclairés, qui ont 
goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont savouré 
la bonne parole de Dieu et les puissances du monde nouveau, puis 
sont tombés, soient ramenés à la repentance par un second renou- 
vellement, puisqu'ils crucifient de nouveau, pour leur malheur, le 
Fils fie Dieu et l'exposent à l'ignominie. » — « Si nous péchons 
volontairement, après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne 
reste plus de sacrifices pour les péchés : il n'y a plus à attendre 
qu'un redoutable jugement et l'ardeur d'un feu qui doit dévorer les 
rebelles. ». 



LE PASTEUR d'hERMAS. 51 

soient, peuvent donc être remis à ceux qui s'empresse 
ront de se repentir : mais les fidèles ne doivent plus pécher 
dorénavant ; ils ne pourront plus faire pénitence qu'une 
seule fois : les gentils cependant seront admis au pardon 
jusqu'à la dernière limite. 

Ces diverses propositions sont du reste affirmées (jii et 
là dans tout le cours de fouvrage. 

La fin des temps est arrivée (Vis. III, m, 2 et 
vin, 9^. 

L'édification de l'Église, sur le point d'être achevée, a 
été interrompue pour offrir aux pécheurs une dernière oc- 
casion de faire pénitence (Sim. IX_, v, i ; xiv, 2 et xxvi, 
6 ; Sim. X, iv, 4). 

Il faut se repentir avant l'achèvement de cette tour qui 
figure l'Éghse (Vis. Ili, ix, 5 ; Sim.lX,xxvi, 6 et xxxn, 1 ; 
Sim. X, IV, 4). . 

Après le solennel appel fait présentement par F Ange de 
la pénitence, il n'y a plus qu'une seule pénitence possible 
pour les fidèles (Vis. II, ii, 4 et o ; Mand. IV, m, 6 ; Sim. 
VIlï, XI, 2 et3). 

Les serviteurs de Dieu ne peuvent faire pénitence qu'une 
seule fois (Mand. IV, i, 8 et ni, 6). 

Le repentir sera ouvert pour les gentils jusqu'au dernier 
jour (Vis. II, II, 5). 

Le blasphème , l'apostasie, l'action de livrer les saints 
sont des péclié,s mortels, pour lesquels il n'y a pas de re- 
pentir possible (Sim. VI, ii, 3 ; Sim. VIII, vi,4 et viii, 2 ; 
Sim. IX^ xixy 1). 

Cep.endant l'Ange admet que ceux-là mêmes qui onttrahi 
et apostasie dans le passé pourront faire pénitence ; mais 
il n'eu sera plus ainsi pour ceux qui renieront leur foi 



LE PASTEUR d'iiERMAS. 



dans l'avenir (Vis. II, ii, 8 et Sim. IX, xxvi, 6. — Cf. 
Mand. IV, i, 10). 

Les péchés commis avant le baptême sont remis gratui- 
tement : quant à ceux qui sont commis depuis, non seule- 
ment on n'en peut faire pénitence qu'une fois, mais encore 
on doit les expier ici-bas par des peines temporaires pro- 
portionnelles, pour lesquelles on est livré à l'Ange du châ- 
timent (Vis. Il, m, 1 et III, vu, 6; Mand. IV, m, 1 ss. ; 
Sim. VI, II, III et iv ; Sim. VII, 4 et 5). 

(Dans son IV Commandement, l'auteur parle de deux 
espèces d'adultères : par le premier il entend l'infidélité 
dans le mariage, et par le second l'inlîdéhté envers Dieu, 
ou l'idolâtrie, à l'exemple des anciens prophètes, de Jac. 
IV, 4 et d'Apoc. ii,.22, etc. : il admet qu'on peut faire pé- 
nitence de l'un et de l'autre.) 

Hermas blâme ceux qui désespèrent de leur salut à 
cause de leurs péchés antérieurs, et les exhorte à ï?À^ê pé- 
niteiice, en se confiant en la miséricorde divine (Maiid. 
XII, VI, 1 ss. — Cf. Vis. I, I, 9 et Sim. VD[, ix, 4). 

11 signale comme de faux docteurs'c-^ux dont les mau- 
vaises doctrines ne permettent pas aux pécheurs de faire 
pénitence (Sim. VIII, VI, 5). 

Il faut remarquer que jamais Hermas, len im sujet qui 
l'y amenait si naturellement, ne parle dq[; confession auri- 
culaire, ni de confession pubhque, ni d'àibsolution donnée 
soit par un ancien ou évoque, soit par l'ïjlglise assemblée. 
11 n'a évidemment aucune idée de ce quv» nous appelons 
aujourd'hui le sacrement de Pénitence, et ïm ne saurait y 
voir une allusion dans ce second sceau queS, reçoivent les 
fidèles repentis, qui, par leurs péchés, avaient Ibrisé le pre- 
mier, celui du baptême (Sim. VIII, vi, 3) ; ca^ Hermas dit 
positivement, comme l'auteur de l'Épître aux\ Hébreux, 



LE PASTEUR DIIERMAS. 53 

qu'il n'y a d'autre rémission des péchés que celle qui s'ob- 
tient parle baptême : la pénitence qu'il prêche n'est qu'une 
faveur exceptionnelle faite à la fin des temps par un Dieu 
miséricordieux et qui n'est applicable qu'aux péchés com- 
mis dans le passé (Mand. IV. m). 

IX. Le monde, les affaires^ les richesses. — L'Église, 
ou royaume de Dieu, est opposée au monde (xocp;), au 
siècle (a'^wv) ou royaume de Satan. « Je voudrais, dit Her- 
mas (Vis. IV, m, 1 ss.), savoir ce que signifient les quatre 
couleurs que la bête porte sur sa tête. — Écoute, répon- 
dit-elle, la couleur noire,- c'est ce monde... quant à la por- 
tion couleur d'or, c'est vous, qui avez fui ce mondée » 

Le fidèle doit se désintéresser des biens et des affaires 
de ce monde (rà i^nù-zvm 7T:pay[xaTa, Vis. in. XI, 3) (Mand. 
Vlir, 3; Sim. I, 1 et 6 ; Sim. IV, 5). 

Ceux qui se laissent amollir ([j.a7^a/.ic6evTeç, Vis. III, xi, 3) 
et embarrasser (repiTroiou^aevoi, 7û£ptcnvW[xevot, £[XTC£^up[jivoi), par 
ces biens et ces affaires, n'ont plus le loisir et la liberté 
de penser à Dieu, et ne peuvent faire leur salut^ (Vis. I, i, 

.1. Év. Jean^ xvii, 9 : Je ne prie pas pour le monde, mais je prie 
pour ceux que tu m'as donnés.— Ihicl. xvii, 14 : Le monde les a haïs, 
parce qu'ils ne sont pas du monde, cornme moi-môme Je ne suis 
pas du monde. — Ibid. xviii, 36 : Mon royaume n'est pas de ce 
monde. — Jac. i, 27 : La religion pure et sans taclie consiste 
à ... et à" se préserver des souillures du monde. — Ibid. iy, 4 : 
Ames adultères, ne savez-vous pas que l'amoui- du monde est 
inimitié contre Dieu? Celui donc qui veut être aussi du monde est 
ennemi de Dieu. — Luc iv, 5 ss. ( Math, iv, 8-9) : Le diable l'ayant 
emmené lui fît voir en un instant tous les royaumes de la terre et 
lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et la gloire de ces 
royaumes; car elles m'ont élé données et je les donne à qui je 
veux. Si donc tu le prosternes devant moi, elles t'appartiendront 
tout entières. 

2. 4» Ép. Jean, ii. 13 : N'aimez point le monde, ni ce qui est 



S'i LE PASTEUR d'iTERMAS. 

8 ; Mand. X, i, 4 et XII, i, 2 ; Sim. II, 5 ; IV, 5 ; IX, xx, 
1 ss.; Sim. VIII, VIII, 1 et IX, xxx, 4). . 

Les richesses sont, un obstacle au salut, non seulement 
parce qu'elles détournent la pensée des choses de Dieu, 
mais encore parce qu'elles empêchent ceux qui les pos- 
sèdent de fréquenter leurs frères, dont ils craignent les 
obsessions (Sim. IX^ xx, 2) et les portent au contraire à 
fréquenter les gentils (Mand. X,i, 4 et Sim. VIII, ix, 1 ss.); 
parce qu'elles leur inspirent de l'orgueil (yaupiwvTsç, Vis. I, 
I, 8 ; û^|;•/]■Xo(ppoveç, Sim. VIII, IX, 1) ; parce qu'elles les pous- 
sent à l'intempérance (Vis. III, ix, 3 et 4) ; enfin, parce 
que, les attachant au monde, elles les entraînent à l'apos-, 
tasie (Vis. III, vi, 5 et Sim. VII1> viii, 2). 

X. Les riches et les pauvres ; V aumône. — Le riche 
est difficilement sauvé ^ (oî ir'XouGiot. ^ucjtoXcoç etcsleuaovTai sic 
Tviv ^(xaCkzicxN to'j ©eo'j. . . tok TOtouTotç hÛQy.okov èariv sic t'/iv ^a- 
ct'Xsiav Tou 0£.oô etaeT^GeTv, Sim. IX, XX, 2 et 3). 

Dieu, quand il Ycut sauver les riches, leur retranche la 
majeure partie de leurs biens (Sim. IX, xxx, 5 et xxxi, 2 ; 
Vis. III, VI, 6). 

.La prière du riche a moins de vertu auprès de Dieu 
Sim II 5 • '0 ^"^ ^^^^^ ^^^ pauvre^, (Sim. II, 56 et 7). 

';vXoûoic<; Ta -Kçhti tôv 

KûpiovTïTMyêùei daiîs le monde ; si quelqu'un aime le monde, l'amour du Pùi'e n'est 

/.kl Xtav ^iMow v/ti point en lui... . 

Tïiv e?o,^oXoYi<iivj4al ,, _ j^f^fj^^ XIX, 23 {Marc, x, 23 et Luc, xviii, 24) : En Vérité je 

rr,v émuÇiv TToô? tÔv t ,.i . jtp -i ^ • i ni i i j 

. I „ VOUS dis qu il est ditiicile a un riche d- entrer dans Je royaume des 

awoàv >cal [îx-fi-xpàv cieux. Je vous le dis encore, il est plus , aisé qu un chameau passe 

xalàvu |j,n é'xouffav par le trou d'une aiguille qu'il ne l'est à un riche d'entrer dans le 

5'ûva[/.tv...(3 5'è7r£vïîî royaume de Dieu. — Voir encore la parabole du mauvais riche, Licc 

irXouaio; eayiv ev tyi ^^^^^ ,^q_^,^ . Abraham lui clit : Mon enfant, souviens-toi que tu as 

yoXo-Yvioet ml iû- ^^'^^^ ^^^ bicns pendant ta vie, et que Lazare, au contraire, a eu ses 

va[i,iv jj-e-Y^XYiv é'x,£i maux ; maintenant ici il est consolé, et toi tu souffres, 

^É'vTEu^iç aùToîiira- 2. Luc,yi, 20 : Heureux, vous qui êtes pauvres, car c'est à vous 

pa Tuj 0Eip. qu'appartient le royaume de Dieu ; heureux vous qui avez faim 



LE PASTEUR d'iIERMAS. 55 

Le riche ne doit se 'Considérer que comme le dispensa- 
teur des biens, de Dieu : c'est une sorte de ministère (^ta- 
x-ovta) qu'il a reçu de lui et qu'il doit remplir fidèlement 
pour oJ3tenir son salut (Maud. 11^ 5, 6 ; Sim. I, 8, 9 et 

li, 7). 



maintenant, parce que vous serez rassasiés ; heureux, vous quipleurez 
maintenant, parce que vous rirez... Malheur à vous, riches, parce 
que vous avez déjà votre consolation! Malheur à" vous, rassasiés, 
parce que vous aurez faim ! Malheur à vous qui riez maintenant, 
parce que vous serez dans l'affliction et que vous pleurerez! — 
Luc, parmi ses sources, en avait une éhionitique ; la jDauvreté y est 
souvent glorifiée pour elle-même, et la richesse maudite. — 1° Le 
■ royaume de Dieu est particulièrement destiné aux pauvres : 
XIV, 13-24... Va vite dans les places et dans les rues de la ville, et 
amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles, les hoiteux. xvi, 
■19-31 : ... Abraham lui dit (au riche) : Mon enfant, souviens-toi que 
tu as reçu tes biens pendant ta vie, et que Lazare, au contraire, a 
eu SOS maux; maintenant, ici, il est consolé, et toi tu souffres. — 
2" Cest folie de thésauriser (xii, 16-21). — 3o : xvi, 13: Nul servi- 
teur ne peut servir deux maîtres à la fois. .. vous ne pouvez servir 
Dieu et Mamon. — 4** Il faut se détacher des richesses, y renoncer: 
Yi, 29-30 ... Si quelqu'un t'enlève ton manteau, laisse-lui prendre 
aussi ta tunique. Donne à tout homme qui te demande, et n€ réclame 
pas ton bien à celui qui te le prend... xiv, 33 : Quiconque d'entre 
vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon 
disciple. — 3°/^ fau^t servir, flatter les pauvres, ces favoris de- 
Dieu : xxi, 33 : Vendez vos biens et les donnez en aumônes, xviii, 
22 : Il te manque encore une chose : vends tout ce que tu as, 
distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cicux. xiv, 
13 : Mais quand tu donnes un repas, invite les pauvres, les estropiés, 
les boiteux, les aveugles, et tu seras heureux de ce qu'ils ne peuvent 
te le rendre: cela te sera rendu à la résuri'ection des justes [règne 
de mille ans? ) xvi, 1-9 ... Faites-vous des amis avec les richesses 
produits des malversations, afin que, lorsqu'elles vous manqueront, 
ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. — Jêsu,s appar- 
tenait à une famille de pauvres: ii, 7 et 24. — Ce sont de simpiles 
hergers qui, les premiers, ap)prennent sa naissance et sont 



. 56 LE PASTEUll d'hERMAS. 

L'aumône aux indigents, ainsi que le soin des veuves et 
des orphelins* sont un des pinncipaux devoirs du chrétien 
et en particulier du riche (Vis. IH, ïx] 2 et 5 ; Maud. YIII, 
10;Sim. I, 8;Sim. V, m, 7 ; Sim. X, iv, 2 et 3. Cf. Vis. 
1I_, IV, 3 et Sim. IX, xxvii, 2). 

L'aumône doit être faite avec simplicité, sans acception 
de personnes^ (àrT^w; [j/n ^icraî^wv tivi r^wç ri tivi p/^ ^w;, ttocîiv 



appelés à V adorer : ir, 8 ss. — Jac. i, 11 : Ainsi se flétrira le riche 
ail milieu de ses entreprises. — Jac. ii, 5 : Dieu n'a-t-il pas 
choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde, pour être riches 
en .foi et héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment? 
Et vous, vous méprisez le pauvre ! Ne sont-ce pas les riches qui. 
vous oppriment et qui vous traînent devant les tribunaux? Ne sont- 
ce pas eux qui insultent le beau nom qui vous a été donné? — Jac. 
V, 1 : A vous, maintenant, riches ! pleurez et poussez des cris à 
cause des malheurs qui vont fondre sur vous. Vos richesses sont 
pourries et vos étoffes sont devenues la proie des gerces; votre or 
et votre argent sont rouilles, et cette rouille s'élèvera en témoignage 
contre vous, et comme du feu, elle dévorera vos chairs. Quel trésor 
vous vous serez fait dans les derniers jours ! Voici, il crie, le salaire 
dont vous avez frustré les ouvriers qui ont moissonné vos champs, 
pt les cris des moissonneurs sont parvenus aux oreilles du Seigneur 
des armées. Vous avez vécu sur la terre dans les délices et les fes- 
tins, vous avez repu vos cœurs au jour du carnage, vous avez con- 
damné, vous avez tué le juste, il ne vous résiste pas. — Voir encore 
'Âiwcal.ch.. XVII et XVIII. 

1. Jao.i, 27 : La religion pure et sans tache, jdevant Dieu, notre 
Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflic- 
tions, et à se préserver des souillures du monde. — 1 i^^î. Jean m, 17 : 
Si quelqu'un possède les biens de ce monde, et que, voyant son | 
frère dans le besoin, il lui ferme ses entrailles, comment l'amour do 
Dieu demeure-t-il en lui ? 

2. St Math. Yi, 4 : Pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta, 
main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite. — Rom. xii, 
8 : Que celui gui donne le fasse avec générosité ; que celui qui pré- 
side, y mette du soin; que celui qui prend pitié secoure avec joie. 
-*- 2 Corinth. ix, 7 : Que chacun donne comme il a décidé en son . 



LE PASTEUR d'hERMAS. 57 

f^uW... (r/i^sv ^t:<x,pivœv Ttvi. ^oi •/)' [j:h ^w, Maud. II, 4 et 6. — 
àvovsi^taTwç xal àha-vvxxoiç^ Sun. IX, XXIV, 2). 

L'exercice de l'hospitalité est recommandé (Sim. VIII, 
X, 3; Mand. VIII, 10; Sim. X, xxv;i, 2), surtout envers 
les saints ^ 

Le jeûne agréable au Seigneur consiste dans l'aumône 
faite auxindigents, aux veuves et aux orphelins (Sim. V, 
I, 1 ss. ; Sim. V, m, 4ss.). — Cf. ïsaïe, lviii ; Barnab.iii, 
et Justin, Dial. Tryph., xv et xl. 

L'aumône a la vertu d'effacer les péchés (6 oh ^uVj? 
àOôioç è<7w,Mand.'lI, vi) ^ . 

XI. Rédemption, œuvres. — Hermas ne parle pour 
ainsi dire pas de la rédemption. II dit, il est vrai (Sim. 
V, VI, 2) : « Son Fils a étabH des anges auprès d'eux 
« pour veiller sur eux, et lui-même, à force de peines, 
« après mille fatigues endurées, les a purifiés de leurs pé- 
(( chés : aucune vigne en effet ne saurait être façonnée 
(( sans travail ni fatigue. Lui-même donc, ayant purifié 
« les péchés de son peuple, lui a montré les sentiers de la 
(( vie, après leur avoir donné la loi qu'il avait reçue de sou 
(( Père. » Mais il est évident qu'ici il est simplement fait 
allusion aux peines et aux fatigues que Jésus-Christ a eu à 
endurer pour amener les hommes à se repentir et à ac- 

cœur de donner, sans regret, sans contrainte : « Dieu aime celui qui 
donne gaiement.» — Ep. Barn. xix, M : Tu donneras sans liésitei", 
sans murmurer (ou Sictadetç ooîîvat oùSè Stoobç y'^YY'^^s'ç)' 

1. 1 Pierr. iv, 9 : Exercez entre vous l'iiospilalité, sans mur- 
murer. — Iléb. XIII, 1: N'oubliez pas l'hospitalité: c'est en 
l'exerçant que quelques-uns ont logé des anges sans le savoir. 

i2. 1 Pierre, iv, 8: Surtout ayez une ardente cliarité les uns pour 
les autres, car la charité couvrira une multitude de péchés. — Tubie^ 
IV, 10 et XII, 9. — Luc, xi, 41 : Donnez-en plutôt le contenu en 
aumône, et alors toutes choses seront pures pour vous. 



08 LE PASTfiUlt d'iTKRMAS. 

cepter la loi qu'il leur apportait, après l'avoir reçue de sou 
Père. Quaut aux mérites qu'il a acquis en remplissant cette 
mission avec un zèle et un dévouement exemplaires, ils 
ont été récompeusés en sa propre personne (Sim. V, vi, 
6 ss.) ; mais on ne voit nulle part Ilermas témoigner qu'il 
croie que ces mérites sont reversés sur le genre humain. 
En somme il ne parle du Messie que comme dlun législa- 
teur. Il en résulte qu'à ses yeux la Foi est une vertu comme 
une autre, bien que la première (Vis. III, viii et Sim. IX, 
xv) : elle n'est pas pour lui ce qu'elle est pour saint Paul, 
la seule méritante devant Dieu, la source unique de toutes 
les autres. Notre auteur n'en dit pas moins de la foi : 
a C'est par elle que sont sauvés les élus de Dieu, Vis. III, 
Yiii, 3. » Mais il n'exprime jamais cette idée que les 
Sim. V, III, 2 : chrétiens ont été lavés dans le sang du Christ. 
Eay e ti ajaôov Hcrmas admet donc le mérite des œuvres humaines et 
Tox^î ToG 0£oû , ae- pousse ccttc croyancc au point de professer que l'homme 
^av,vE:taaoT3>.v',xai peut fairc plus quc Dicu n exigc et s assurer amsi une 
É'tTvi ev^oioTEoo? Tvapà gloire supérieure (Sim. V, m, 2. Cf. Sim. V, ii, 4, 10. et 
gi;;^!. " ' 11). C'est la distinction entre les préceptes d'obhgation 
et les préceptes de conseil, la doctrine des œuvres suréro- 
gatoires. 

Toutefois, on ne trouve, bien entendu, dans le Pasteur, 
aucune trace des idées catholiques sur les mérites sura- 
bondants de certains fidèles, sur ce trésor inépuisable des 
mérites delà très sainte Vierge et des saints ajoutés aux mé- 
rites infinis de Jésus-Christ, trésor dans lequel le pape peut 
puiser à volonté pour appliquer les mérites en question 
aux chrétiens vivants et morts, en vertu de la communion 
des saints. Cette étrange théorie, base des indulgences, a 
été inventée par Alexandre de Iialès,mort en 1245, et par 
Albert le Grand, mort en 1280, et elle n'a été formulée 



LK PAsrrlui^ d'itermas. -^9 

olQciellement pour la première fois qu'eu 1349, par le 
pape Clément Y, daus sa bulle Unigenitus^. 

Hermas cherche à détourner des secondes noces sans 
les condamner expressément. (Mand. IV, iv.) 

Il semble approuver la résolution prise par des époux 
de vivre ensemble à l'état de continence [Vis. II, ii^ 3; 
rr\ av,[jJo[(ù cou rn [j.zXkoûa-r^ crou a^a'Xovi. C'est peut-être cependant 
une allusion à Math, (xxii, 30) : « Car dans la résur- 
rection on ne se marie point ; hommes et femmes sont 
comme les anges de Dieu dans le ciel.- » — Cf. Marc xii, 
25, et Luc; xx, 35. — Vis. II, m, 1 : prU r/iv à^eT^o'/fv tov 
èi(V/jç. — Cf. Sim. IX, n,' 3 : MsÔ' •/ijj.wv, ^acrl vX TrapÔivoi, 

XÏI. Opinions, diverses. — Si dans un ménage chrétien 
l'un des époux s'abandonne à l'adultère ou à l'idolcitrio, 
l'autre doit s'en séparer; mais il lui est interdit de se re- 
marier, pour conserver la faculté de reprendre l'ancien 
hen conjugal, si le coupable venait à se repentir et à s'a- 
mender (Mand. IV, i, 4, ss)2. 

1. Eisensclimidt, t. I^p. 185 :,«... thesaiirum mililantiEcclesiœ 
accfuisivit, vplens suis Ihesaurizare filiis pius pater... per beatum 
Petrum, cœliclavigernm, ejusqne successores, suos in terris vicarios, 
commisit fidelibus salubri.ter dispensandiim... Ad ciijus quidem 
Ihosauri cumulùm beatœ dei gonitrlcis omninmqiic electoram, a 
primo justo iisque ultimum, mérita adminiciilum pra^stare noscuii- 
tiir. )) ... Si les mérites de Jésus-Christ forment à eux seuls un trésor 
infini et inépuisable, que peuvent y ajouter les mérites des saints? 
Qu'en est-il besoin? 

2. 1 Corinth. vit, .10 : Qnant aux personnes mariées, j'ordonne, 
non pas moi, mais le Seigneur, qu'une fenime ne se sépare point de 
son .mari (dans le cas où elle se trouverait séparée, qu'elle demeure 
sans se marier ou se réconcilie avec son mari) et qu'un mari ne 
répudie point sa femme. Pour ce qui s'agit des autres, ce . n'est 
pas le Seigneur, c'est moi qui leur dis : Si un frère a une femme 



60 LE PASTEUR d'hERMAS, 

Les saints sont bénis par Dieu dans toutes leurs entre- 
prises (Vis. I, I, 8 ; Sim. Vf, m, 6 ; Sim. IX, xxiv, 3, et 
Sim, X, ij 2 et 3), tandis que les pécheurs expient leurs 
fautes ici-JDas par toutes sortes de tribulations (Vis. II, 
nr, 1 ; Vis. If I, vu, 6 ; Sim. VI, cli. u, m et iv ; Sim. VII, 
4 et 5). Quant à des peines expiatoires temporaires à subir 
dans l'autre vi/i par certains pécheurs, Hermas n'y fait 
janïais la moindre allusion. Il parle, souvent au, contraire 
de la mort éternelle qui attend les grands pécheurs, 
Sim. iv,iv:Tà les réprouvés et les gentils* (Sim. IV, 4; Sim. VI, ii, 
^Jxau^ô'ïircvraTr.TÎ 3 ct 4 ; Sim, Vf, V, 7 ; Sim. Vîll, vi, 4 et vu, 3; Sim. IX, 

ËOv/i ^cauGTÎacvTat 6':t XVHI, 2. — Cf. Vis. I, IV, 2 : ... Ta f^è TCO'kspa TOi; â'OvSGlV 

O'jx sptdoavTÔv '/.-[- 

■ravTaaÙTcû;.— Cf. JCxl TOCÇ àTÏOCTaTaiç). 

r-°)"î' A ^^'^^ ^"' Hermas professe cette opinion qu'en dehors de l'Éghsc 
15 ss.; xvir, 27; triomphante, représentée par la tour, il existe un autre 
7°sJ^'^T'^^°" • •' ^^^"^ (^^ ^^^'^^ appelle les miirailles) ^ qui sera le séjour des 

païenne et que cette femme consente à habiter avec lui, qu'il ne la 
répudie point; si une femme a un mari païen et que ce mari con- 
sente à Iiabiter avec elle, qu'elle ne répudie point son mari... Si lo 
conjoint qui n'a pas la foi se sépare, eh bien! qu'il se sépare ; en 
pareil cas, le frère ou la sœur ne sont pas liés : c'est pour que nous 
vivions en paix que Dieu nous a appelés. — Cf. MatJu v, 31-32 et 
XIX, 9; il/arc X, 11 ; Le^c XVI, 18. 

1. 2« Thessalon. i, 1 ss. : Lorsque le Seigneur Jésus, entouré 
d'une flamme de feu, viendra du ciel avec les anges ministres de sa 
puissance, pour faire justice de ceux qui ne connaissent pas Dieu et 
de ceux qui n'obéissent pas à l'évangile de notre Seigneur Jésus, 
^ ils seront punis de la perdition éternelle, privés de la présence du 
Seigneur et de la gloire dont sa face nous revêtira, le jour où il 
viendra... Cf. Apoc. xx, 15. 

2. Jean xiv, 2 ; Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon 
Père. — CLIrénée, l. V, cZf. xxxvi, § 2 ; Et quemadmodum presbyteri 
dicunt, tune qui digni fuerint cœlorum conversatione iiluctransibunt, 
id est in cœlos ; alii Iule paradisiis utenlur, alii autem speciositatem 
civitatispossidebunt, ubique autem Deus videbitur, et quemadmo-^ 



• .„ ...„„.. ^> 



LE PASTEUR D HERMAS. 61 

fidèles n'ayant pas mérité d'être admis dans la tour (éTépw 
TOTCô T:okh sV'ttovi, Vis. III, V, 5 et VII, 6; Sim. VIII, ii, 5 ; 
VI, 6 ; VII, 3 ; viii, 3). 

La science des choses divines (la gnose) ne sert de rien 
à ceux qui ne pratiquent pas les commandements de Dieu 
(Sim. IX, xviii, 1). Il ne sert de rien d'être chrétien de 
nom, si on ne pratique les vertus dont le, Christ nous a 
donné l'exemple (Sim. IX, xn, 1 ss.). 

Les fidèles qui après leur conversion retombent dans 
leurs anciens errements, sont deux fois plus coupables^ 
(Mand. VIII, 6; Sim. IX,- xviii, 1 ss.). 

Hermas proclame la nécessité et la puissance de la 
prière faite avec une foi pleine et entière^ (Vis. IV, i, 
7ss.; II, 4 : Mand. IX; Sim. V, iv, 4). Au contraire la 
prière de l'homme qui ne met pas toute sa confiance en 
Dieu n'obtient rien (Mand. IX, 1, 5, 7, 12 ; Sim. V, iv, 3). 
Il en est de même de l'homme triste (Mand. X, m, 2). 

On doit demander à Dieul'intenigence (cuvecïiç, Sim. V, 

IV, 3,etIX^ II, 6) : on doit lui demander aussi la justice et 

la vertu ^(£ptoTa/,yi 7:epl ^uaiocuv/iç, l'vaT^aê'/iç [zepoç ti s^auT'^ç etç 

Tov oi-/.6v Gou, Vis. III, I, 6). 

dum dignierunt videntes eum. Ecce autem distantiam hanc habi- 
lationis eorura qui centum fructifîcaverunt, et eorum qui sexaginta, 
et eorum qui trigenta : quorum quidam in cœliim assumentur, alii 
in paradiso conversabuntur, alii in civitate habitabunt : et propler 
boc dixisse Dominum multas esse apud Pati'em mansiones. 

1. 2" Pierre^ ii, 20 : En effet, si après s'être retirés des souillures 
du monde parla connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, 
ils se laissent vaincre en s'y engageant de nouveau, leur dernière 
condition est i^ire que la première; il leur eût mieux valu ne pas 
connaître la justice, que de se détourner, après l'avoir connu, du 
saint commandement qui leur a été enseigné. 

2. Jac. V, 16 : La prière du juste aune bien grande efficace. Élie 
était un homme comme nous... 

3. Jac. I, o : Si quelqu'un parmi vous manque de sagesse, qu'il 



62 LE PASTJÏUll j/ilEKMAS. 

Nous avous vu qu'il défeud. le dogme de la résurrectiou 
(Sim. V,vi, 7et VII. 2). 

Hermas euseigue (^Sim, IX, ch. xvi) qu'après leur mort, 
les apôtres out été prêcher l'évaugile et baptiser chez les 
morts. Clémeut d'Alexandrie a repris cette opinion et cité 
le Pasteur à ce sujet. Voir Strom. II, ix, 44, p. 452 et YI, 
VI, 45-56, p. 764. — Mais en général on s'en tient à la 
descente de Jésus-Christ aux enfers ; voir Ephés. iv, 7- 
9, etl Pierre, m, 19, etiv, 6. . 

Il n'y a pas dans le Pasteur mia. seule allusion à l'Eucha- 
ristie, à la force, comme on dirait aujourd'hui, qu'on peut 
puiser contre les tentations dans la fréquentation de ce 
sacrement. 

11 est souvent question du baptême (Vis. III, ii, 4; m, 
5 et VII, 3; Mand. IV., m, 1; Sim. IX, xvi) ; il est appelé 
un sceau (açayiç, Siiii. VIII, ii, 2 et 4 ; IX, xvi, 4; etc.). 
Ceux qui out brisé ce premier sceau par leurs péchés 
peuvent eu recevoir un second après avoir fait pénitence 
(Sim. VIII, VI, 3). 

Hermas ne mentionne du reste, môme indirectement, 
aucun autre sacrement, ni l'extrême-onction quand il 
aurait eu souvent l'occasion d'en parler, ni le mariage qui 

la demande à Dieu qui donne à tous généreusement, sans rien' re- 
procher, et elle lui sera donnée. Mais qu'il demande avec foi, sans 
hésiter, car celui qui hésite est semblahle au Ilot de la mer, agité et 
ballotté par le veut, que cet homme-là, hommciirésolu, inconstant 
dans toutes ses voies, ne s'imagine pas qu'il recevra quelque chose 
(hi Seigneur. — Philip, m, 9 : ;.. afin de gagner Christ et d'être 
trouvé en lui, ayant, non ma propre justice, mais celle qui s'obtient 
par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi, en sorte 
((ue je le connaisse, lui et la puissance de sa résurrectiou, et la 
communion de ses souffrances, en reproduisant sa mort on ma per- 
sonne, pour tâcher de parvenir à la bienheureuse résurrection des 
morts. 



LE PASTEUR .Jj'ïIER3IAS. 63 . 

lui eût fourni uu excellent 'argument contre le divorce, etc. 

En résumé, si la théologie d'IIermas eût été conforme 
à la théologie cathoHque moderne, on doit avouer qu'il 
eût traité son sujet d'une tout autre manière. 

Son ouvrage fournit des arguments très-puissants en 
faveur des propositions suivantes : 

i° Les premiers chrétiens n'avaient qu'une idée extrê- 
mement confuse du dogme de la Trinité et en particulier 
de la troisième personne : quant à la seconde personne, 
c'est-à-dire au Fils de Dieu ou nature divine du Christ, ils 
ne la considéraient que comme une- créature, une sorte 
d'ange, .l'emportant infiniment sur tous les autres en 
dignité et en ancienneté. 

2^ Ils ne connaissaient ni le sacrement de pénitence, 
ni celui du mariage, ni aucun autre, sauf le baptême et 
l'eucharistie. 

.3° Ils n'avaient point d'évêques dans le sens relative- 
ment moderne du mot : l'épiscopat, tel qu'on l'entend au- 
jourd'hui, n'est qu'une institution du second âge de 
l'Église, qui est loin de remonter à Xésus-Clirist et aux 
Apôtres. 11 en est de même à plus forte raison de la 
papauté. 

4^ La conception d'un purgatoire leur était absolument 
étrangère. • 

Nous ferons observer en terminant que le Pasteur pré- 
sente de nombreuses analogies avec l'épître de Jacques 
et la seconde de Pierre : tous ces écrits semblent avoir 
été inspirés par une seule et môme situation, par les 
mêmes préoccupations. 



64 



LE PASÎEUll D HERMAS. 



EXTRAITS 



1. Dieu. — Vis. I, i, 6 : Le Dieu qui habite daus les 
cieux, qui a tiré du néant fous les êtres, qui les a multi- 
pliés et fait croître à cause de sa sainte Église, est irrité 
contre toi, parce que tu as péché contre moi. 

Vis. I, m, 4 : Voici, le Dieu des Puissances, qui par son 
pouvoir invisible et irrésistible et sa profonde intelligence 
a créé le monde, qui par sou illustre volonté a revêtu 'sa 
création de beauté, qui par sa puissante parole a fixé le 
ciel et fondé la terre sur les eaux, dont la sagesse parti- 
cuhère et la Providence ont établi sa sainte Église, qu'il a 
bénie, voici, ce Dieu transportera les cieux et les monta- 
gnes et les collines et les mers, et tout sera aplani pour 
ses' élus^, afin qu'il réalise pour eux la promesse qu'il leur 
a faite, avec beaucoup de gloire et de joie, s'ils observent 
les comiTiandemcnts de Dieu, qu'ils ont reçus avec une 
grande foi. 

MandA ! Avant toutes choses, crois qu'il est un seul Dieu, 
qui atout créé et ordonné, qui a tiré de néant tout ce qui 
existe, qui contient tout et qui seul ne peut être contenu 



1. Traces de miilénariame. 



LE PASTEUR d'hERMAS. 65 

par rien. Crois en lui et crains-le ; et le craignant, domine 
sur tes passions. 

Sim. V, V, 2 : Le maître du champ, c'est ccliii qui a 
tout créé, tout ordonné, tout affermi. 

II. Le Fils de Dieu. — Sim. V, chap, ii ... : ^ Quel- 
qu'un qui avait un champ et beaucoup d'esclaves planta delà 
vigne dans une partie de son champ. Puis ayant fait choix 
d'un esclave fidèle qui avait sa faveur et qu'il appréciait, 
il le fît venir et lui dit : Prends ce vignoble que j'ai planté 
et garnis-le d'échalas, en attendant que je revienne ; je 
ne te dis pas d'y faire autre chose, mais exécute l'ordre 
que je te donne, et je t'accorderai la hberté. Le maître 
de l'esclave s.' en alla alors en voyage. ^ Après son dé- 
part l'esclave prit possession du vignoble et se mit à y 
planter des échalas. Quand il eut fini ce travail, il remar- 
qua que la vigne était pleine de mauvaises herbes. '' Il 
raisonna alors en lui-même de cette façon : j'ai rempli 
jusqu'au bout les ordres de mon maître ; je vais mainte- 
nant façonner cette vigne ; une fois façonnée, elle aura 
un aspect plus satisfaisant, et débarrassée des mauvaises 
herbes qui ne l'étoufferont plus, elle donnera plus de fruit. 
Il se mit donc à la bêcher et enleva toutes les mauvaises 
herbes qui étaient dans la vigne. Cette vigne, ainsi débar- 
rassée des herbes qui Tétouffaient, devint belle et floris- 
sante. ^ Au bout -d'un certain temps le maître de l'es- 
clave et du champ revint et se rendit dans sa vigne. En 
voyant que cette vigne avait été convenablement garnie 
d'échalas, qu'en outre elle avait été façonnée et que toutes 
les mauvaises herbes en avaient été arrachées, il se félicita 
vivement de la conduite de son esclave. ^ Ayant donc 
appelé son fils bien-aimé, celui qui était son héritier, et 
les amis qui étaient ses conseillers, il leur exposa les or- 



66 LE PASTEUR d'hERMAS. 

dres qu'il avait donnés à son esclave et ce qu'il avait 
trouvé accompli. Et ceux-ci partagèrent la joie de l'esclave, 
pour le bon témoignage que le maître avait porté à son 
sujet. '^ Et celui-ci leur dit : J'avais promis la liberté 
à cet esclave, s'il exécutait les commandements que je lui' 
avais donnés : or non-seulement il les a exécutés, mais il 
a fait dans la vigne un excellent travail et il m'a causé la 
plus grande satisfaction. En récompense de ce qu'il a fait, 
je veux l'établir cohéritier de mon fils, parce qu'ayant 
eu de bonnes pensées, il n'a rien négligé pour les mettre 
à exécution. ^Le fils applaudit à l'intention manifestée par 
son père, de faire de l'esclave son cohéritier. ^Quelques 
jours après, le maître donna un festin eteùvoya à l'esclave 
plusieurs mets de sa table. L'esclave ayant reçu les mets 
que son maître lui avait envoyés, prit ce qui lui suffisait et 
partagea le reste entre ses compagnons d'esclavage.**^ Ceux- 
ci ayant reçu les mets furent dans la joie et se mirent à faire 
des vœux pour que leur camarade crût en grâce auprès 
de son maître, à cause du service qu'il leur avait ainsi 
rendu. *^ Le maître apprit tout ce qui était arrivé et se 
félicita de nouveau de la conduite de son serviteur. Ayant 
donc convoqué une seconde fois ses amis et son fils, le 
maître leur fit part de la conduite qu'avait tenue son 
esclave à l'occasion des mets qu'il avait reçus, et ceux-ci 
approuvèrent de plus en plus l'idée défaire de cet esclave 
le cohéritier du fils. 

Sim. V, ch. V : ^Le champ, c'est ce monde: le 

maître, c'est celui qui a tout créé, tout disposé, tout 
affermi. Le fils^ c'est l'Esprit saint; l'esclave, c'est le Fils 
de Dieu; la vigne, c'est ce peuple . qu'il a planté lui- 
même. ^Les échalas, ce sont les saints auges du Seigneur, 
ceux qui soutiennent son peuple : les mauvaises herbes. 



LE PASTEUR d'hERMAS. 67 

qui ont été arrachées de la vigne, ce sont les iniquités 
des serviteurs de Dieu : les mets qu'il a envoyés de sa 
table, ce sont les commandements qu'il a donnés à son 
peuple par le moyen de sou fils ; ses amis et conseillers, 
ce sont ceux des saints anges qui ont été créés les pre- 
miers ; l'absence du maître, c'est le temps qui reste jus- 
qu'à sa parou'sie (son apparition)... . -Pourquoi, Seigneur, 
repris-je, le Fils de Dieu se présente-t-il sous la forme 
d'un esclave, dans la parabole? 

,Sim. V, cA. VI : Écoute, dit-il: Le Fils de Dieu n'y 
figure pas sous la forme d'un esclave, mais avec une 
grande puissance et une grande dignité. — Comment, dis- 
je, Seigneur? C'est ce que je ne comprends pas. — Parce 
que, dit-il. Dieu, après avoir planté la vigne, c'est-à-dire 
fondé son peuple, l'a confié à son Fils, et son Fils a établi 
des anges auprès d'eux pour veiller sur eux, et lui-même, 
à force de peines, après mille fatigues endurées, les a pu- 
rifiés de leurs péchés : aucune vigne, en effet, ne saurait 
être façonnée sans travail ni fatigue. ^Lui-même donc, 
ayant purifié son .peuple de ses péchés, lui a montré les 
sentiers de la vie, après lui avoir donné la loi qu'il avait 
reçue de sonvPère. ''Tu vois, dit-il, qu'il est lui-même 
•le Seigneur du peuple, ayant reçu tout pouvoir de son 
Père. Mais écoute pourquoi le Seigneur a pris pour 
conseillers son Fils et les anges glorieux, au sujet de 
l'héritage adonnera son esclave. ^L'Esprit saint, celui 
qui préexistait, celui qui a fondé toute la création. 
Dieu l'a fait habiter dans telle chair qu'il a voulu. Ce 
corps, dans lequel l'Esprit saint a étabh sa demeure, s'est 
fait un excellent serviteur de TÈsprit, marchant dans la 
voie de la sainteté et de la pureté, n'entachant l'Esprit 
d'aucune souillure. ''Cette chair qui s'était acquittée con- 



68 LE PASTEUR d'hERMAS. 

venablement et saintement de son rôle, qui avait partagé 
les fatigues de l'Esprit, qui avait coopéré avec lui en 
toutes choses, qui s'était comportée énergiquement et cou- 
rageusement, Dieu lui a accordé d'entrer en communauté 
avec l'Esprit saint. En effet, la conduite de cette chair a 
été agréable à Dieu, parce qu'elle sut se préserver de toute 
' souillure sur cette terre, pendant qu'elle portait l'Esprit 
saint. "^ Dieu prit donc pour conseillers son Fils et les 
auges glorieux, afin que cette chair qui avait servi l'Esprit 
d'une manière irréprochable, reçût une place pour y éta- 
bhr son habitation, et ne parût pas frustrée du prix de 
son service : en effet, toute chair qui sera trouvée pure et 
sans tache, dans laquelle l'Esprit, saint aura habité, rece- 
vra sa récompense. ^Telle est l'explication de la parabole 
que tu demandais. 

Sim^ VllI, ch. i: Il me montra un grand saule qui 
couvrait plaines et montagnes, et à l'abri duquel vinrent 
se réunir tous ceux qui avaient été appelés au nom du 
Seigneur. ^Près du saule se tenait un ange glorieux du 
Seigneur, armée d'une grande faux, avec laquelle il cou- 
pait des rameaux de l'arbre pour les donner au peuple 
qui se tenait sous sou abri : les petites .baguettes qu'il 
distribuait ainsi étaient longues environ d'une coudée. 
^Lorsque chacun eut reçu la sienne, l'ange déposa sa faux, 
et l'arbre se trouva être aussi sain que je l'avais vu d'abord. 
''Tout étonné, je me disais en moi-même: Comment 
cet arbre, après qu'on lui a coupé tant de branches, peut- 
il être encore si entier? — Le berger me répondit : Ne 
t'étonue pas de voir cet arbre resté sain, après qu'on lui 
a retranché tant de rameaux. Mais attends, et quand tu au- 
ras tout vu, alors te sera révélé ce qui en est. — ^ L'Ange 
qui avait distribué les verges au peuple les redemanda 



LE PASTEUR d'hERMAS. 69 

bientôt : on fut rappelé devant lui dans le même ordre oti 
on les avait reçues, et chacun rendit la sienne. L'Ange 
du Seigneur les prenait et les examinait. ^ Il y en eut qui 
les lui rendirent desséchées et comme rongées par des 
vers; l'ange ordonna à ceux-là de se tenir séparément. 
■^D'autres rendirent leurs verges desséchées, mais non 
pourries : ceux-là aussi reçurent l'ordre d'aller se tenir à 
part... 

Sim. VIII, ch. II : L'Ange du Seigneur ordonna alors 
d'apporter des couronnes : on en apporta qui paraissaient 
faites avec des palmes, et il couronna ceux qui avaient 
rendu leurs baguettes chargées de pousses et de fruits, 
eu leur ordonnant de se rendre à la tour. ^ 11 y envoya 
aussi, après leur avoir donné un sceau, ceux qui avaient 
rendu leurs baguettes verdoyantes, mais avec des pousses 
dépourvues de fruits. ^Tous ceux qui se dirigèrent ainsi 
vers la tour avaient le même vêtement, blanc comme la 
neige. ^ 11 congédia ceux qui avaient rendu leurs baguettes 
vertes comme ils les avaient reçues, après leur avoir donné 
un vêtement et un sceau. — ^ Quand l'Ange eut accompli 
ces choses, il dit au berger: Moi, je m'en vais; toi tu 
enverras ceux-ci dans les murailles, en leur distribuant 
des habitations en rapport avec leurs mérites. Examine 
avec soin leurs baguettes, avant de les renvoyer, mais 
que cet examen soit rigoureux. Veille, dit-il, à ce que 
personne ne t'échappe; si cependant quelqu'un vient à 
t'échapper, moi, je l'éprouverai sur l'autel. Après avoir 
adressé ces paroles au berger, il s'en alla... 

Sim. VIII, chap. m : ... ^Ge grand arbre qui ombrage 
toute la terre, plaines et montagnes, c'est la Loi de Dieu, 
qui a été donnée au monde entier; cette Loi, c'est le Fils 
de Dieu, qui a été prêché jusqu'aux confins de la terre : 



\ ■ . , , , 

70 LE PASTEUR d'hERMAS. 

le peuple qui se tient sous sou abri, ce sont ceux qui ont 
entendu la prédication et qui y ont cru. ^L'Ange grand et 
glorieux, c'est Michel^ qui a reçu l'autorité sur ce peuple 
et qui le gouverne : c'est lui qui a mis sa loi dans le cœur, 
des fidèles : il a les yeux fixés sur ceux auxquels il l'a 
donnée, et examine s'ils l'observent. ''Tu vois les ba- 
guettes de chacun de ces hommes ; ces baguettes, c'est la 
Loi ; tu vois que beaucoup d'entre elles ont été détério- 
rées ; elles appartenaient à ceux qui n'ont pas observé la 
Loi : je te montrerai l'habitation qui attend chacun 
d'eux... 

Sim. IX, ch.w Après que j'eus écrit les commande- 
ments, et les paraboles du berger, ange de la pénitence, 
il vint à moi et me dit : Je veux te montrer de nouveau 
tout ce que t'a déjà montré l'Esprit saint, en s'entretenaut 
avec toi sous la figure de l'Église, Esprit qui est le Fils 
de Dieu. ^En effet, quand tu. étais encore trop faible dans 
ta chair, les révélations n'ont pu t'être faites par un ange. 
Mais quand tu as été fortifié par l'Esprit et que tu as eu 
acquis la force -nécessaire pour soutenir la vue d'un ange, 
alors l'Église t'a fait assister à la construction de la tour : 
elle t'a tout fait voir convenablement et saintement, comme 
il convenait à une vierge. Aujourd'hui c'est un ange qui va 
te le inontrer, mais toujours par le même esprit : ^il faut 
que tu apprennes tout de moi très exactement. Car si j'ai 
reçu mission de l'auge glorieux d'habiter dans ta maison, 
c'est afin que tu voies tout avec puissance, n'étant plus 
effrayé par rien, comme auparavant. ^Et il me conduisit 
eu Arcadie, sur une montagne semblable à un mamelon, 
au sommet de laquelle il me fît asseoir... 

Sim. IX, ch. II : Au milieu de la plaine il: me montra 
un grand rocher blanc qui se dressait sur le sol. Ce rocher 



i 

i 






LE PASTEUR d'hERMAS. 71 

était plus élevé que les montagnes et carré, de manière à 
pouvoir supporter le monde entier. ^11 était ancien^ et on 
y voyait une porte taillée au ciseau, à la suite d'un travail 
qui me parut avoir été fait récemment. Cette porte était 
plus brillante que le soleil, à un tel point que j'étais émer- 
veillé de son éclat. ^En cercle, autour de la porte, se tenaient 

douze vierges Ihid,^ cli. m : Je vis arriver six hommes 

d'une taille élevée, glorieux et d'un aspect uniforme: 
ils en appelèrent une multitude d'autres, et quand ceux-ci 
arrivèrent, je vis qu'ils étaient également grands, beaux 
et forts. Les six premiers leur ordonnèrent de bâtir une 
tour en haut du rocher et au-dessus de la porte. — Ihid,, 
ch. V : Et ce jour-là on cessa de bâtir, sans achever la 
tour : la construction devait en effet être reprise à nou- 
veau. 11 y eut ainsi une interruption dans le travail de 
l'édification. Les six hommes ordonnèrent aux construc- 
teurs de s'écarter tous un peu et de se reposer ; mais ils 
prescrivirent aux vierges de ne pas s'éloigner... — 
Ihid.^ ch. VI : Et voici qu'au bout d'un instant je vois venir, 
rangés en ordre, un grand nombre d'hommes : au milieu 
d'eux était un personnage de si haute taille qu'il dépassait 
la tour. ^ Les six hommes qui présidaient à la construc- 
tion marchaient avec lui, à sa droite et à sa gauche ; tous 
ceux qui avaient travaillé à l'édifice l'accompagnaient 
également, et beaucoup d'autres hommes à la mine 
glorieuse se tenaient autour de lui. Les vierges qui gar- 
daient la tour coururent au-devant de lui pour le saluer, 
et elles se mirent à marcher à ses côtés autour de la tour. 
^ Cet homme examinait l'édifice avec le plus grand soin 
et éprouvait chaque pierre en particuUer. D'une baguette 
qu'il tenait à la main, il frappait une à une toutes les 
pierres entrées dans la construction, '' et, au moment où 



72 • LE PASTEUR d'hERMAS. 

il les touchait, les unes devenaient noires comme de la 
suie, d'autres se couvraient d'une sorte de lèpre, d'autres 
se fendaient^ d'autres s'écornaient, d'autres se montraient 
toutes grises, d'autres dépolies et mal assorties avec les 
autres, d'autres se couvraient de taches. Telle était la 
variété des pierres qui furent trouvées gâtées dans l'édi- 
fice. ^11 ordonna donc que toutes ces pierres fussent en- 
levées et déposées au pied de la tour, puis que d'autres 
fussent apportées pour être mises à leur place... — Ibid., 
ch. VII : Quand le personnage glorieux, maître de toute la 
tour, eut achevé ces choses, il appela le berger et lui livra 
toutes les pierres qui gisaient au pied de la tour, après 
avoir été rejetées de l'édifice; puis il lui dit : ^Nettoie 
avec soin toutes ces pierres et fais-les entrer dans la cons- 
truction de la tour, colles du moins qui pourront s'adapter 
avec les autres : quant à celles qui ne pourront pas être 
adaptées, jette-les loin de la tour. ^Après avoir donné ces 
ordres au berger, il s'éloigna de la tour avec tous ceux 
avec lesquels il était venu, mais les vierges restèrent 
autour de l'édifice pour le garder. ^^Ihid.^ ch. xii : Avant 
toutes choses , Seigneur , dis-je , apprends-moi ceci : 
qu'est-ce que le rocher? qu'est-ce que la porte? — Le 
rocher lui-même, dit-il, ainsi que la porte, c'est le Fils de 
Dieu. — . Comment cela, dis-je, Seigneur? Le rocher est 
antique et la porte est neuve ! — Écoute, reprit-il_, et 
comprends, ô homme dépourvu d'inteUigence I ^Le Fils 
de Dieu a été engendré avant toute sa création, de sorte 
qu'il a été le conseiller de son Père pour cette création : 
par cette raison, il est ancien. — Mais, dis-je, Seigneur, 
pourquoi la porte est-elle neuve? — Parce que, répondit- 
il, dans les derniers jours de la consommation, il s'est 
rendu visible : voilà pourquoi la porte est neuve, et c'est 



LE PASTEUR d'hERMÂS 73 

afin que ceux qui doivent être sauvés entrent par elle dans 
le royaume de Dieu. — ''As-tu vu, dit-il, les pierres, qui, 
d'abord introduites par la porte pour être placées dans 
l'édifice, ont été ensuite rejetées, et celles qui ont été 
renvoyées à la place qu'elles occupaient, sans avoir été 
même introduites ? — Je lésai vues, Seigneur, dis-je.— C'est 
ainsi, reprit-il, que personne n'entrera dans le royaume 
de Dieu qu'il n'ait pris le nom de son Fils. ^ Si quelqu'un 
voulait entrer dans une ville et que cette ville, entièrement 
ceinte d'une muraille, n'eût qu'une porte, est-ce que tu 
pourrais rentrer dans cette ville autrement que par son 
unique/porte? — Seigneur, dis-je, comment pourrait-on 
faire autrement? — Si donc il est certain que tu ne pour- 
rais, entrer dans une pareille ville que par sa porte, de 
même, dit-il, l'homme ne peut entrer dans le royaume de 
Dieu autrement que par le nom de son Fils bie'n-aimé. 
''As-tu vu, ajouta-t-il, la foule qui travaille à la construc- 
tion de la tour? — Je l'ai vue, Seigneur, dis-je. — Ce sont 
tous, dit-il, des anges glorieux. Ils forment une enceinte 
au Seigneur : la porte est le Fils de Dieu ; c'est la seule 
entrée pour aller au Seigneur. Personne ne peut aller à 
lui autrement que par son Fils. ^ As-tu vu, continua-t-il, 
les six hommes et au milieu d'eux un personnage grand et 
glorieux, qui marchait autour de la tour et qui a rejeté un 
certain nombre de pierres de l'édifice? — Je les ai. vus. 
Seigneur, dis-je. — ^Ce personnage glorieux, dit-il, c'est 
le Fils de Dieu, et ces six hommes sont les anges glorieux 
qui se tiennent toujours à sa droite et à sa gauche. Aucun 
de ces anges glorieux, dit-il, ne peut aller à Dieu sans 
lui: quiconque n'aura pas pris son nom n'entrera pas 
dans le royaume de Dieu. {Vis. III, iv, 1 : Les six jeunes 
gens qui bâtissent la tour, qui sont-ils? — Ce sont les 



74 LE PASTEUR DHERMAS. 

saints' anges de Dieu, ceux qui ont été créés les premiers, 
auxquels le Seigneur a remis toute sa création, pour la 
faire croître, l'édifier et la régir : c'est donc par eux que 
sera achevée la construction de la tour. — Sim. V, v, 3 : 
Les amis et conseillers de Dieu, ce sont ceux des saints 
anges qui ont été créés les premiers.) 

Ibid.. ch. xm : Qu'est-ce que la tour? dis-je. — Cette 
tour, répondit-il, c'est l'Église. — ^ Et ces vierges, qui 
sont-elles ? — Ce sont des esprits saints : personne ne 
saurait être admis dans le royaume de Dieu sans avoir été 
revêtu par elles de leur vêtement; car. à qui prendrait le 
nom du Fils de Dieu, mais n'aurait pas reçu d'elles son 
vêtement, cela ne servirait de rien. En effet ces vierges 
sont les vertus du Fils de Dieu. Si donc tu portes le nom 
de celui-ci, mais que tu ne portes, pas ses vertus, c'est en 
vain que tu seras porteur de ce nom. ^ Les pierres, conti- 
nua-t-il, que tu as vues rejetées, ce sont ceux qui ont porté 
le nom, mais qui n'ont pas revêtu le manteau des vierges. 
— Quel est, dis-je, leur vêtement? — Leurs noms mêmes, 
répondit-il, sont leurs vêtements. Quiconque porte le nom 
du Fils de Dieu doit aussi porter leurs noms : car le Fils 
lui-même porte les noms de ces vierges... 

Ibid., oh. XIV : ''Maintenant, Seigneur, enseigne- 
moi pourquoi là tour n'a pas été bâtie sur le sol, mais sur 

le rocher, au-dessus de la porte ^Écoute, dit-il; le 

nom du Fils de Dieu est grand et infini, et ilsoutieut le 
monde entier. Si donc toute la cri^ation est supportée par 
le Fils de Dieu, que penses-tu qu'il en soit de ceux qui 
ont été appelés par lui, qui portent le nom du Fils de Dieu 
et qui marchent suivant ses commandements?*^ Vois-tu, en 
effet, quels sont ceux qu'il soutient ? Ce sont ceux qui por- 
tent son Dom de tout leur cœur. Il est donc devenu lui- 



LE PASTEUR d'hERMAS. 75 

même pom' eux un fondement, et il les soutient avec 
plaisir, parce qu'ils ne . rougissent pas de porter son 
nom. 

Sim. X, ch. I : Lorsque j'eus fini d'écrire ce livre, je 
vis venir dans ma maison cet Ange qui m'avait confié au 
Pasteur; il s'assit sur mon lit et le Pasteur "se plaça à sa 
dl'oite. Ensuite il m'appela et me dit : ^ Je t'ai confié, toi 
et ta maison, à ce pasteur, afin que tu pusses être protégé 
par lui. — C'est vrai, Seigneur, dis-je. — Si donc, re- 
prit-il, tu veux être gardé contre toute vexation et toute 
violence, réussir dans tout ce que tu entreprendras et diras 
de bien, enfin posséder la justice dans toute sa force, 
marche dans les commandements qu'il t'a donnés, et tu 
pourras dominer toute méchanceté. ^ En efCet, situ gardes 
ces commandements, tu seras au-dessus de toutes les 
passions et de toutes les douceurs de ce siècle, et le suc- 
cès t'accompagnera dans toutes tes justes. entreprises. 
Imite la sainteté et la modestie de ce pasteur et fais savoir 
à tout le monde qu'il est en grand honneur et en grande 
dignité auprès de Dieu, qu'il est investi d'un grand pou- 
voir et puissant dans sa charge. A lui s"eul sur toute la 
terre est dévolu le ministère de la pénitence. Te paraît-il 
assez puissant? Malheureusement vous méprisez la gra- 
vité et la modestie avec lesquelles il se montre à vous. 

Ihid^ ch, II : Je lui dis : Demande-lui à lui-même, Sei- 
gneur, si depuis qu'il est dans ma maison, j'ai rien fait 
d'irrégulier ou si je l'ai offensé en quoi que ce soit. — 
^ Oui, répondit-il, je sais que tu n'as rien fait et que tu 
ne feras rien d'irréguHer. Et si je te parle, c'est pour, que 
tu persévères. Celui-ci m'a rendu bon témoignage de toi; 
toi, maintenant, rapporte ces paroles à tous les autres, afin 
que ceux aussi d'entre eux qui ont fait ou feront péiii- 



\ 

76 LE PASTEUR d'hERMAS 

tence, entrent dans les mêmes sentiments que toi, que 
celui-ci m'en fasse un bon rapport, et moi à Dieu 

Ihid., ch. m : Or, je t'ai envoyé ces vierges afin qu'elles 
habitent avec toi. Tu as vu combien elles sont affables 
pour toi. Tu les auras donc pour t'aider à mieux garder 
les commandements du pasteur : car.il ne peut arriver 
que ces commandements soient observés sans le secours 
de ces vierges. Je vois qu'elles demeurent volontiers avec 
toi. Mais je leur recommanderai de mon côté de ne pas 
s'écarter du tout de ta maison..... Ibid., iv : Cet ange me 
dit ensuite : Conduis-toi virilement dans ce ministère; fais 
connaître à tous les hommes les magnificences de Dieu 

et tu trouveras grâce dans cet office ^ Or, après qu'il 

se fut ainsi entretenu avec moi, il se leva du lit, et ayant 
entraîné le pasteur et les vierges, il s'en alla. Mais il me 
dit qu'il me renverrait ce' pasteur et ces. vierges dans ma 
maison. Amen. 

III. Les vrais et les faux prophètes. — Onzième 
commandement : Il me montra des hommes assis sur 
un banc et un autre homme siégeant dans un fau- 
teuil, et il me dit : Tu vois ceux qui sont assis sur ce 
banc? — Je les vois, dis-je. Seigneur. — Ceux-là, dit-il, 
sont des fidèles, et celui qui est dans le fauteuil est un 
faux propriété, qui pervertit l'esprit des serviteurs de 
Dieu. Toutefois, il ne nuit qu'à ceux qui doutent, et non 
à ceux qui croient. ^ Ceux donc qui doutent viennent à 
lui comme a un devin pour l'interroger sur ce que l'ave- 
nir leur réserve : et lui, ce faux prophète absolument dé- 
pourvu de la puissance de l'Esprit divin , conforme sa ré- 
ponse à leurs mauvais désirs et rempht leur esprit de la 
manière qu'il voit qu'ils le souhaitent.^ Vide lui-même, 
il fait des réponses à des hommes vides : il répond en effet 



I.E PASTEUR d'hERMAS. 7.7 

à ce que chacun lui demaude eu vue de flatter la vanité 
de ses clients. Il n'est toutefois pas saus prononcer aussi 
quelques paroles vraies : car le diable le remplit de son 
esprit, afin que dans le nombre il puisse renverser quel- 
ques justes. — '" Tous ceux donc qui sont affermis dans la 
foi du Seigneur et qui ont revêtu la vérité, loin de s'atta- 
cher à de tels esprits, s'en éloignent. Tous ceux au con- 
traire qui sont hésitants et dont les pensées sont mobiles, 
le consultent comme un oracle, à la manière des gentils 
et par cet acte d'idolâtrie se chargent d'un plus grand pé- 
ché. En effet, celui qui consulte un faux prophète au sujet 
de quelque affaire est un idolâtre, un homme vide dé la 
vérité, un insensé. ^ Tout esprit qui vient de Dieu n'a pas 
besoin d'être interrogé : comme il possède une vertu di- 
vine, il parle toujours spontanément, parce qu'il est d'en 
haut et participe à la puissance de l'Esprit de Dieu. 
^ Quant à l'esprit qui se laisse interroger et qui parle en 
vue de flatter les désirs des hommes, c'est un esprit ter- 
restre et léger, qui n'a pas de puissance : il ne parle que 
s'il est interrogé. — ^ Comment faire, Seigneur, dis-je, 
pour reconnaître un vrai' d'un faux prophète? — Écoute, 
dit-il, ce que j'ai à te dire des uns et des autres : ce que 
je vais l'apprendre te permettra de les distinguer. A sa 
vie, tu pourras reconnaître Thomme qui possède l'Esprit 
de Dieu. ^ En effet, celui en qui réside l'Esprit divin d'en 
haut est doux, paisible, humble ; il s'abstient de toute 
méchanceté, de tout vain désir de ce siècle ; il se fait le 
dernier des hommes, ne répond à personne de ceux qui 
voudraient l'interroger, ne tient pas de discours dans le 
particuHer. L'Esprit saint ne parle pas alors que l'homme 
veut parler, mais il parle quand Dieu veut qu'il le fasse. 
^ Lors donc que l'homme qui possède l'Esprit divin vient 



78 LE PASTEUR d'hERMAS. 

dans une assemblée d'hommes justes ayant la foi de l'Es- 
prit de Dieu et qu'une prière vient à s'élever dans l'as- 
semblée de ces hommes, alors l'ange de l'esprit, prophé- 
tique qui repose sur cet homme le remplit, et l'homme 
rempH par l'Esprit saint parle à la multitude comme le 
veut le Seigneur. ^'^ Voilà donc comment se manifestera 
l'esprit qui vient de Dieu ; telle, est la vertu de cet esprit. 
— " Écoute maintenant, ajouta-t-il, ce qui concerne l'es- 
prit terrestre, esprit vide, dépourvu de puissance et plein- 
de stupidité. *^ D'abord cet homme, qui paraît posséder 
l'esprit, s'exalte lui-même, veut avoir les premières places, 
et aussitôt il se montre impudent, effronté, verbeux, 
adonné aux délices et à beaucoup d'autres plaisirs trom- 
peurs : il réclame un salaire en échange de ses prophéties, 
et si on ne veut pas lui en donner, il ne prophétise pas. — 
Est-ce qu'il est possible que l'Esprit divin exige un salaire 
pour prophétiser? Non, il n'est pas admissible qu'un pro- 
phète de Dieu agisse ainsi, et l'esprit qui anime de pareils 
prophètes est un esprit terrestre. — *^ Ensuite, il ne fré- 
quente pas les assemblées des hommes justes, mais les 
fuit. Au lieu de cela, il se lie avec les hommes irrésolus 
et vides, il prophétise pour eux eu cachette, et il les 
trompe en leur donnant de belles paroles vides, qu'il con- 
forme h leurs désirs, cdtY il répond à des hommes vides. 
**^ Quand il vient dans une assemblée remplie d'hommes 
justes qui ont l'Esprit diviu^ et qu'une prière s'élève au 
milieu d'eux, la crainte fait fuir loin de lui son esprit 
terrestre; il devient vide, se trouve tout hébété, comme 
brisé et incapable de rien dire. ^^ Si tu serres du vin ou 
de l'huile dans un celher, qu'au miheu.des autres vases 
pleins tu.places un vase vide et que plus tard tu reviennes 
dans ce cellier pour y puiser, ce vase que lu avais mis. 



LE PASTEUR d'hERMAS. 79 

vide, tu le retrouveras vide. Il en est de même de ces 
prophètes vides ; quand ils arrivent au milieu des esprits 
des hommes justes, quels ils .sont venus, tels ils sont 
trouvés. — ^^ Tu connais maintenant la vie de ;Ces deux 
espèces de prophètes. Apprécie donc d'après ses œtivres. 
et sa vie Fhomme qui se dit lui-même inspiré par l'Esprit 
saint. ^'' Pour toi, crois à l'Esprit qui vient de Dieu et qui 
possède la puissance ; mais n'ajoute aucune foi à l'esprit 
terrestre et vide, parce qu'il n'y a pas de puissance en lui ; 
en effet, il vient du diable. ^^ Écoute la parabole que je 
vais te dire. Prends une pierre et jette-la vers le ciel ; 
tu verras si tu peux l'atteindre. Ou bien prends une 
pompe et de l'eau, puis lance cette eau vers le ciel et vois 
si tu parviendras à le percer. — *^ Seigneur, dis-je, com- 
ment ces choses pourraient-elles se faire; elles sont l'une 
et l'autre également impossibles. — De même, reprit-il, 
que ces choses sont inexécutables^ de même les esprits 
terrestres sont impuissants et incapables. ^^ Considère 
maintenant la puissance qui vient d'en haut. La grêle n'est 
qu'un très petit grain, et cependant quand elle tombe sur 
la tête d'un homme, combien elle lui fait mal! Songe en- 
core à la goutte d'eau qui d'un réservoir tombe à terre et 
finit par percer la pierre ! ^^ Ainsi tu vois que les plus petits 
objets qui venant d'en haut tombent sur la terre, sont 
doués d'une grande puissance : c'est ainsi qu'est puissant 
l'Esprit qui vient d'en haut. Donne ta foi à cet Espi^t et 
éloigne-toi de l'autre ^ 

1. Cf. 1 Fp. Corinth., ch, xiv, 1 ss.: Recherchez. la charité, tout 
en asph'ant aux dons spmtuels, et surtout au don de prophétie. 
Celui qui parle en langues ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, 
car personne ne le comprend. C'est en son cœur qu'il profère des 
mystères, au lieu que celui qui prophétise parle aux hoiïimes : il 
édifie, il exhorte, il console. Celui qui parle en langues n'édifie "que 



éO LE PASTEUR d'hERMAS. 

lui-même, celui qui prophétise édifie une assemblée. Je veux bien 
que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous pro- 
phétisiez. Celui qui prophétise est supérieur à celui qui parle en 
langues, à moins que ce dernier n'interprète ce qu'il dit, pour 
que l'assemblée en i-eçoive de l'édification... Les langues sont un 
signe qui est adressé non aux croyants, mais à ceux qui ne croient 
pas : la prophétie au contraire est, non pour ceux qui ne croient 
pas, mais pour les croyants. Supposez donc l'Église tout entière 
réunie en un même lieu, et tous parlant en langues, puis, qu'il 
entre des hommes du peuple ou des gens qiii ne croient pas : ne 
dironl-ils pas que vous êtes des fous ? Si tous au contraire prophé- 
tisent, et. qu'il entre quelque homme qui ne croie pas ou quelque 
homme du peuple; il est confondu par tous, jugé par tous; les 
choses cachées au fond de son cœur sont mises au jour, et, 
frappé de ce qu'il entend, il tombe la face contre terre, adore Dieu, 
et reconnaît que Dieu est véritablement au milieu de vous... Qu'il 
n'y ait que deux ou trois prophètes qui parlent, et que les autres 
jugent. Si, pendant que l'un parle, ua autre assis a une révélation, 
que le premier se taise. En effet vous pouvez tous prophétiser les 
uns après les autres, afin que tous soient instruits et que tous soient 
exhortés : les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes. 
Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais un Dieu de paix. 

— /réwée (L. 1, -cA, XIII, § 4) : (A propos de l'hérétique Marc, 
disciple de Valentin.) Il avait essayé de séduire, comme les autres, 
en leur ordonnant de prophétiser, un certain nombre de femmes 
des plus fidèles, de celles qui ont la crainte deDieu et sont au-dessus 
de la séduction : mais elles se sont séparées, en le vouant au mépris 
et en le maudissant, de cet insensé qui simulait l'inspiration divine : 
elles savaient parfaitcment^qu'il n'appartient pas au magicien Mar- 
cus de rendre les hommes prophètes, mais que ceux-là seulement, 
qui l'ont reçu de Dieu .avec sa grâce, possèdent le don de pro- 
phétie, et parlent alors où et quand Dieu le veut, mais non quand 
Marcus l'ordonne. En efî'et ce que cet homme ordonne est au-dessus 
de tout ordre, de tout pouvoir. Gela ne suppose-t-il pas qu'il y a 
d'un côté un maître, de l'autre un serviteur? Si donc Marcus ou 
quelque autre ordonne (et c'est ce que ces hommes ont l'habitude 
de faire par jeu, tirant au sort dans leurs repas, se commandant les 
uns aux autres de prophétiser et se faisant des prophéties qui flat- 
tent leurs passions), il faudra que celui qui ordonne soit plus grand 
que l'esprit prophétique et son maître, tout en étant homme, ce qui 



LE PASTEUR d'hEHMAS. 81 



IV. La pénitence. — Mand. lY, ch. m : Seigneur, dis- Voir Glém. 

je, je voudrais encore ajouter à mes questions. — - Parle, jj^'^j^ isTt 13- 

dit-il. — Seigneur, repris-je, j'ai entendu dire à quelques Gonst. Apost. L. 

maîtres qu'il n'y avait pas d'autre • repentance ((j.£Tavoia^ ' P^^^^"^ 



que celle du baptême, quand nous descendons dans l'eau xyipûacwv pâT^Tia- 
et que nous recevons la rémission (arnsciv) de nos péchés *^.f r^'^f"-^-- _£••? 
antérieurs. — ^11 répondit : Ce que tu as entendu dire est Marc, i, 4 et Luc 
exact ; il en est ainsi. Car celui qui a reçu la rémission de "'' ' 
ses péchés ne devrait plus pécher, mais se maintenir dans 
la pureté, ^ Cependant, puisque tu veux tout connaître 
exactement, il faut que je t'enseigne encore ceci, sans 
que j'entende donner un motif de pécher à ceux qui doi- 
vent croire, ni à ceux qui ont déjà cru au Seigneur. Ceux 
donc qui viennent d'adopter la foi ou qui doivent l'adopter 
plus tard n'ont pas de pénitence à faire pour leurs péchés 
((xeravoiav à|;,apTtwv oùx- ^^(^ouciv), [c est-à-dire sans doute qu'ils 
n''ont pas à 'passer par les mains de Vange de la pénitence 
et de celui du châtiment (6 ci^f^Ckoc, 6 Tip^tof/ir/fç, 6 ayy. tviç 
Ti[y.wpLaç) et à subir des .châtiments expiatoires (GXuJ^eiç, 
Tipcoptaç, pacravouç). // est du moins certain qu^ originairement 
on n^exigeait aucune œuvre de pénitence de ceux qu'on 
admettait au, baptême), mais ils obtiennent la rémission 
(a(p£ctv) gratuite de leurs fautes antérieures. '' Quant à ceux 
qui ont été appelés avant le temps présent. Dieu a établi 
pour eux une pénitence ((xeravoiav). C'est que Dieu, qui 
connaît le fond des cœurs et qui prévoit tout, a connu la 

est impossible. Quant à ces esprits qui reçoivent les ordres de ces 
gens et parlent à leur volonté, ce sont des esprits terrestres et fai- 
bles en môme temps qu'audacieux et impuissants, envoyés par 
Satan pour la séduction et la perte do ccuk. qui ne gardent pas l'ei'- 
mement la foi qu'ils ont reçue au commencement par l'intermédiaire 
de l'Église. 



8â Le pasïeur d^herMas. 

faiblesse des hommes et toutes les ruses du diable, qui 
devait s'efforcer de faire du mal aux serviteurs de Dieu et 
de leur uuire. '' Ce Dieu qui est plein de miséricorde, 
ayant eu pitié de sou ouvrage, a institué cette pénitence 
(tviv [j.£Tavot.av Taur/iv) et m'en a donné la surintendaiice. 
♦ ^ Mais, je te l'affirme, après ce grand et saint appel, si quel- 
qu'un tenté par le diable vient à pécher, il ne pourra faire 
pénitence qu'une fois ([/Jav (xeravoiav â'^et). Celui qui 
s'habituerait à pécher et à faire pénitence n'en tirerait 
aucun profit: un tel homme sera difficilement sauvé... ^ 
Cf. Vis. II, II, 4 et 5. 

(Hermas enseigne donc que les péchés antérieurs au 
baptême sont remis gratuitement au moyen de ce sacre- 
ment, mais que quant aux péchés commis après le bap- 
tême, non seulement on ne peut s'en repentir qu'une 
fois, mais encore doit-on les expier ici-bas par des peines 
temporaires proportiounelles, pour lesquelles on est livré 
à l'ange du châtiment (Vis. Il, m, 1 et III, vu, 6; Sim. IV, 
ch. II, 3 et 4; Sim. VII, 4 et 5).) 

V. Les riches et les pauvres. — Sim. II. Je me prome- 

■1. Cette assertion déjà émise au commencement du présent cha- 
pitre se lit une première fois, M. IV, i, 8 : « Pour les serviteurs de 
Dieu, il n'y a qu'une repentancc. » Poussé par le désir de faire 
d'Hermas un auteur orthodoxe, on a voulu que, dansées passages, 
il fit allusion à la pénitence publique, à laquelle on n'était admis 
qu'une fois. Mais Hermas ne parle jamais de peines canoniques : 
son opinion souvent exprimée est que les péchés des fidèles sont 
expiés ici-bas, non par des satisfactions plus ou moins volontaires, 
mais par des afflictions que le Seigneur dispense aux coupables. 
Son opinion est donc bien réellement que les pécheurs ne 
peuvent obtenir qu'une fois par la pénitence le pardon de leurs 
fautes. On lit de môme Vis II, ii, 5: a Pour les saints, il y a un 
terme à la pénitence. » 



LE PASTEUR d'hEMIAS. 83 

nais dans un champ el étais occupé à observer un orme 
et une vigne, les comparant, eux et leurs fruits, lorsque le 
Pasteur se montra à moi, et me dit : Que cherches-tu donc 
en toi-même, à propos de cet orme et de cette vigne? — 
Je remarque, Seigneur, dis-je, qu'ils se font bien valoir 
l'un l'autre. — Eh bien, dit-il, ces deux arbres sont l'image 
des serviteurs de Dieu. — Je serais heureux, repris-je, 
de connaître comment ils les figurent. — Tu vois, dit-il, 
cet orme et cette vigne? — Je les vois, Seigneur, répon- 
dis-je. — ^Gette vigne, dit-il, donne des fruits, tandis que 
l'orme est un arbre qui n'en produit pas. Toutefois, la 
vigne ne saurait, à moins de grimper après l'orme, porter 
des fruits abondants : en effet, abandonnée à elle-même et 
tant qu'elle n'est pas soutenue par l'arbre, le peu de fruit 
qu'elle donne n'est que du fruit pourri. Au contraire, quand 
la vigne s'élance dans l'orme, elle produit du fruit tant 
par elle-même que grâce à son soutien. '^Tu vois donc que 
l'orme donne beaucoup de fruit, non moins que la vigne 
et même plus. — Gomment, dis-je. Seigneur, entends-tu 
qu'il en porte davantage? — C'est que, dit-il, la vigne 
suspendue après l'orme donne un fruit aussi beau 
qu'abondant, tandis qu'en rampant à terre, elle n'en 
produit que peu et de gâté. Cette allégorie convient donc 
aux serviteurs de Dieu, au pauvre et au riche. "Seigneur, 
dis-je, fais-moi connaître comment. — Écoute, dit-il, le 
riche possède beaucoup de biens, mais eu ce qui concerne 
les choses du Seigneur, il se trouve pauvre, embarrassé 
qu'il est au milieu de ses richesses : il n'adresse au Sei- 
gneur qu'un petit nombre de louanges et de prières, et 
celles qu'il adresse sont faibles, sans ardeur et sans puis- 
sance là-haut. Il faut doue que le riche s'appuie sur le 
pauvre pour s'élever, et lui distribue ce dont il manque. 



84 LE PASTEUR d'hERMAS. 

ayant foi que ce qu'il l'ait pour le pauvre trouvera sa ré- 
compense auprès de Dieu. Le pauvre, en effet, est riche 
dans la prière, dans l'action de grâces et ses supplications 
ont une grande puissance auprès de Dieu : que le riche 
distribue donc tout au pauvre sans hésitation. ^ Ainsi le 
pauvre assisté par le riche intercède pour lui, rendant 
grâces a Dieu au sujet de celui qui lui a donné, et lé riche 
s'empresse autour du pauvre pour ne le laisser manquer de 
rien dans son existence; car il sait que la prière du pauvre 
est favorablement agréée et riche devant Dieu. "' Chacun 
fait son œuvre. Le pauvre s'adonne à la prière, qui est sa 
richesse, celle qu'il a reçue du Seigneur, à qui il la rend 
au profit de celui qui l'a assisté : le riche, de son côté, 
fournît sans hésitation au pauvre les biens que le Seigneur 
lui a donnés. Et cette œuvre est grande et agréable devant 
le Seigneur, elle est la preuve qu'il a compris l'usage qu'il 
devait faire des richesses que le Seigneur a mises entre 
ses mains, qui est de les distribuer aux pauvres : 
il remplit ainsi avec droiture le ministère qui lui est 
échu de Dieu. ^Aux yeux des hommes, l'orme ne porte 
pas de fruit : ils ne savent ni ne comprennent que 
s'il survient une sécheresse, l'orme qui contient de 
l'eau nourrit la \igne, et que la vigne, ne cessant pas de 
recevoir de l'eau^ donne deux fois plus de fruit, tant par 
elle-même que grâce à l'orme. De même les pauvres, 
intercédant auprès du Seigneur pour les riches, mettent 
le comble à leurs richesses^ et de leur côté les riches dis- 
tribuant le nécessaire aux pauvres remplissent leurs âmes. 
'-'Tous deux accomphssent donc en commun l'œuvre de la 
justice. Celui donc qui se conduit ainsi ne sera pas aban- 
donné de Dieu, mais il sera inscrit dans le livre des vivants. 
Heureux ceux qui possèdent et qui comprennent que c'est 



LE PASTEUR J)'hERMAS. 85 

Dieu qui les a enrichis ! car celui qui nourrit do telles 
pensées pourra accomplir quelque chose de bien. 

W. Les apôtres baptisant les morts dans les enfers, — 
Siriiil. IX, ch. xvi : Seigneur, dis-je, douue-moi encore 
une explication. — Que demandes-tu? répondit-il. - — 
Seigneur, repris-je, pour quelle raison ces pierres^ qui 
avaient porté les esprits des vierges ont-elles été remon- 
tées de l'abîme, puis placées dans la construction? — 
^ C'est que, répondit-il, il y avait nécessité pour elles à 
remonter à travers l'eau, afin qu'elles fussent vivifiées; 
car elles ne pouvaient entrer dans le royaume de Dieu 
autrement qu'en déposant la mort (ei p t-/iv vexpwGtv àxé- 
ÔsvTo) de leur vie antérieure. ^ Eux qui étaient entrés dans 
le sommeil de la mort, ils ont donc aussi reçu le sceau du 
Fils de Dieu, et ils ont été introduits. dans le royaume de 
Dieu. Car, dit-il, avant de porterie nom du Fils de Dieu, 
l'homme est un mort, mais quand il a reçu le sceau, il 
quitte la mort pour la vie. ■' Or le sceau, c'est l'eau : c'est 
donc mort qu'on descend dans l'eau et vivant qu'on en 
remonte. À eux aussi, par conséquent, ce sceau a été 
prêché, et ils s'en sont servis pour entrer dans le royaume 
de Dieu. — ^Pourquoi, dis-je. Seigneur, les quarante 
pierres, elles qui avaient déjà reçu le sceau^ sont-elles 
remontées de l'abîme avec les précédentes?— Parce que, 

1. Sim. IX, XY, 4: Et les pierres qui ont été tirées de l'abîme 
pour être adaptées à la construction, que sont-elles, Seigneur? — 
Les premières, dit-il, les dix qui ont été placées pour servir de fon- 
dations, c'est la première génération; les vingt-cinq suivantes, 
c'est la seconde génération des hommes justes; les trente-cinq qui 
viennent après, ce sont les prophètes de Dieu et ses ministres; 
enfin, les quarante dernières, ce sont les apôtres et les docteurs de 
la prédication du Fils de Dieu. 



86' LE PASTEUR d'hERMAS, 

répoudit-il, ces apôtres et docteurs qui avaient prêché le 
Dom du Fils de Dieu ont encore été, quand ils se furent 
endormis dans la vertu et la foi du Fils de Dieu, prêcher 
à ceux qui s'étaient endormis avant eux, et leur ont donné 
eux-mêmes le sceau de la prédication. ^ Ils sont donc des- 
cendus avec eux dans l'eau et en sont remontés de nou- 
veau. Mais tandis que ces prédicateurs sont descendus 
vivants et sont aussi remontés vivants, les autres, qui s'é- 
taient endormis avaut eux, sont descendus morts et sont 
remontés vivants. ^ Ces. derniers ont donc été vivifiés par 
le ministère des premiers et ont connu par eux le nom du 
Fils de Dieu. C'est pourquoi, et ils sont remontés avec 
eux, et ils ont été adaptés avec eux à la construction de la 
tour, et ils ont été édifiés ensemble sans avoir été taillés : 
car ils s'étaient endormis dans la justice et dans une 
grande pureté ; il ne leur manquait que ce sceau. Te voilà 
maintenant en possession de l'explication de toutes ces 
choses. — Oui, Seigneur, dis-je. 



I.E PASTEUR d'hERMAwS 87 



NOTES 



Note A. — Du temps de Tertullien, mort cent après 
Hermas, en 245, la doctrine de la Trinité, même dans 
l'état d'imperfection où ce Père la concevait, était encore 
tout à fait impopulaire, comme il le témoigne par le pas- 
sage suivant [Adv. Prax., cli. m) : a Simplices enim 
« quique, ne dixerim imprudentes et idiotee, quae major 
(', semper credentium est pars, quoniam et ipsa régula 
« lîdei a pluribus diis sseculi ad unicum et verum Deum 
« transfert, non intelligentes unicum quidem, sed cum sua 
« oaovo(xta, esse credendum, expavescunt ad ouovo|xiav. 
« Numerum et dispositionem trinitatis divisionem prsesu- 
« muntunitatis... Itaque duos ettres jam jactitaut a nobis 
« prsedicari, se vero unius Dei cultores prsBsumunt, quasi 
« non et unitas irrationaliter collecta liœresin faciat, et 
« trinitas rationaliter expensa veritatem constituât, » 

On sait que Tertullien est l'inventeur du terme de Tri- 
nitas : c'est Théophile d'Antioche, mort vers 182^ qui un 
peu auparavant avait créé dans la laugue grecque l'ex- 
pression correspondante de Toiac. C'est doue dans le der- 



88 LE PASTEUR d'hERBIAS 

nier quart du second siècle que l'idée nette d'une trinité 
de personnes eu un seul Dieu s'est fait jour dans l'Église 
grecque, et une cinquantaine d'années après que cette 
même conception a été formulée dans l'Église la^tine. 

On lit, il est Yrai, dans saint Mathieu (xxviii, 19) : 
« Allez, instruisez toutes les nations, baptisez-les au nom 
du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » On voit aussi, dans 
saint Justin, par exemple [i^*^ Apologie, 6 et 13; 60, 6i et 
65), que les chrétiens honoraient et invoquaient dès l'ori- 
gin-e, en même temps que le Père, le Fils et le Saint- 
Esprit; mais l'idée d'une unité quelconque, formée par 
cette trinité, n'est jamais exprimée avant Théophile d'An- 
tioche. Quant au dogme de la Trinité, dans toute la rigueur 
de l'orthodoxie catholique, c'est-à-dire à l'idée d'un Dieu 
unique formé de trois personnes consubstantielles égales, 
il ne sera admis et formulé que quelques centaines d'an- 
nées plus tard. 

Noie B. — Il n'y a aucun doute que pour Ilermas l'Es- 
prit saint qui est venu habiter dans le Christ, c'est-à-dire 
la nature divine du Christ, ne soit à la fois le Saint-Esprit 
par excellence et le vrai Fils de Dieu antérieur à la créa- 
tion et son auteur (Sim. V et Sim. IX, i). 

Notre auteur dit non moins expressément, dans la 
IX'' Similitude (xii, 8), du maître de la tour figurant 
l'Église, de ce personnage glorieux de haute taille qui 
inspecte cet édifice et do-nne ses ordres aux constructeurs 
ainsi qu'au Pasteur, ange de la pénitence, qu'il est ce 
même Fils de Dieu. 

Notre exposition de la christologie d'Hermas suppose, 
en outre, que l'ange dont il est question dans la Simili- 
tude VIII est encore le Fils de Dieu : nous voulons parler 



LE PASTEUR D HERMAS. 



89 



de cet ange, identifié avec l'arcliauge Michel, qui se tient 
armé d'une faux sous l'arbre de la Loi, qui en coupe des 
rameaux pour les distribuer aux fidèles, qui se lès fait 
rendre ensuite pour examiner dans quel état chacun a 
conservé le sien, qui sépare alors les appelés, pour en- 
voyer les uns habiter dans la tour et livrer les autres à 
l'ange de la pénitence. C'est ce dont il est facile de. s'as- 
surer en comparant ce que l'auteur dit de cet ange avec 
ce qu'il dit du Fils de Dieu, dans les Simihtudes V et IX : 



• Sim. VIII. 
Cet ange est qualifié de 



Il est dît de cet ange qu'il 
règne sur le peuple saint et le 
gouverne (iii, 3). • 

Cet ange distribue les rameaux 
de l'arbre de la Loi (i, 2), c'est- 
à-dire, comme il est expliqué plus 
loin (m, 3), qu'il a déposé laLoi 
dans le cœur des appelés (otooîjç 
Tov vo(j.ov £tç TKç xapoiaç) . 

Cet ange inspecte les rameaux, 
e(, suivant l'usage que les fidèles 
en ont fait, il envoie les uns à la 
tour et livre les autres à l'ange 
de la pénitence. 

L'ange de la pénitence est 
chargé de planter et d'arroser 
les baguettes plus ou moins fié- 
tries, pour tâcher de les faire 
reverdir. Il exécute ces ordres 



Sim. V et IX. 

Dans la S. IX, le Fils de Dieu 
apparaît sous la forme 'd'un 

àvvip Ttç u'-j>viXoç, oiaxe tov TrupYov 

DanslaS. V,ilest ditdu Filsde 
Dieu qu'il est le chef du peuple 
(vi, 4), et dans la S. IX qu'il est 
le maître de la tour, etc. 

Dans la S. V, il est dit du Fils 
de Dieu, qu'il a donné.aux élus la 
loi qu'il avait reçue de son Père 

(Soùç auToT; tov vo'[/ov ov ïka^jt Traoot ' 
Toïï IlaTpo';). 

Dans la S. IX, le Fils de Dieu 
inspecte les pierres de la tour, 
y maintient celles qu'il trouve 
bonnes et fait extraire les autres 
pour les livrer à l'ange de la pé- 
nitence. 

L'ange de la pénitence est 
chargé de retailler les pierres 
que le Fils de Dieu lui a livrées : 
il s'acquitte de ces fonctions avec 
zèle et exprime également la 



90 * LE PASTEUR d'hERMAS. 



avec zèle et manifeste la crainte 
de paraître négligent à notre ar- 
change (eàv Ss [1.7] Ç'/icrvi, oùy^ éûps- 
O'oaop-àt lyw ài^zk-fiç, S, VIII, il, 7). 



crainte de paraître négligent 
(.., YÂyoi àjjLeX'^; So^oi stvai Ttapoc Tw 
Ss(77roTir,, S. IX, VU, 6), aux yeux 
du maître de la tour. 



L'ange de la Similitude VIII est donc incontestable- 
ment le Fils de Dieu : on n'en, pourrait pas conclure immé- 
diatement qu'IIermas admettait que le Fils de Dieu fût un 
ange, pas plus qu'on n'est en droit de conclure qu'il en 
faisait un homme, parce que dans la Similitude IX, il le 
fait apparaître sous la forme d'un homme (âv/fp). Mais il 
faut remarquer que, dans la Similitude VIII, l'auteur ne 
se contente pas de le faire agir sous la figure d'un ange ; 
il l'identifie en réalité avec un auge déterminé, avec cet 
archange Michel, qui, chez Daniel (x, 13, et xii, 1) est 
déjà donné comme « im grand chef, le défenseur des 
enfants du peuple .de Dieu » : ce qui décide la question. 

Du reste, ce n'est pas la seule raison que nous ayons 
eue d'ayancer que, comme l'auteur de l'épître aux Hé- 
breux, Hermas fait du Fils de Dieu un ange, infiniment 
supérieur, il est \rai, à tous les autres anges et hors de 
pair. Il est, en effet, appelé de ce nom d'ange dans un 
assez grand nombre de passages, d'où toute intention 
allégorique est absente. Ainsi il est bien certain que c'est 
le Fils de Dieu qui envoie l'auge de la pénitence demeurer 
chez Hermas : ceci résulte des rôles respectifs attribués 
dans tout le livre à Hermas et au Fils de Dieu. Or, voici 
en quels termes l'auteur s'exprime à ce sujet : l*' Vis. V, 
II : 'A7ra<7Ta>/iv ûtco tou «[xvoTaTOu àyyAou. — 2° jSVw. VII, V : 

f^uWç Gc i[jM. — 3° Sim. X, I : « Postquam perscripseram 
librum hune, venit nuniius ille qui me tradiderat huic 
pastori. » L'ange (nommé ainsi au propre) qui apparaît 



LE PASTEUR d'hKRMAS. 91 

enfin à liermas dans la X^ Similitude, pour clore la série 
de ses visions, est d'autant plus certainement le Fils de 
Dieu, qu'il y parle partout eu maître absolu et se donne 
(X, II, 2) comme le dernier anneau^ qui relie les créatures 
et en particulier les autres anges à Dieu. C'est précisément 
le rôle du Fils de Dieu, dont il est dit dans la Simili- 
tude IX (xii, 8) que nul, pas même un ange, ne peut com- 
muniquer avec Dieu autrement que par lui. 

Lorsque .l'auteur dit (Mand. V, i, 7) : « Et tous, ils ont 
été justifiés par l'ange ti:ès saint », il est certain qu'il ne 
peut parler que du Fils de Dieu, et qu'il ne s'exprime pas 
au figuré. 

Dans la Similitude IX (xii, 6), il est dit des anges qu'ils 
forment une enceinte continue autour de Dieu et que le 
Fils de Dieu est la porte de cette enceinte (toutoi; o-jv Trspirs- 
zeiyiaTai à Kupio;* vî ^è tcuV/i 6 Tio; tou 0£ou èaxiv). Le Fils de 
Dieu fait donc bien partie des anges. 

Remarquons enfin que le nombre des archanges, chez 
les écrivains sacrés et autres, est toujours de sept fTob., 
XII, 15; Apoc, IV, 5 etv, 6). Or le nombre des archanges 
dont Hermas fait accompagner le Fils de Dieu (Sim. IX, 
VI, 2 et XII, 8) et qu'il fait agir directement sous ses ordres 
est réguhèrement de six : quelle autre intention peut-il 
avoir eue, en adoptant ce chiffre, que de réserver dans 
son esprit la septième place, une place à part, au Fils de 
Dieu considéré comme l'un d'entre eux et leur chef? Ce 
sont ces sept archanges^ y compris le Fils de Dieu, qui 
forment le conseil de Dieu (Sim. V, ii, 6 et 11 ; v, 2 et 3, 
et .VI, 7). 

Il ne faudrait pas s'étonner de voir Hermas appeler 

1, EL hic (Paplor) apud me de his benc inlcrpi'(3taliir et ego npiul 
Domiiium. 



92 .LE PASTEUR d'hERMAS. 

Jésus uu auge : en effet, il est d'abord évident que quand 
les écrivains du Nouveau Testament appelaient Jésus le 
premier-né de la création (Colos. i, 15; Ilébr. i, 6; Apoc. 
m, 14), quand ils disaient que le Père est son Dieu 
(Jean xx, 17 ; Hébr. i, 9; Apoc. iir, 12), ils ne pouvaient 
guère avoir daus l'esprit d'autre idée que celle d'une espèce 
d'ange. Remarquons ensuite que des écrivains contempo- 
rains ou postérieurs s'expriment de la même manière. 
Ainsi saint Justin dit (1 ApoL, 6) : « Ce Dieu, ainsi que 
,« son Fils, venu de lui, qui nous a enseigné ces choses, 
« ainsi que l'armée de ions les autres bons anges qui le 
<( suivent et lui ressemblent (ymI tov twv aXk(ùv suop.ev(ov xal 
(( £^o[xot.ou[;ivwv âyaGwv âyysT^wv .aTpaTov), ainsi que l'Esprit 
« prophétique, nous les vénérons et les adorons... » — 
Il dit encore (Tryph. 93) : « Celui qui aime Dieu de tout 
« son cœur et de toute sa force n'honorera aucun autre 
« dieu... : il honorera cependant aussi, conformément h 
a la volonté de Dieu, cet ange, le bien-aimé du Seigneur 
« lui-même, de Dieu. » — Voyez également Justin, 
l'^'*^ Apol. 63 passim et Tri/j)hon,M, 56 et 60-61. 
De même Clément d'Alexandrie (P^c^a^., 1, I, ch. 7, x.al 

Aoyoç ayysloç '/iv.... zal 6 aucTtx.oç l/.sî'voç ayysXoç IviaoCiç riy.xzxoit. , 
et Origine contr. Celse, 1. V, 53 : « L'œuvre de Jésus ne 
peut être que l'œuvre d'un ange, non. d'un simple ange, 
mais de l'Ange dit grand conseil (Isaïeix,5 ou 6).» — Jbid. , 
1. VIII, 27 : « En effet, celui à qui sa piété rend le grand 
Dieu favorable et qui, s'étant uni au Seigneur Jésus, cet 
Ange du grand conseil de Dieu, se contente de la faveur 
de Dieu en Jésus-Christ... » 

On peut citer encore Lactauce [Tnst. div.A- H, ch.vni), 
qui fait du Verbe, le frère aîné de Satan et la première de 
toutes les créatures : « Cum esset Deus ad excogitanclum 



LE PASTEUU d'hEUMAS. 93 

( provideutissimus, ad facieudum solertissimus^ ante- 
( qiiam ordii'etur hoc opus muudi... produxit similem 
( siii spiritum, qui esset virtutibus Dei patris praiditus... 
( Deinde fecit altenim, iu quo iudoles divinee stirpis nou 
( permaDsit... luvidit enim illi antecessori siio, qui Deo 
( patri perseverando cum probalus, tum etiam carus est. 
( Huuc ergo ex bouo per se maUim effcctum Gréeci ^la- 
( êoAov appellaut, nos crimiuatorem Yocamus, quod cri- 
( miua, iu quse ipse illicit, ad Deum déférât. Exorsus 
( igiturDeus fabricam muudi, illum primuni et maximum 

/?/mm pl'aefecitoperi uuiverso... » 

L'ideutificatiou du Fils de Dieu avec l'auge de' la Simi- 
litude VIII semble reucoutreruu obstacle daus le passage 
suivant (S. YIII, m, 2 et 3) : « L'arbre, c'estla Loi de 
Dieu donnée au monde entier : or cette Loi, c'est le Fils 
de Dieu prêché jusqu'aux confins de la terre... L'ange 
élevé et glorieux, c'est Michel, le chef et le gouverneur 
du peuple, qui a déposé la Loi dans le cœur des fidèles. » 
L'auteur semble donc établir une distinction entre le Fils 
de Dieu qui esflaLbi, etl'ange qui l'a donnée aux fidèles. 
Mais il n'en est pas moins vrai que l'auteur dit ailleurs du 
Fils de Dieu lui-même, qu'il a donné la Loi aux fidèles 
(S. Y,Yi,3). Pour Hcrmas, le Fils de Dieu est donc à la fois 
la Loi et celui qui l'a apportée : de sorte que la difficulté sera 
levée, si ou admet que daus le passage en question l'au- 
teur a voulu exprimer que le Fils de Dieu s'était prêché 
lui-même, ce qui est le point de vue" de l'Évaugile de saint 
Jean, surtout : « La vie éternelle, c'est qu'ils te connais- 
sent, toi, pour le seul vrai Dieu, et pour Messie, Jésus, 
que tu as envoyé, xvn, 3. » — « L'œuvre *que Dieu de- 
mande, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé, 
VI, 29. » — a Pendant que je suis dans le monde, je suis 



94 tE PASTEUR DHERMAS. 

la lumière du monde, ix, 4. » — « Je suis le chemin, la 
vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi ; xiv, 
6. » — « Ta parole est vérité, xvii, 17. » 

Du reste, on trouvera certainement qu'il n'y a pas lieu 
de se laisser arrêter par une pareille difficulté, quand on 
aura remarqué que, dans la Similitude IX, l'auteur n'hésite 
pas à identifier simultanément le Fils de Dieu à trois 
objets différents : 1'' le rocher sur lequel est bâtie la tour; 
2° la porte taillée dans ce rocher; 3° le maître de la tour. 

La position subordonnée attribuée par Hermas au Fils 
de Dieu est, après tout, conforme au développement his- 
torique de la divinité de Jésus. A l'exemple de saint Ma- 
thieu (xxiv, 36) et de saint Marc (xiii, 32) faisant dire 
au Christ : « Or, quant à ce jour-là et à l'heure, personne 
« n'en sait rien, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais 
(c le Père seul; » et aussi : « Pourquoi m'appelles-tu bon? 
(( 11 n'y a de bon que Dieu seul (Math, xix, 17; Marc x, 
« 18, et Luc XVIII, 19) ; » à l'exemple de saint Jean 
faisant dire de son côté à Jésus cette parole si souvent in- 
voquée dans les trois premiers siècles (xiv, 28) : « Si 
« vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais 
(( vers mon Père, parce que le Père est plus grand que 
« moi^ » et cette autre (xvii, 3) : « La vie éternelle, c'est 
(( qu'ils te connaissent. Toi, pour le seul vrai Dieu, et 
pour Messie, Jésus que tu as envoyé; >> suivant ces exem- 
ples, dis-je, et bien d'autres^ fournis par le Nouveau Tes- 
tament, les Pères professèrent encore pendant très long- 

1. Notons. entre autres choses caractérisliques que jamais clans le 
Nouveau Testament, la résurrection du Glirist n'est présentée comme 
ayant été due à \n. puissance jjropre du Fils, mais toujours au con- 
traire comme ayant été l'œuvre de l'intervention du Père en sa 
faveur. Voyez Actes ii, 24; m, 15; iv, 10; v, 50; xvir, 31 ; GaL i, 1 ; 
Golos. II, 12 ; Éphés. i, 20; llébr. xiii, 20; 1 Pierre i, 21. — Les 



Le pasteur d'hermas. 95 

temps la subordination du Fils au Père, et le concile de 
Nicée lui-même n'aura raison des ariens, qui continuaient 
à admettre cette doctrine, qu'après une lutte des plus 
vives, pendant laquelle, sous Constance (337-361), la doc- 
trine orthodoxe actuelle parut un instant avoir succombé. 
Voici, comme exemple, quelques passages caractéristi- 
ques de Clément Romain, de Barnabe, de saint Justin, 
de Tertullien et d'Origène : 

1° Clém. Rom. 1 Ep.' Cor.,ch. xlii : Les apôtres nous ont 
évangélisés de la part du Seigneur Jésus-Christ, et Jésus- 
Christ avait reçu sa mission de Dieu. Le Christ a donc été 
envoyé par Dieu\ elles apôtres par le Christ, et Tune et 
l'autre chose a été faite dans l'ordre convenable, suivant la 
volonté de Dieu. — Ibid., ch. lxiv : Dieu qui surveille tout, 
le maître des tisprits, le Seigneur de toute chair, qui a 
choisi le Seigneur Jésus-Christ, et nous par lui, pour être 
sou peuple... — Ihid., ch.ux : Après avoir parlé de Jésus- 
Christ, le Fils bien-aimé du Créateur, Clément appelle celui- 
ci leseid Très-Haut (tov pvov b^ia-zù'i sv ud/i^toiç) et termine 
ainsi : « Que toutes les nations sachent qu-e tu es le seul Dieu 
(6'n GÙel d Gsoç pvo;) et que Jésus-Christ est ton fils, et que 
nous sommes ton peuple et les brebis de ta bergerie. » 

2° Dans l'épître de Barnabe, il est dit (ch. xiv), entre 

Pères Apostoliques et saint Justin s^expriment dans les mômes 
termes; voir Glem. Rom. aux Gorinth. xxiv, 1; Polyc., Ep.. PJiilip.' 
I, 2; II, 1 et 2; xii, 2; Justin, 1 Apoc. 45 -et Dial c. Tryph. 106. — 
Il n'y a d'exception que dans l'évangile de Jean, ir, 19: « Jésus lenr 
répondit: Détruisez ce temple, et eu trois jours je le relèverai... 
Mais lui parlait du temple de son corps. — Quand donc il fut ressus- 
cité des morts, les disciples se souvinrent qu'il. avait dit cela, et ils 
ajoutèrent foi à l'Ecriture et à la parole que Jésus avait prononcée. » 
1. Ev. Jean xvn, 18 : Gomme tu m'as envoyé dans le monde, je 
les ai aussi envoyés dans le monde. — Ibid. xx, 21 : Comme le 
Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. 



96 J.E PASTEUR b'uERMAS. 

autres choses, que Jésus a été préparé (-^ToiixaGÔ-/)) pour nous 
délivrer des téuèbres ; qu'il a reçu de son Père l'ordre de 
lui préparer un peuple saint, que son Père l'a appelé dans 
la justice, etc. 

3° Justin. — Dial. Tryph. n° 126 : «. C'est celui qui a 
été établi par son Père et Seigneift* pour servir de mi- 

< uistre à sa volonté, c'est celui-là qui a été vu par 

< Abraham, par Isaac , par Jacob et par les autres 
patriarches, et qui a été appelé' Dieu parles Écritures 
.... Ibid. lùP 127 : Comment donc ce Dieu (le Père) 
pourrait-il apparaître à quelqu'un ou s'entretenir avec 
quelqu'un, ou se montrer sur un petit coin de la terre, 
alors que le peuple ne put pas même, sur le mont Sinaï, 
contenir la gloire de celui qui avait été envoyé par lui 
(c'est-à-dire son Fils), ni Moïse entre'r dans la tente 
qu'il avait faite, parce qu'elle était remplie de la gloire 
émanée de Dieu.... Aussi ni Abraham, ni Isaac, ni 

( Jacob, ni personne n'a vu Celui qui est le Père et le 
Seigneur ineffable de tous les êtres sans exception, y 
compris le Christ, mais bien sou Fils, qui est aussi Dieu 
par sa volonté et qui est ange, parce qu'il sert de 
ministre à sa volonté, lui que le Père a voulu être fait 
fait homme par la Vierge. — Ihid., 129 : Lorsque la 
prophétie dit : Le Seigneur fît venir du ciel par le Sei- 
gneur une pluie de feu, elle déclare qu'ils sont deux 
quant au nombre, l'un sur la terre qu'elle dit être des- 
cendu pour voir le cri de Sodome, l'autre au ciel qui est 
le Seigneur du Seigneur alors sur la terre, en tant que 
Père et Dieu, et à qui celui-ci doit d'être puissant, 
d'être Seigneur, d'être Dieu..,. L'Écriture a déclaré 
que le Père avait engendré ce Fils absolument avant 
toutes les créatures. » 



LK l'ASTEîJK h'hKHMAS. 97 

Nous avons déjà vu du rosie que saint Justin met le 
l^'ils de Dieu au nombre des anges (1 Apol. 6), et qu'il 
l'appelle positivement Ange [Tryph. 93, etc.). 

Il est intéressant de remarquer que les passages ci- 
dessus de saint Justin sont reproduits en son propre nom 
par l'arien Ëusèbe de Césarée, au commencement de son 
histoire ecclésiastique (I, n. 8 : Et yàp pr^sl; sTwiTpeTrst 
>.oyoç....) Du reste la plupart des Pères antenicéens^ rap- 
portent de même au Logos les théophanies de l'Ancien 
Testament et c'est saint Augustin^ qui a le premier fait 
remarquer que cette manière de voir ne pouvait s'accor- 
der avec la doctrine orthodoxe de la Trinité. 

4" Tertidlien. — Adv. Hermog.^ ch. m : « Dieu, quoi- 
« qu'il ait toujours été Dieu, n'a pas toujours été père, ni 
« juge. Car il n'a pu être père avant qu'il y eût un Fils, 
(( ni juge avant qu'il y eût une faute. Or il fat un temps 
<( où il n'y avait ni faute pour constituer Dieu juge, oii 
« Fils pour constituer Dieu père. » 

Adv. Prax., ch. xni : (Il s'agit du Père, du Fils et du 
Saint-Esprit). « Je ne les appellerai donc absolument ni 
« Dieux, ni Seigneurs: mais je suivrai l'apôtre, de telle 
« sorte que si j'ai à nommer ensemble le Père et le 
« Fils, j'appellerai le Père Dieu^ et Jésus-Christ Sei- 
(c gneur. Quand il s'agira du Christ seul, je pourrai le, dire 

1. Saint Justin, sœpissime. Irénée, 1. 111, ch. vr; VI, vi, 6etch.xx. 
Théoph. Ant., Ad. AutoL, l. 11, 22, Glém. Alex., Pœdag.; passini 
et particulièrement 1. 1, ch. vu; Tertullien ssepissime; SaintCyprien, 
Testimonia adv.Jud.A- II, ch.v; Novatianus, De Trinit., xxv,xxvi 
etxxvii; Saint Hippoiyte, Coair. Noët., cli. v; Hilar., De Trini- 
late, 1, iy; Ambros., De Fide, I. 1; Ghrysost., m 7 Actorum. 

2. IL fait des tliéophanies de l'Ancien Testament, ainsi que de la 
Création, l'œuvre collective de la Trinité. [De Trinitate, 1. II, 
ch. ix-xviii; m, ch. xi; Contra sermonem Arianoruon, ch. m; De 
Genesi ad litteram, 1. 11, ch. yi.) 

7 



98 LE PASTEUR d'hERMAS. 

« 

Dieu, comme notre apôtre: «Desquels est le Christ, qui 
est, dit-il. Dieu béni au-dessus de tout dans tous les siè- 
cles. » — Adv.Prax., ch. ix : «Le Père est la substance 
tout entière : Le Fils est une dérivation et une portion de la 
totalité de cette substance, comme il l'avoue lui-même : 
Parce que le Père est plus grand que moi. » Ainsi le 
Père est autre que le Fils, puisqu'il lui est supérieur. » — 
Adv. Prax., ch. xiv : « Personne ne pourra voir Dieu et 
vivre. » .... « Tout homme qui verra ma face mourra.» 
11 en résulte que nous devons considérer le Père comme 
invisible en raison 'de la plénitude de sa majesté, et 
reconnaître le Fils comme visible suivant la mesure 
de sa dérivation. » — Adv. Prax., xv : « Ainsi c'est 
toujours le Fils qui a été vu, c'est toujours le Fils qui a 
conversé avec les hommes, toujours lui qui a opéré par 
l'autorité et la volonté du Père. » — Adv. Prax., xvi: 
C'est donc le Fils qui a exercé le jugement dès le com- 
mencement, renversant l'orgueilleuse tour, multipliant 
les langues^ versant le feu et le soufre sur Sodome et 
Gomorrhe... C'est lui-même qui est toujours descendu 
pour converser avec les hommes, depuis Adam jusqu'aux 
patriarches et aux prophètes, soit dans des visions, soit 
dans des songes ou des apparitions ou des symboles...» 
— Adv. Marc, l. Il, ch. xxvii : « Ainsi tout ce que 
volis érigez comme digne de Dieu se trouvera chez le 
Père invisible, inabordable, impassible, Celui qui est 
en quelque sorte le Dieu des philosophes. Au contraire 
tout ce que vous reprenez comme indigne sera 
mis au compte du Fils, qui a été vu, entendu, ren- 
contré... etc. » 

50 Origène. — Contre Celse, h VIII, ch. xiv et xv : 
C'est un Fils duquel nous savons qu'il a été élevé à une 



LE PASTICIJH U'UEMMAS. 99 

« suprême grandeur par ce Dieu qui est son Père. Je veux 
« qu'il y eu ait quelques-uns, comme il n'est pas possible 
« que dans la grande multitude de ceux qui croient tous 
« soient d'un sentiment uniforme, qui supposent que 
u notre Sauveur soit le Dieu souverain, nous n'aurons pas 
(( la même pensée-, nous qui croyons ce qu'il nous a dit : 
« Mon Père qui m'a envoyé est plus grand que moi », et 
«■ nous n'aurons garde de soumettre au Fils de Dieu Celui 
« à qui nous donnons maintenant le nom de Père.... Car 
« nous qui disons que le Créateur de l'univers est le maî- 
« tre de tout ce monde visible, nous faisons profession de 
« croire que le Fils n'est pas plus puissant que son Père, 
«mais qu'il lui est inférieur [oiXk'' ÛTro^secrTepov) . C'est ce 
(c qu'il nous a appris lui-même, lorsqu'il nous a déclaré 
a que son Père qui l'a envoyé est plus grand que lui. 11 
« n'y a qui que ce soit parmi nous, qui ait perdu le sens 
« jusqu'à dire que le Fils de l'homme soit le maître de 
<( Dieu. Quand nous considérons notre Sauveur comme 
u Dieu le Verbe, la Sagesse, la Justice, la Vérité, c'est 
<( alors surtout que nous disons qu'il est le maître de 
(( tous ceux qui se soumettent à lui à cet égard, mais nous 
« ne disons point qu'il est le maître de son Père, le maître 
« 'du Dieu qui gouverne le monde. » — Cf. l. II, ch. ix : 
(( Aussi ne croyons-nous pas que ce corps de Jésus, qu'on 
« voyait et qu'on touchait alors, fût^Dieu.Mais, que dis-je 
« que nous ne le croyons pas de son corps? Nous ne le 
« croyons pas même de son âme, de laquelle il est dit 
(( qu'elle l'ut saisie d'une tristesse mortelle... Nous aussi 
u nous croyons tout de même que c'était le Verbe divin 
« (ô Aoyoç 0£o;j, le Fils du Dieu universel, qui disait dans 
a Jésus : Je suis la voie, la vérité et la vie... C'est donc 
a celui-là que nous reprochons aux Juifs de n'avoir pu;^ 



100 LE PASTEUR d'hERMAS. 

reconnu pour Dieu, après tant de témoignages des pro- 
phètes qui le déclarent tel au-dessous dit Dieu souverain^ 
qui est son Père (xaTa tov tûv o\cov ©eov -mi TiraTépa) et dont 
il est la grande vertu... Ce que nous ne disons pas pour 
séparer le Fils de Dieu d'avec Jésus; car depuis le mystère 
de l'incarnation le corps et l'âme de Jésus ont été très 
étroitement unis avec le Verbe, pour ne faire qu'un tout 
avec lui. » 

Ihid.^ l. YI, ch. Lxiv : « Il y aurait encore à examiner 
si le Fils unique de Dieu, le premier-né de toutes les 
créatures doit être nommé l'essence des essences, l'idée 
des idées et le principe de toutes choses, pendant que 
Dieu son père sera considéré comme un être beaucoup 
au delà de ce que tous ces termes signifient (èxexsiva 

Ibïd.,Yiu, 26 : « 11 ne faut invoquer que le seul Dieu 
souverain et il faut invoquer avec lui son Fils unique, le 
premiér-né de toutes les créatures, le Verbe de Dieu, à 
qui il faut demander que, quand nos prières sont parve- 
nues à lui, il les présente, en quahtéde notre grand sacri- 
fi.cateur, à son Dieu qui est aussi notre Dieu (àm tov ©eov 
aÙTou x.ai0eov •iî[;.wv), à son Père qui est aussi le Père de ceux 
qui vivent suivant ce que Dieu prescrit, dans sa parole.» 
Ibid., L V, ch. xi : « Lorsque notre Sauveur et notre 
Seigneur fut appelé bon Maître, il renvoya à son Père 
celui qui avait ainsi parlé : Pourquoi m'appelles-tu bon, 
lui dit-il, il n'y a que Dieu seul, que le Père qui soit 
bon. Si le Fils bien-aimé du Père a eu raison de dire 
cela, lui qui est l'image de la bonté de Dieu, avec com- 
bien plus de raison le soleil dirait-il à ceux qui l'adorent : 
Pourquoi m'adorez-vous? Adorez le Seigneur votre Dieu 
et ne servez que lui seul. » 



LE PASTEUR d'hERMAS. J 01 

On ne pourrait peut-être pas trouver dans les trois pre 
miers siècles de l'Église un seul écrivain, d'où il ne fût 
facile d'extraire des déclarations analogues en faveur de 
la subordination du Fils au Père. Lorsque les ariens' pro- 
fessaient que le Fils est une créature, qui, quoique par- 
faite, n'est ni de la même essence que son Père, ni 
éternelle comme lui, ni son égal en quoi que ce soit, ils 
étaient certainement bien plus fidèles à la. doctrine primi- 
tive^ des chrétiens que les partisans d'Athanase. Ceux-ci 
abandonnaient la vraie tradition, celle des principaux 
docteurs de l'Église, pour épouser les sentiments d'un 
vulgaire idolâtre qui voulait à toute force faire du Christ 
un second Dieu. On s'exphque ainsi très bien pourquoMe 
principal historien de l'Église, le plus érudit de ses écri- 
vains, Eusèbe de Césarée, refusa de partager les doctrines 
de l'orthodoxie et se rangea du côté de l'arianisme. 



L'orthodoxie professe que c'est le Verbe, la seconde 
personne de la Trinité, qui s'est incarné dans le sein de 
la Vierge Marie. 

Les Évangiles disent simplement (ce qui n'est pas du 
tout la même chose) que la Vierge conçut du Saint-Esprit 
(£•/- TCveufxaTo; ccytou. Math. I, 18 et 20), c'est-à-dire que le 
Saint-Esprit fut le Père de Jésus; ou (Luc i, 35) « que le 
Saint-Esprit est venu sur elle et que la puissance du Très- 
Haut Fa couverte de sou ombre. » 

Hermas ne fait aucune allusion à la première opinion, 
ni non plus à une conception miraculeuse quelconque de 
l'homme-Christ. Il est évident que pour lui cet homme est 
né dans les mêmes conditions que tous les autres et que 
son union avec le Fils de Dieu a eu heu postérieurement à 



102 LE PASTEUR d'hERMAS. 

sa naissance. 11 i^eprésente , en effet, Fliomme-Christ 
(Simil. V, ch. ii, 2) sous la figure d'un esclave que Dieu a 
c7zom (s/A£^a[/.£voç)^ entre tous, comme lui étant particu- 
lièrement fidèle et agréable, et ajoute un peu plus loin 
(Ihid , ch. VI, 5), quand il donne l'explication de son 
allégorie, que Dieu fît habiter l'Esprit saint dans la chair 
qu'il voulut, c'est-à-dire dans un homme de son choix. 
Quant au moment oîi cette union eut heu, Hermas n'en 
dit rien; mais oii ne saurait douter qu'il considérait la 
circonstance du baptême de Jésus comme ayant été ce 
moment solennel. 

Que cette manière de concevoir l'incarnation ait été 
celle delà première génération chrétienne, c'est ce dont 
on ne peut douter raisonnablement. Les Évangiles cano- 
niques eux-mêmes, ainsi que le reste du Nouveau Testa- 
ment, en présentent des témoignages incontestables. Il 
nous suffira de citer : i*^ l'épithète de « Issu de la postérité 
de David, pour la chair, » que saint Paul donne (Rom. i, 
.3) à Jésus-rChrist, et qui; sous' sa plume, ne peut faire 
allusion qu'à la paternité réelle de Joseph. — 2^ Les gé- 
néalogies de Joseph .qu'ont rapportées saint Mathieu (i^ 
1-7) et saint Luc (m, 23-38), généalogies qui n'ont pu 
être fabriquées que dans des milieux oii ou croyait Jésus 
véritablement fils de Joseph. — 3° La descente du Saint- 
Esprit sur Jésus, sous la forme d'une colombe, au moment 
de son baptême (Math, m, 16-17; Marc i, 9-11 ; Luc m, 
21-22) et les réflexions dont nos évangéhstes font suivre 
le récit de cet événement miraculeux : « Alors Jésus fut 
emmené par l'Esprit au désert pour être tenlé par le diable, 

t . Glémoiil Momain rlil de. nièiiuî, l"']*]!!. Cor. cliap. lxiv : « Difui... 
qui a choisi (ïxXc^ay.cvoç) le Seigneur Jésus-Gliiisl. » 



LE PASTEUR d'hÈRJIAS f03 

Math. IV, 1. » — « Aussitôt après, Jésus fut poussé par 
l'Esprit au désert, Marci, 12. » — « Jésus rempli du Saint- 
Esprit revint du Jourdain et fut poussé, par un mouve- 
. ment de l'Esprit au désert, Luc iv, 1. » — « Jésus, animé 
de la puissance de l'Esprit, s'en retourna en Galilée, 
Luc IV, 14. » 

Il est clair que Te fait même de cette descente du Saint- 
Esprit sur Jésus et celui du nouvel état d'inspiration, de 
cette espèce de possession, qui eu résulte ppur lui, excluent 
toute hypothèse d'une incarnation divine antérieure. 

Saint Justin {Tryph. 38) constate, sans les blâmer autre- 
ment, qu'il y avait de son temps un certain nombre de 
. chrétiens qui considéraient Jésus comme un homme né 
dans les conditions ordinaires : « 11 ne faudrait pas nier, 
dit-il, qu'il soit le Christ, quand même il semblerait avoir 
été engendré comme les autres hommes et n'être devenu 
le Christ que par le fait d'une élection. En effet, il y en a 
, parmi nous quelques-uns qui confessent qu'il est le Christ, 
mais qui professent qu'il n'est qu'un homme comme les 
autres. » 

Nous avons encore le récit de la descente de l'Esprit 
saint sur Jésus, tel que le donnait l'antique Évangile des 
Hébreux ; rien n'est plus caractéristique : « Pendant que 
« Jésus se faisait baptiser, un feu parut sur l'eau ^ Or, il 
« arriva, au moment où le Seigneur sortait de l'eau, que 
« toute la source de l'Esprit saint descendit pour reposer 
« sur lui, et lui dit : J'attendais dans la série des prophètes 
« que tu vinsses et que je pusse reposer sur toi. Ta es le 

1. C'est ce que rapportent iaussi saint Justin (Trypli. 38) elle 
Livre delà Prédication de Pierre et de Paul, cité dans le traité De 
rebaptisniaie seu De non iterando baptismo, attribué faussement 
à saint Gyprien. Voir aussi Epiphane, Ilœres., xxx, 13. 



104 • J.E PASTEUR d'hERMAS. 

« lieu de mon repos (définitif) ; tu es mou fils premier-né, 
« qui règnes éternellement. » (Daus cet évangile, le Saint- 
Esprit, en vertu du genre du mot hébreu correspondant, 
était considéré comme la mère et non comme le Père du 
Christ.) 

Le passage suivant des Homéhes Clémentines (ih, 20) 
est un excellent commentaire de ce qui précède : « La 
« piété se montre avant tout en ceci qu'elle reconnaît 
« l'Esprit de Christ en Fhomme formé par Dieu au com- 
<( mencement de cette économie. Changeant de formes 
« comme de noms, il a parcouru tous les âges, jusqu'à ce 
« qu'enfÎD, il obtienne le repos et reçoive l'onction de 
« l'amour diviu, en récompense de l'œuvre qu'il a accom- 
« plie; c'est lui qui a été le dominateur universel. » 

Epiphane, Hœres.^ xxx, 3 : « Ebion afftrmait qiie le 
Christ avait été engendré par un homme, c'est-à-dire par 
Joseph... D'autres (parmi les ébionites) disent que le 
Christ vint du ciel, que c'est la première créature, un 
Esprit supérieur aux anges, qu'il est maître de toutes 
choses et que, portant le nom de Christ, il a reçu ce 
monde en partage. Il y descend quand il veut, et c'est 
ainsi qu'il vint dans Adam et qu'ayant revêtu le même 
corps^ il se fit voir aux patriarches : après donc qu'il se 
fut montré à Abraham, à Isaac et à Jacob, il est encore 
venu dans les derniers jours revêlir le corps même d'Adam, 
avec lequel il est apparu comuie un homme, a été mis en 
croix, est ressuscité, puis est monté au ciel. Mais ils nient 
tout ceci, quand la fantaisie les en prend, pour professer 
que l'Esprit, c'est-à-dire le Christ, vint eu lui et se servit 
de Jésus même comme de vêtement. » — Ihid., xxx, 14- : 
(t Ils (les ébionites) peuseut que Jésus a été un homme 
comme les autres et que ce qui descendit en lui sous la 



LE PASTEUR d'hERMAS. • 105 

forme d'une colombe fut le Christ qui s'unit à lui; le Christ 
même doit ainsi l'existence à l'un et à l'autre de ses deux 
parents. » — Ihid., ch. xvi : « Les ébionites prétendent que. 
deux puissances ont été établies par Dieu, dont l'une est 
le Christ et l'autre le Diable : Le Christ, disent-ils, a reçu 
en partage le siècle à venir, tandis qu'au Diable a été 
confié le siècle présent, et cette distribution a été faite 
par l'ordre de Dieu, conformément à la demande de 
chacun d'eux. Aussi disent-ils que Jésus est réellement 
fils d'un homme, qu'il a été élu, et qu'ainsi il a été appelé 
Fils de Dieu par élection, à la suite de la descente du 
Christ en lui, sous l'apparence d'une colombe venant d'en 
haut. Quant à ce Christ, d'après eux, il n'a pas été engen- 
dré par Dieu le Père,- mais il a été créé comme un des 
archanges, tout en étant plus grand qu'eux : il est le Sei- 
gneur des anges et de tout ce qui a été fait par le Souve- 
rain Maître. >» (C'est tout à fait la doctrine "que nous trou- 
vons dans le Pasteur). — Réfutant ces hérésies des 
ébionites, Epiphane ajoute (xxx, 29) : « Ce n'est pas après 
ses trente ans ou à la suite de son baptême, qu'il devient 
Christ, mais... » — « Tune saurais donc dire qu'il est 
devenu Christ à partir du moment oii l'Esprit est entré en 
lui. » — « Ce n'est pas» après sa trentième année, quand 
le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe fut entré en 
lui, qu'il fut appelé Fils et Christ. » 

Cérinthe et Carpocrate, s'appuyant sur le commence- 
ment de l'évangile de Mathieu, sur sa généalogie, préten- 
daient prouver que le Christ était véritablement issu du 
mariage de Joseph et de Marie (Epiph. Hœres., xxx, 14). 
En outre, Cérinthe enseignait ce qui suit, d'après Epiph., 
Hcer.^ xxviii, 1 : « Lorsque Jésus, qui était né de l'union 
de Joseph el de Marie, fut devenu grand, le Christ^ c'est- 



106 ' LE PASTEUR d'hERMAS. 

à-dire le Saint-Esprit, descendit sur lui de ce Dieu Sou- 
verain sous la forme d'une colombe, sur les bords du 
Jourdain. » ~ On lit à peu près la même chose dans 
Irénée, Hœres., i, 26, 1, et dans Philosophouména, vn, 
33. 

Le Nouveau Testament présente au moins trois concep- 
tions différentes de la divinité de Jésus-Christ, de plus en 
plus élevées, suivant qu'on considère les livres historiques, 
les épîtres attribuées à Paul et l'Apocalypse, enfin l'Évan- 
gile et les Épîtres qui portent le nom de Jean. 

L'impression qui reste après la lecture des Synoptiques 
et des Actes est telle que Jésus semble n'y être donné que 
pour un prophète favorisé d'une infusion particulièrement 
abondante de l'Esprit-Saint. 11 faut cependant y signaler 
trois passages, on le nom de Fils de Dieu lui est attribué 
dans un sens' métaphysique et exclusif, ce sont : Marc 
xni, 32 ; Math, xi, 27 avec Luc x, 22 et Math. xxViii, 19. 
11 faut également remarquer que les récits de la concep- 
tion miraculeuse rapportée par Mathieu et Luc tendent à 
mettre le Fils de Marie en dehors de l'humanité. 

Dans la seconde série signalée ci-dessus, Jésus est pré- 
senté comme une sorte d'ange, instrument de la création 
(1 Corinth. vni, 6; Coloss. i, 16; Hébr. i, 2 et xi, 3), 
abaissé momentanément en vue de son rôle de rédemp- 
teur^ puis élevé jusqu'au trône de Dieu en récompense 
de son sacrifice. Voir par exemple 2 Corinth. vm, 9 ; 
Philip, n, 5-11 ; Hébr. n, 6-11 et 17 ; m, 3; Apoc. v, 9. 

Enfin la théologie johauuique fait de Jésus un être par- 
ticipant positivement à la nature divine (Ev. i, 1), qui 
descend sur la terre sans perdre sa gloire (Ev. i, 14) à 
peine voilée, et qui se retrouve après sa mort (laquelle est 



LE PASTEUR d'hERMAS. 107 

pour lui uue glorification, Ev. xii, 23-28 et xm 32) ce 
qu'il était auparavant, Ev. xvn, 5. Observons toutefois que 
Jean ne fait jamais allusion à l'éternité du Fils, mais seu- 
lement à sa préexistence par rapport au monde, et qu'il 
affirme continuellement son infériorité et sa subordination 
au Père. 

Dans aucune de ces trois conceptions, il n'y a du reste 
trace de la dualité que comporte la définition du Christ 
formulée par la théologie catholique, oii se trouvent unies 
sans confusion deux natures, la nature divine et la nature 
humaine, et deux personnes, le Verbe préexistant et 
l'homme formé du sang de Marie, avec leurs deux volon- 
tés distinctes et leurs deux inteHigences inégales, de ma- 
nière cependant à ce que le résultat soit une personne uni- 
que. Cette conception étonnante, monstrueuse, ne découle 
certainement pas des textes bibliques; elle est le produit 
des exigences d'une théorie déterminée de la rédemption. 

Le Christ d'Hermas ne se rapporte exactement à aucun 
des types précédents. Pour notre auteur le Christ résulte 
dé l'union de l'Esprit saint, Fils de Dieu, avec rhomm;j 
Christ; mais cette union n'est qu'une habitation tempo- 
raire du premier dans le second : l'homme Christ, nous dit 
Hermas (Sim. V, ch. vi, 6-8) a reçu dans le ciel sa 
demeure et sa récompense à part : quant- au moment de 
la séparation entre le vrai Fils de Dieu et son fils adoptif, 
Hermas n'en parle pas; mais on peut croire, d'après la 
manière dont il s'exprime, que, comme certains hérétiques, 
Cérinthe entre autres, il admettait qu'elle s'était effectuée 
avant le supplice et la mort de Jésus. — Voyez Irénéc, 
livre I, ch. xxvi, § 1 ; Philosoph., 1: vu, 33 et x, 21; 
Théodoret, lleerit. Fab. 1. 11, ch. ni, etEpiph., Hœres., 
l.XXVlll, ch. I. 



10;8 LE PASTEUR d'îIERMAS. 

Note C. — Nous disons qu'Hermas ne l'ait aucune 
allusion au Saint-Esprit, en tant que troisième personne 
divine. A l'occasion de cette omission, il faut remarquer 
que, tandis que la doxologie officielle est devenue cette 
formule : « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, » 
les doxologies qui se rencontrent de temps en temps 
dans les épîtres du Nouveau Testament ne font jamais 
(sauf une exception, 2" Corinth. xiii, 13) mention du 
Saint-Esprit, et la même absence s'observe dans les 
adresses et les salutations. Voyez ; Rom. xvi, 27; 1 
Gorinth. i, 3; 2'' Corinth. i, 2 ; Gai. i, 3; Ephés.' i, 1, 2; 
in, 21 ; V, 20; vi, 23 ; Philip, i, 2 ; iv, 19 et 23 ; 1 Thessal. 
I, 1 ; 2« Thessal. i, 2 et 12 ; m, 16-18 ; 1 Tim. i, 2; 2 Tim. 
I, 2; Tite, i, 4; Philém. i, 3; Hébr. xm, 21 ; Jac, i, 1 ; 1 
Pierre i, 2 et iv, 11 ; 2^ Pierre i, 2 ; 1 Jean i, 3 ; 2 Jean 
I, 3; Jude i, 1 et 25; enfin Apocal. i, 4, où on lit : 
« ... par Celui qui est, ... par les sept esprits qui sont 
devant son trône et par Jésus-Christ. » 

On sait en outre que dans le Nouveau Testament, jamais, 
sauf Mathieu xxvm, 19, il n'est question du baptême que 
comme administré au noni de Jésus-Christ seul. Voyez 
Actes II, 38; vin, 12^ 16; x, 48; Rom. vi, 3 ; Gai. 
m, 27. 

D'un autre côté saint Justin témoigne que de son temps 
on baptisait au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit 
fl'^ Apol. ch. 61 en deux endroits), et il rapporte aussi que 
dans la consécration du pain et du vin, on invoquait ces 
trois noms (2'^ Apolog., ch. lxv). 

L'omission du nom du Saint-Esprit se fait également 
remarquer dans lès adresses, les salutations et les doxolo- 
gies des lettres des Pères apostoliques. Voyez dans la 
l""^ épîtrc de Clém. Rom. aux Corinth. l'adresse et les 



LE PASTEUR d'hERMAS, 109 

chapitres 59-61, 64 et 65; dans Tépître de Barnabe les 
versets i, 1 ; xvii, 2 et xxi, 9; dans Fépître de Pôlycarpe 
aux Philippiens, l'adresse et le verset xii, 2. — H y a 
cependant des exceptions, telles que : Clém. Rom. ii, 1 ss.; 
XLVi, 6 ; LViii, 2, et Ignace aux Magnésiens, xiii, 2. 

.11 est hors de doute que saint Justin admettait une 
sorte de Trinité ; voir, outre les endroits déjà cités, les 
chapitres 6, 13 et 60 de sa première apologie. Mais on 
est forcément amené à croire que le Saint-Esprit n'était 
pour lui qu'une forme particulière de manifestation du 
Verbe, dont il ne le distinguait pas nettement. En effet, 
s'il attribue en bien des endroits (1^'' Apolog. 32, 33, 35, 
38, 39, 40, 41, 42, 44 et 61; Dial. c Tryph. passim) 
l'inspiration des prophètes au Saint-Esprit, il l'attribue 
également au Verbe en maint autre passage (l'^'^ Apolog. 
ch. 36; 2^^ Apol. 10; Diâl. c. Tryph. ch. 61)S- et, ce qui 

1, 'V'Apol. 36 : Lorsque vous entendez les discours des prophètes 
dits sous le couvert de quelque personnage, soyez persuadés qu'ils 
ont été prononcés, non par ceux qui se sont trouvés inspirés, mais 
par le Verbe divin (©siou Aoyou) qui les agitait. — 2" Apol. 10 : Car 
le Verbe existait et existe, lui qui a prédit l'avenir par les pro- 
phètes. — Du reste, la même contusion peut être constatée dans le 
JN^ouveau Testament, entre autres dans le passage suivant, oii l'au- 
teur désigne indifféremment par Esprit de Christ et Saint-Esprit, 
la vertu divine qui a inspiré successivement les prophètes de l'Ancien 
Testament et les apôtres de l'Evangile (1 Pierre i, 10-12) : « Ce 
salut a été l'objet des recherchas et des investigations des prophètes 
qui ont parlé de la grâce qui vous est destinée. Ils recherchaient à 
quel temps et à quelles circonstances faisait allusion VEsprit de 
Christ qui était en eux, et qui annonçait d'avance les souflrances 
rései'vées au Christ, et les gloires qui devaient les suivre. Il leur lut 
révélé que c'était, non pour eux-mêmes, mais, pour nous, que leur 
ministère était requis pour les choses, que ceux qui vous ont prêché 
l'Evangile par le Saint-Esprit envoyé da ciel, vous ont mainte- 
nant annoncées, et dans laquelle les anges désirent plonger leurs 



110 LE PASTEUR . b'hKRMAS. 

est plus grave, après avoir déclaré que Dieu a prédit par 
l'Esprit prophétique et que la Vierge a conçu, ombragée 
par la vertu de Dieu, il ajoute aussitôt (1»" Apol. cli. 33) 
que, piar l'Esprit et la vertu de Dieu, -il n'est pas permis 
d^entendre autre chose que le Verbe. — Cf. Dial. c. Trypli., 
ch. 61. — Il revient sur ce point en d'autres endroits, par 
exemple Dial. c. Tryph,, ch. 68, oii il déclare que l'Écri- 
ture ne nous enseigne pas à adorer autre chose que le 
Créateur de Tunivers et le Christ : de même au chapitre 65 
de ce dernier ouvrage, il enseigne que Dieu ne partage sa 
gloire avec aucun autre que le Fils (o ©so; tw xptcTw auTou 

On peut dire qu'en fait les Pères et Apologistes des deux 
premiers siècles n'ont pas fait de différence entre le Saint- 
Esprit et la nature divine préexistante du Christ. Eu 
voici quelques nouveaux témoignages : 2*' Epitre de 
Clém. Rom. aux Corinth. ix, 5 : « Le Seigneur Christ 
qui nous a sauvés, qui était d'abord Esprit^ s'est fait chair 
et nous a ainsi appelés. » — Ibid. xïv, 4 : » Si nous disons 



regards. » — Voir encore Rom. vi'ii, y ; 2 Corinth. m, 17 et Galat. iv,. 
G. — En outre Cf. Év. Jean XIV, 16-17 avec xiv, 18; vu, 39 et 1 Ep.ii, 
1 et 26-27. — Si le Saint-Esprit est parfois personnifié dans le 
Nouveau-ïestament (Jean xiv, 26; xv, 26; xvi, 13-15), il en est 
encore plus souvent parlé comme d'un fluide comparé à l'eau, à 
l'huile, au sang, au feu, qui est tenu par Dieu en réserve comme 
un trésor et distribué aux saints avec plus ou moins d'abondance, 
Actes II, 17 et Jean iv, 34. C'est ainsi qu'on trouve l'expression 
baptiser dans V Esprit-Saint o\)\)0&éQ à celle de baptiser dans l'eaio 
(Math, m, 11 ; Marc i, 8; Luc m, 16 et Jean i, 33; Actes i, 5 et xi, 16); 
qu'o)i voit la communication de l'Esprit-Saint comparée à une 
onction (Luc iv, 18; Actes x, 38; 2» Corinth. i, 21; 1 Ep. Jean ii, 
20 et 27); enfin que Jean dit (1 Ep, v, 7) : « Car il y en a trois qui 
rendent témoignage, l'esprit, l'eau et le sang, et ces trois s'ac- 
cordent. » " 



LE PASTEUR D HERMAS. 



Jll 



que l'Église est la chair et le Christ Tcsprit, il s'ensuivra 
que celui qui a outragé la chair a outragé l'Église. Un 
pareil homme ne participe pas à l'Esprit qui est le Christ 
(tou nv£u|/,aTo; , o sctiv-ô XptGToç). » — Théophile ad Autolyc. 
H, 10 : a Ce Verbe, qui est Esprit de Dieu^, commencement, 
sagesse et puissance du Très-Haut, -descendit dans les 
prophètes. — Hippolyte JNoët.^ ch. 16 : « Or, qui est-ce qui 
est sorti du Père, si ce n'est le Verbe? Qui est-ce qui a été 
engendré de lui, si ce n'est l'Esprit, c'est-à-dire le Verbe? » 



Note D. — Citation des passages où il est fait allusio 
aux divers ministères exercés dans l'Eglise de Rome. 



li 



Vis. Il, II, 6 : speïç oùv ToTç "Koor- 
"(ouiiévoiq T^ç 'ExxXviffiaç. 

Vis, II, lY, 2 et 3 : -/ip^TYicÉv jj.e 
£c ^r^B'r\ to ^têXiov Ssowxa xoTç Ttpscêu- 
Tspotç ... ffb §£ àvayvojij/j eîç TauTVjv 
T'/jV TCoXtv {/.exà Twv TrpEcêuxéptov TWV 
TcpoïffTàjxsvwv TY)ç 'ExxAr|Crtaç. 

V?'5. III, I, 8 : Kupi'a, acp£ç TO^ç 
TcpEGÊuxépouç TiptoTov xaôicrac. 

Vis. in, V, 1 : ... oÔTOt elciv oî 
cxTrdcrToXoi xal £7ri'<7X07:oc xat ÔtoàcrxaXoi 
xai Staxovoi, oî TtopEUÔsvxEç xaxoc X'/)v 
ff£(j!.voxvixa xoïï 0EOÏÏ xat EntaxoTrviG'av- 
xeç xai Stâcc^avxfç xal 'ôiaxovvicavxEç 
àyvwç xai cepwç xoTç exXextoTç xoïï 

OeoÏÏ, oî (AÈv X£XOt(;'.r,(JI.£VOt, oî SE £Xt 

OVXEÇ. 

Fis. III, X, 7 et 8 : vïïv ouv ujxTv 
XsYW xoTç 7rpoviYoii[j.£votç xYÎç 'ExxXt]- 
Œiaç xat xoîç lïpwxoxaôeSpixatç... 

Sim. VIII, VII, 4 : 7:avxoxe o6xot 
Tïiaxot xal àyaÔûl eysvovxo, syovxsç.Sà 



T 11 diras donc aux conduc teu l's 
de l'Église. 

Elle me demanda si j'avais 
déjà doiiné le livre aux anciens. . . 
Quant à toi, tu le liras dans cette 
ville avec les anciens placés à la 
tête de l'Église, 

Maîtresse, permets que les an- 
ciens s'assoient d'abord. 

Ceux-ci sont les apôtres et les 
évêques et les docteurs et les 
diacres qui ont marché dans la 
voie de la sainteté de Dieu ; qui 
ont surveillé, enseigné et admi- 
nistré purement et saintement 
les élus de Dieu, dont les uns 
sont morts et les autres encore 
vivants. 

Maintenant donc, je vous le 
dis, à vous les conducteuj-s de 
l'Église, à vous qui occupez les 
premiers sièges. 

Ceux-ci ontététoutàfaitfîdèles 
et bons, mais ils ont entretenu 



112 



LE PASTEUR ]) HERMAS 



^^Xov Ttva ev ciXk7\koiç 7rep\ Ti:poJT£io)v 
xat Tiepi So;ï]ç tivoç" àXka iravreç oOtoi 
txwpoî stffiv £V dcXX'/iXotç E^ovTeç Ç-^Xov 
TTEpi Trponsi'wv, 

*.9zm. IX, XXVII, 1 et 2 : Ix 8l 

■Toïï ô'pouç TOu SexQCTOu... 01 iricTeucrav- 
te; TotôuTOi eîciv raiaxoiîoi xai cptXo- 

^£VOl, oI'tIVEc; Y|0£tOÇ EIÇ TOÙÇ OÏXOUÇ 
SttUTttjv ■nàvTOTE UTTESÉ^aVTO Tohq Sou- 
XOUÇ TOU 0EOÏÏ àcTEp UTTOXplCTÊOiÇ " 01 Ss 
ETÏlffJCOTtOl TtàvTOTE TOUÇ UffTEpYl[/.£'voUÇ 

xai Totç ^(^Tiipaç TvjStaxovfa lauTwvaâta- 
Xeitttojç IffXE'Tuaaav xal àyvwç àvEcrpa- 

CpYjffaV TTOCVTOTE. 



6\m. IX, XXXI, 5 ss. : Sin au- 
lem aiiquaexhis (pecoribus) dis- 
sipata invenerit, xm eritpasto- 
ribus! Quod si ipsi pastores dis- 
sipât! reperti fuerunt, quid res- 
pondebunt pro pecoribus his ? 
Numquid dicturi sunt a pécore se 
vexatos? Non credetur illis. In- 
credibilis enim res est pastorem 
pati posse a pécore : et magis pu- 
iiieturpropter aiendacium suum. 
Et ego SLim pastor, et validis- 
sime opportet me de vobisred- 
dere rationem. 

Sim. IX, XXVI, 2 : Oî [xevto^ç 
ffuiXouç sy^ovTEç àaxovoi Eiat xaxwç 
ÔtaxovficaVTEç xat StapTràaavTE; '/vipôjv 
YMi ôpcûavwv TV)v Çwviv, xat sauTOÎç 
7:£pt7:oc7)Ga[;.EVot ex Trjç Staxov aç -/jç 
sXaêov Staxov^'ffai. 

Mand. IV, m, 1 : "Hxouca irapa 



certaines rivalités entre eux, au 
sujet des premières places et des 
honneurs : bien fous, tous ceux 
qui se disputent ainsi les pre- 
mières places ! 

Sur la dixième montagne, voi- 
ci ce que sont les fidèles : ce sont 
des évêques hospitaliers qui ac- 
cueillent de tous côtés avec em- 
pressement les serviteurs de Dieu 
dans leurs maisons, sans hypo- 
. ci'isie : ces évêques ne se sont 
jamais lassés d'abriter de tous 
côtés sous leur ministère les in- 
digents et les veuves* et ils se 
sont toujours comportés sainte- 
ment.. 

Mais s'il trouve quelques bre- 
bis dispersées , malheur aux 
pasteurs! Et si les pasteurs 
eux-mêmes sont trouvés égarés, 
comment répondront -ils pour 
leurs brebis? Diront-ils qu'ils ont 
été persécutés par le troupeau? 
On ne les croira pas . C'est, en. 
elTet, une chose incroyable qu'un 
pasteur puisse avoir à souffrir de 
ses brebis : et son mensonge lui 
attirera une punition plus grave. 
Moi aussi, je suis berger ; et il 
faut à toute force que je rende 
compte de vous. 

Ceux qui ont des taches sont 
des diacres qui ont mal admi- 
nistré et .ont mis au pillage le 
bien des veuves et des orphelins, 
et qui se sqnt fait un revenu 
du ministère qui leur avait été 
confié. 

J'ai entendu dire à certains 



LE PASTEUR D HERMAS. 



113 



Tivwv ^iSaijxdcXwv oTt ÉTspa [/.ETOLvaia 
oux £(TTiv el p.')) èxEivv), ote el; uSoip 
xaTeêyjixsv xai èloLooiizv acpcC'.v àjjiap- 
TtSv fi[jLwv Tcov TrpoTspwv. 

^î'm. IX, XV, 4: Oi Se xpiaxovxcj 
irevTE (Xt'Ooi) irpotp^Tai toû 0£ou xal 
Sta^covat aÔToîi * oî Se TSffffdcpaxovxa 
àmaTokoi xat StoaaxaXoi tou xvjpuy- 
[Aaroç TOU Ttoïï toû Beoïï. 

Siin. IX, XYI, 5 : OStoi o\ àizoa- 
ToXot xat 01 StSctffxaXot oî xvjpu^avTSç 
To ovo[Aa TOÛ Yioû TOÛ 0eoû, xoij/,?)- 
Gevteç ev Suva[A8t x«i ttictei toû Yîoû 

TOU HeOU... 



)S'<m. IX, XXY, 2 : àTro'o-ToXoc xai 
SiSacxaXût oî XY)pu^avT£ç eîç oXov tov 
xocy[j(.ov xat oî SiSdcçavTsç cr£[/,vwç xai 
àyvwç TOV Xoyov toû Kupi'ou... 



docteurs que Dieu n'admet pas 
d'autre repentance que celle qui 
accompagne le baptême, alors 
que nous recevons la rémission 
de nos péchés antérieurs. 

Les trente-cinq pierres sont les 
prophètes de Dieu et ses minis- 
tres. Les quarante sont les apô- 
tres et les docteurs de la prédi- 
cation du Fils de Dieu 

Parce que ces apôtres et ces 
docteurs qui ont prêché le nom 
du Fils de Dieu, après s'être en- 
dormis dans la puissance et la foi 
du Fils de Dieu, ont encore prê- 
ché à ceux qui s'étaient endormis 
avant eux. 

Ce sont les apôtres et les doc- 
teurs qui ont prêché dans tout le 
monde, qui ont enseigné avec 
sainteté et pureté la parole du 
Seigneur... 



On voit que ces textes nous révèlent l'existence : 
1° de conducteurs (7i:po-/!You[j,£vot.) et d'anciens (TcpesêuTepoi) , 
placés à la tête de l'Eglise (7rpoïGTa[jt.£voi) et occupant les 
premières places (ra xpcoTsia, TCpwToxaOs^piTai) ; — 2° de 
surveillants [ii^iay.oT^oi) (faisant évidemment partie du corps 
des conducteurs ou anciens) qui font la police de l'Église 
et exercent l'hospitalité à l'égard des fidèles venus du 
dehors ; — 3° de diacres (^la/tovot) chargés de gérer les 
biens des pauvres ; — 4° d'apôtres (à-Koc-^okoi) et de docteurs 
(^hi^dGy.rjloi) répandant la parole de Dieu. Outre les apôtres, 
Ilermas ne mentionne (p. ex. Vis. 111^ v, 1) que trois 
charges, celles des surveillants, des docteurs et des dia- 
cres. Il n'est fait nulle part la moindre allusion h un chef 



114 LE PASTEUR d'hERMAS. 

unique placé à la tête de l'Égli'se, au-dessus des anciens, 
des docteurs^ des diacres et du reste des fidèles. 

On est du reste conduit aux mêmes conclusions, pour 
ces églises primitives, par l'étude des textes du Nouveau 
Testament. Qu'on considère soit les adresses^ des épîtres, 
soit les recommandations relatives à la discipline, soit les 
allusions faites aux diverses charges et en général au 
fonctionnement de l'organisme de ces communautés, on 
ne trouve absolument rien qui puisse laisser soupçonner 
l'existence d'un supérieur à la tête de chacune d'elles^. Le 
germe du clergé s'y rencontre dans les fonctions remplies 
par les diacres, les docteurs et les anciens ou évêques; 
mais alors les docteurs constituaient des fonctionnaires 
distincts, et quant aux dénominations d'anciens et d' évê- 
ques, elles ne désignaient qu'une seule et même chose, qui 

1. Dans ces passages de l'Apocalypse (ii, 1, 8. etc.): « Écris à 
l'ange de l'Église d'Éplièse, de Smyrne, etc. », l'ange ne figure pas 
un évoque, mais désigne un véritable ange supposé préposé à 
chaque Église et la personnifiant. 

2. Rom. XII, 6 : Mais nous avons des dons diff'érents suivant la 
grâce qui nous a été donnée : nous avons, suivant l'analogie de la 
foi, soit la prophétie, soit le ministère dans le diaconat; nous avons 
aussi le docteur qui se livre à l'enseignement, et celui qui exhorte, 
qui s'adonne à l'exhortation. Que celui qui donne le fasse avec gé- 
nérosité ; que celui qui préside y mette du soin ; que celui qui prend 
pitié secoure avec joie. — 1 Corinth. xii, 27 ss.: Dieu a établi dans 
l'Kgiise, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, 
troisièmement des docteurs; il a établi ensuite ceux qui ont le don 
des miracles, puis ceux qui ont le don de guérir, de secourir,' de 
gouverner, de parler les diverses sortes de langues. Tous sont- 
ils apôtres? Tous sont-ils prophètes? Tous sont-ils docteurs? Tous 
ont-ils le don des miracles? Tous ont-ils le don de guérir? Tous 
parlent-ils des langues? Tous interprètent-ils? — Éphés.n, li : Lui- 
même a donné lesuns comme apôtres, les autres comme prophètes, 
d'autres comme évangélistes, d'autres comme pasteurs et docteurs, 
pour le perfectionnement des saints..., etc. 



LE PASTEUR d'iIERMAS. 115 

s'est scindée seulement plus tard. Ce dernier point est 
facile à établir avec la dernière évidence par les textes 
suivants : 

Actes XX, 17, 28 : Cependant, de Milet Paul envoya 
à Eplièse pour faire venir auprès de lui les anciens 
(toùç TupsaSuTepou;) de TÉglise, et lorsqu'ils furent arrivés 

auprès de lui, il leur dit : « Vous savez Veillez sur 

vous-mêmes et sur tout le troupeau au milieu duquel 
l'Esprit saint vous a établis évêques (sTrcV-oTTouç) pour paître 
l'Église de Dieu. » 

Tiie I, 5-7 : Si je t'ai laissé en Crète, c'est afin que tu 
presses les réformes qui restent à faire, et que, dans cha- 
que ville, tu établisses des anciens (xpecf^uTspou;), aux con- 
ditions que je t'ai prescrites : être irréprochable, mari 
d'une seule femme, avoir des enfants croyants, qui ne 
puissent être accusés de vivre daus la débauche ou qui 
soient indisciplinés ; car il faut que l'évêque (tov s7i:(axo7i:ov) 
soit irréprochable, comme économe de Dieu... 

Les deux passages suivants sont encore instructifs, 
i^ parce que les anciens y sont nommés sans aucune allu- 
sion à un chef; 2^^ parce que Pierre s'intitule lui-même 
ancien et non évêque ; 3° parce que la fonction des anciens 
est désignée par les termes de èTVKîx.oTOCù, dérivé ^ I'kI'jv.ù-kqç^ 
évêque : 

Jac. V, 14 : Quelqu'un, parmi vous, est-il malade? qu'il 
fasse appeler les anciens de l'Église... — 1 Pierre v, 
42 : Je m'adresse maintenant aux anciens qui sont parmi 
vous , moi qui suis ancien comme eux et témoin des 
souffrances du Christ, et qui ai part aussi à la gloire qui 
doit apparaître. Paissez le troupeau de Dieu qui vous est 
confié, veillant sur lui (sTriaxoTiroGvTeç) , non par contrainte, 
mais de bon gré. 



116 LE PASTEUR d'hERMAS 

Quant aux deux extraits qui suiyent, ils prouvent que 
les auteurs du Nouveau Testament ne connaissent que deux 
classes de fonctionnaires administratifs, celle des anciens 
ou évoques et c^lle des diacres : 

Philip. I, 1 : Paul et Timotliée, esclaves de Jésus- 
Christ , à tous les saints en Christ Jésus , qui sont à 
Philippes, avec les évêques et les diacres (remarquer le 
pluriel d'évêques). — 1 Tim. m, 2^/8: 11 faut donc que 
Vévêque soit irréprochable , mari d'une seule femme , 
... il faut qu'il reçoive aussi un bon témoignage de ceux 
du dehors^ afin qu'il ne donne prise ni aux invectives, ni 
aux pièges du diable. De même il faut que les diacres 
soient honnêtes, sans duplicité. (Pas de classe intermé- 
diaire entre les évêques et les diacres.) 

Saint Jérôm'e, dans son commentaire sur Tlte i, 5, 
reconnaît dans les termes suivants cette identité origi- 
nelle des prêtres et des évêques : « Apostolus perspicue 
« docet eosdem esse presbyteros quam episcopos. Quod 
« autem postea unus electus est qui cseteris prœpone- 
« retur, in schismatis remedium factum est. Idem est ergo 
« presbyter quam episcopus, et antequam diaboli ins- 
« tiuctu studia in rehgione fueraut, commun! presbytero- 
« rum consilioecclesiae gubernabantur^ ». — Voir encore 
les explications de saint Jean Chrysostome et de Théodo- 
ret sur Philip, i, 1. 

L'épître dite de Clément Romain aux Corinthiens, 

1. L'épîlre à Tite et la l""" à Timothée sont les seuls livres du 
Nouveau Testament où on ait pu saisir quelque allusion plus ou 
moins fondée à l'institution de l'épiscopat. Or il se trouve précisé- 
ment que ce sont aussi les seuls, avec Pliilém. et Thessalonic. dont 
on ne trouve aucune trace dans le Pasteur, avec lesquels ce dernier 
ouvrage n'ait aucun point de contact. 



LE PASTEUR d'hERMAS. 117 

écrite vers l'an 95, donne lieu aux mêmes conclusions. Il 
faut d'abord remarquer que cette lettre n'est pas adressée 
par un évêque à un autre évêque, mais par l'Église de 
Rome à l'Église de Corinthe^; la traditiQu en attribue la 
rédaction à Clément : que cette tradition soit véritable ou 
non, il y a un fait constant, c'est que l'auteur écrit non 
comme chef, mais comme simple interprète de son 
Église. Si de véritables évêques eussent existé à la tête des 
deux Églises en question, si surtout Clément se fût crûtes 
droits et l'autorité d'un pape^, comment n'en verrait-on 
pas quelques traces dans cette longue épître, dont le but 
est précisément de rappeler les Corinthiens à une certaine 
discipline, de leur rappeler l'obéissance qu'ils devaient 
aux chefs régulièrement élus par eux? 

Loin de là, en lisant cette lettre attribuée à Clément, on 
voit : 1^ que le titre à' ancien y est pris pour synonyme de 
celui dié^^êque (ch. xliv) ; 2^ que jamais il n'est question 
de l'évêque de Corinthe, mais toujours des anciens de 
cette Eglise; ce sont eux qui sont établis sur la commu- 
nauté et à qui on doit l'obéissance (chap. xlvii,liv et lvii); 
3« que l'auteur ne connaît que deux classes de fonction- 
naires, les anciens ou évêques, et les diacres (ch. xl 
et xlh). 

1. Irônêe, 1. III, chap. m, 3 : Sous ce Clément, l'Église de Rome 
(quaé est Romce Ecclesia) écrivit aux Corinthiens une lettre excel- 
lente. — Eusèhe^ m, 16 : Toutou St) oOv li\-{\ij.zvxoq b^.oloyo\Ji;.ér/\ ^la 
IttictoXy) cpépexai, ^.z-^ak-/] te xal Oau[;.a(Jia -^v w; àito ttjç 'Po)[;.aitov 
£XxXv](7iaç TY) KopivOt'ojv oiETuirtoaaTO. — Ici. XXXVIII, 1 : ... xal tou 
I(X7i(/.£VT0ç Iv r^ àvtO[jr,oXoYvi[/£vyi Trapoc Tcaatv, '/]V Ix Trpoaw'jrou t^ç 
'Pw[/.aicov EO<xXy)aiaç t^ KopivOioJV oieTUTitoffaxo. 

2. Qu'on se figure comment le pape écrirait aujourd'hui à un 
diocèse en révolte contre son clergé, et on comprendra toute la 
valeur de cette observation. 



118 LE PASTEUll d'hERMAS. 

Ep. Clém. ch. 44 : Nos apôtres connurent qu'il y aurait 
des compétitions pour le titre â^évêque {i~l tou 6vo[j,aTo; r^ç 
£TCi,cx.oTC'/iç) : c'est pourquoi ils confièrent ce titre à ceux que 
nous avons dit... Ceux donc qui ont été établis par les 
apôtres, ou ensuite par d'autres, nous ne croyons pas 
juste de les rejeter du ministère. — Heureux les anciens {ol 
7vpecêuT£pot) qui ont achevé leur carrière avant nous... Ceux 
là du moins ne craignent pas que quelqu'un vienne les 
tirer de la place qui leur a été assignée ! 

Ibid. ch. 47, 6 : Il est honteux d'entendre dire que 
cette Église de Corinthe est en révolte contre les an- 
ciens... 

Ibid. ch. 54, 2 : Que le troupeau du Christ soit en 
paix avec les anciens qui ont été étabhs. 

Ibid. ch. 57, 1 : Soumettez-vous aux anciens. 

Ibid. ch. 40, 5 : La suprême volonté du Seigneur a fixé 
ceux qui doivent être les ministres des offrandes. Le 
grand prêtre (tw à^iie^d) a ses attributions ; une place 
spéciale est assignée aux prêtres (w$ le^siiGiv); des fonc- 
tions particulières sont donuées aux lévites (toî"? Asukaiç,) : 
le laïque (6 ^.aïîcoç avÔpwTvoç) est lié par des obligations qui 
lui sont propres K 

1. Clément cite textuellement de longs et nombreux passages de 
l'Épître aux Hébreux ; on voit qu'il s'était complètement assimilé la 
doctrine de l'auteur de cette épître. Pour lui donc, comme. pour ce 
dernier, le grand prêtre des chrétiens ne pouvait être que Jésus- 
Christ. Restent alors deux ordres, les prêtres, c'est-à-dire les anciens 
ou évêques, et les lévites, c'est-à-dire les diacres. Par laïques, 
Clément entend ceux des fidèles qui n'exerçaient aucun ministère. 
— Voir toute l'épitre aux Hébreux et en particulier le ch, vin, 1-2 : 
« Un point capital dans notre sujet, c'est que nous avons un souve- 
« i-ain sacrificateur (ap/^tepsa) tel qu'il s'est assis à la droite du Trône 
« de la Majesté divine dans les cieux en qualité de ministre du Lieu 



LE PASTEUR b'hERMAS, 119 

Ihid. ch. 4:2, i : Prêchant ainsi à travers les campa- 
gnes et les villes, les apôtres choisissaient ceux qui avaient 
été les prémices de leur apostolat, et après les avoir 
éprouvés par l'Esprit, ils les établissaient évêqites et dia- 
cres (sTCicx-oTTouç y.ai ^lazowuq) de ceux qui devaient croire. 
Et ce ne fut pas là une nouveauté : il y avait longtemps 
que l'Écriture parlait d'évêques et de diacres, puisqu'elle 
dit quelque part : J'établirai leurs évêques sur les fonde- 
ments de la justice et leurs diacres sur les bases de la 
foi. 

Un point intéressant à noter dans l'épître de Clément, 
c'est que le terme d'ancien, tout en désignant les chefs de 
la communauté, y est souvent opposé à celui de jeunes 
gens ; on en est encore à la naissance de l'institution, au 
moment oii les prêtres étaient vraiment les plus âgés de 
l'Éghse. 

Clém. I ; 3 : « Vous faisiez tout sans acception de per- 
sonnes et vous marchiez suivant les lois de Dieu, soumis 
à vos chefs (toTç '/lYouixevo!.? û[j,wv) . Vous rendiez l'honneur 
convenable à vos anciens (toî"? Trap'ûjjJv irpsoguTepotç), vous 
avertissiez les jeunes gens (veot;) d'avoir des sentiments 
honnêtes et graves. )> — Ihid. \\i, 3 : « Ainsi les jeunes 
gens se sont élevés contre les anciens (oûtw; £7r-/]yepO-/ic;av 
01 veoi éTvl tqU Tcpsaé'uTepouç) , — Ihid. XXI, 6 : Véuérons ceux 
qui sont à notre tête (toùç irpo'/iyoupivou? -/ip-wv), honorons les 
anciens (toùç irpecêurepouç) , instruisons les jeunes gens 
(-où; veouç) dans la crainte de Dieu... » 

C'est ainsi que dans la première épître de Pierre, on 

« très saint et du véritable labernacle qui a été dressé par le Sei- 
« gneur, non par un homme. En eflet, tout souverain sacrificateur 
« (ita; àp7_i£peuç) étant établi pour offrir des oblations et des sacri- 
« fices, il était nécessaire que lui aussi eût quelque chose à offrir. « 



120 LE PASTEUR d'hERMAS. 

lit (v. 1 et 5) : « Je m'adresse maintenant aux anciens (toùç 
xpeaêuTepouç) qui sont parmi vous, moi qui suis ancien 
comme eux... De même, vous qui êtes jeunes (vewxepot), 
soyez soumis aux anciens (uTîOTaY'i'^e T^pscêuTepoiç) . 

Dans le célèbre fragment de Papias qu'Eusèbe nous a 
conservé au Livre III, ch. 39, de son Histoire ecclésiastique, 
c'est sous le nom d'anciens uniquement que sont désignés 
les personnages marquants, par lesquels s'étaient trans- 
mises les traditions apostoliques, (ocra 7:oT£7rapàTcov Tupea^urépcov 
y.cikSic, e[xa0ov — d ^é tcou /.al 7rapYix,olo'j()'fly,c6çT!.ç Toî'çirpscêuTspoiç elôoi 
Toùç Tcov TTpscêuTepwv àv£/Cptvov T^oyouç. — 6 TTpecêuTspoç 'lœavvYiç. 

L'habitude de donner souvent aux évêques le nom d'an- 
ciens s'est conservé longtemps et trahit leur origine. Eu 
voici quelques exemples : Irénée, L. IV, 26, 2 : Qua- 
propter eis qui in Eoclesia sunt presbyteris obaudire 
oportet, his qui successiouem habeut ab apostolis, sicut 
ostendimus; qui cum episcopatus successione charisma 
veritatis certum secundum placilum Patris acceperunt. 

Eus, H. E . V, 15 : Ol ^'hà 'Pc6[j//iç '^'x[xa'(ov, cbv -/lyetTO 
4>Xcopivoç, TCpsG^uTepiou Toç £x,y-)sYiciaç cctvottsgwv . — Irén. , aj). 
Eus . v, 20, 4; .* TauTa Ta ^oyfxaTa ot 7:po vîjxoiv Tvpecê'uTepot, oî x,al 
Toî"? â-KO(7To7^otç GUfACpoiT'fl'cravTe; où Twape^wx.av crot. — Irén.^ ap., 
Eus. V, 20, 7 : 6 noT^U/capxoç. . e^tervoç 6 p^ax-apioç xal aTiroGToT^ix.oç 
TTpecê'Jtepoç. — Jr^îl. «p. Eus., v, 24, 14 : Ol -nrpo 2wrÀpO(; 
TvpecêuTepoi. oî icpoGTavrs; Tviç êx.y.V/iciaç '/iç gi> vuv à^Tiyvi, 'Avix.vitov 

7^éyo[j.£v xat iilov. (Soter est le 11*^ pape; il est appelé 
immoTzo:; par Eus. IV, 23, 9 et 10 ; 30, 3). Irén. ap. Eus. 
V, 24, 15 : Ot Tvpo GO'j (BtxTopoçj 77p£cêuT£poi. — Ir . ap . Eus., 
24, 16 : Oure [x-^v 6 IIoT^U/capTroç tov 'AviV-vitov b-kbics, r/ip£Î'v, 
T^syovta r/jv cuv7ÎÔ£i.av twv Trpo aùrou 7i:p£'jêuT£pwv ô<p£tX£i.v "/,at£;;(_£tv. 
Dans la célèbre histoire de saint Jean et du jeune bri- 
gand que rapporte Clément d'Alexandrie dans son livre 



LE PASTEUR d'hERMAS. 121 

Qiiis dives saïvefur, cJi. xlii, le chef de l'Église d'Éphèse 
est appelé indifféremment imGy.or:o<; et irpecêuTepoç. 

On peut donc affirmer, comme conclusion, que Fépis- 
copat n'est pas dû à une prévision divine dhme nature mi- 
raculeuse; il est né après coup, sous la pression des cir- 
constances. Cette institution s'imposa de très bonne heure 
comme une nécessité pour maintenir l'ordre, la discipline 
et la pureté du dogme dans les églises, et aussi pour faci- 
hter les communications et assurer la communion entre la 
multitude des communautés dispersées sur toute k sur- 
face de l'empire romain. Quoi de plus naturel que de voir 
les conseils d'anciens se donner des présidents, d'abord 
annuels, puis à vie, et ceux-ci usurper peu à peu une au- 
torité indépendante et absolue ? 

Note E. — Les premiers écrivains chrétiens exhortent 
souvent les fidèles à l'allégresse spirituelle. C'est pour 
eux un don du Saint-Esprit, une sorte de vertu, le témoi- 
gnage d'une foi sincère. Cette allégresse est tout autre 
chose que le sentiment d'une conscience satisfaite d'elle- 
même; c'est la joie mystique d'une âme qui se sent inti- 
mement unie à la divinité, supérieure à toutes les misères 
de ce monde et assurée d'une féhcité prochaine et éter- 
nelle. Voici quelques-unes de ces exhortations : 

Rom. XIV, 17 : Le royaume de Dieu consiste dans la jus- 
tice, dans la paix et dans la joie (xapî^) par l'Esprit saint. 

Gai, V, 22 : Le fruit de l'Esprit au contraire, c'est 
l'amour, la joie (xapà), la paix, la patience, la mansuétude, 
la bonté, la bonne foi, la douceur, la tempérance. 

l''^' Thessalon. i, 6 : ... en accueillant la Parole au milieu 
de grandes afflictions, avec la joie ((xsrà xapàç) que donne 
le Saint-Esprit. 



122 LE PASTEUR d'hERMAS. 

Jean xvii; 13 : Maintenant, je viens vers toi et je 
t'adresse cette prière, pendant que je suis au monde, afin 
qu'ils possèdent complètement ma joie (t-/iv yj/.^h rh 
spv) au dedans d'eux^ 

Rom. XV, 13 : Que le Dieu de l'espérance vous fasse 
trouver dans votre foi toute sorte de joie (-jraGviç x.'^.pâ'ç) et 
de paix, pour que vous soyez plein d'espérance, par la 
puissance de FEsprit saint. 

Colos. I, 11 : Que Dieu vont donne d'être fortifiés de 
toute manière par sa glorieuse puissance pour tout sup- 
porter et endurer avec joie (y-srà xapàç). 

Philip, m, 1 : Au reste, mes frères, réjouissez-vous 
dans le Seigneur (xoctpsrs h Kupi'w). 

Philip. IV, 4 : Réjouissez-vous dans le Seigneur; je 
vous le répète, réjouissez-vous. 

2 Corinth. i, 24... Mais nous tâchons de contribuera 
votre joie. 

Actes XIII, 52 : Toutefois les disciples étaient remplis 
de joie (x^pccç) et d'Esprit saint. 

1 Pierre i, 8 : Vous tressaillez d'une joie ineffable et 
glorieuse [oiyaXkiaa^e X'^.pa âvsxAaA'/fTw y-al ^e^o^aapivv)), parce 

que vous allez remporter le salut de vos âmes. 

1 EjJ. Jean i, 4 : Et nous écrivons ces choses afin que 
votre joie soit parfaite. 

Barnabe, vu, 1 : Comprenez donc, enfants de la joie 

(Té/cva £ii(ppoauvv]ç), que... 

Barnabe, i, 6 : Il y a donc trois dogmes^ du Seigneur : 
l'espérance du salut, commencement et fin de notre foi ; 

1. Voir encore Jean xv, 11 ; xvi, 20, 22, 24. 

2. Aoyy.KTa siint Dei prœcepta in qiiibus sensus aliquis gravis et 
arcanus inest. 



LE PASTEUR d'heRMAS. 123 

la justice, commencement et fin du jugement ; la charité 

dans la joie et l'allégresse (àyd-K-ri eùcppocuv/iç xal àyaXki(x.as.oi(;), 
témoignage de la justice des œuvres. 

Rom. XII, 12 : Que l'espérance yous rende joyeux 
ÇxYii'km^i j(_atpoyTeç). 

1 Thessalon. v, 16 : Soyez toujours joyeux. 

Note F. — Ces passages font allusion au retour prochain 
du Christ, retour que les premiers chrétiens considéraient 
comme imminent. Cette croyance superstitieuse, à laquelle, 
se rattachait l'espoir d'un règne de mille ans pour les élus, 
n'a pas peu contribué à assurer le succès de la prédication 
chrétienne et à entretenir l'enthousiasme des fidèles : elle 
a laissé dans le Nouveau Testament des traces innombra- 
bles, dont Yoici les principaux échantillons : 

Math. XVI, 27-28 {Marc viii, 38 — ix, 1; Luc ix, 
26-27) : ... En effet, le Fils de l'homme doit venir dans 
la gloire de sou Père, avec ses anges, et alors il rendra à 
chacun selon ses œuvres. En vérité, je vous le dis^ quel- 
ques-uns de ceux qui sont ici présents ne goûteront point 
la mort, qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme venir dans 
sa royauté. 

Math. xxvi,,64(M'«rcxiv, 62) : Jésus répondit à Caïphe : 
« Tu l'cis dit ; et -TOême je vous déclare que désormais 
vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout- 
Puissant et venir sur les nuées du ciel. )> 

Math. XXIV, 3-36 : Comme il était assis sur la monta- 
gne des Oliviers, ses disciples vinrent lui dire en particu- 
lier : « Dis-nous quand cela ( la destruction du temple ) 
doit avoir lieu, et quel sera le signe de ton avènement et 
de la fin du monde? » Jésus leur répondit : « Prenez 
garde... (Annonce de la violation du lieu saint et d'une 



124 LE PASTEUR d'hERMAS, 

période de grande détresse.) Aussitôt après ces temps de 
détresse, le soleil pâlira, la lune refusera sa lumière, les 
étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux se- 
ront ébranlées. Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils 
de l'homme, et tous les peuples de la terre se frapperont, 
la poitrine, et ils \erront le Fils de l'homme qui Viendra 
sur les nuées du ciel, revêtu d'une grande puissance et 
d'une grande gloire. Il enverra ses anges, qui, au son 
éclatant de la trompette, rassembleront ses élus des quatre 
vents, d'un bout du monde à l'autre. (Comparaison du 
figuier.) En vérité, je vous dis que cette génération ne 
passera point que tous ces événements n'arrivent. Le ciel 
et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. 
Quant au jour et à l'heure, nul ne le sait, pas même les 
anges du ciel, mais mon Père seul. » (Cf. Marc xm, 1-32 
et Luc XXI, 5-33). 

1 Corinth. xv, 51-53: Voici un mystère que je vous 
révèle ; nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons 
changés, en un instant, en un clin d'œil, au son de la der- 
nière trompette : car la trompette sonnera, et les morts 
ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons chan- 
gés. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incor- 
ruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité. 

1 Thessaloniciens iv, 13-18 : Nous ne voulons pas, mes 
frères, que vous soyez dans l'ignorance au sujet de ceux 
qui sont morts, afin que vous ne vous affligiez pas comme 
les autres, qui n'ont point d'espérance.. Si nous croyons 
que Jésus est mort et ressuscité, de même nous devons 
croire que Dieu ramènera avec Jésus-Christ et par lui ceux 
qui sont morts. Nous vous affirmons, par la parole du 
Seigneur, que nous, qui vivons et qui sommes laissés pour 
l'avènement du Seigneur, nous ne devancerons point ceux 



LE PASTEUR d'iIERMAS 125 

qui sont morts. Le Seigneur lui-même, au signal donné à 
la Toix d'un archange et au son de la trompette de Dieu, 
descendra du ciel; alors ceux qui sont morts en Christ 
resssusoiterout d'abord; puis nous, les vivants, ceux qui 
auront été laissés, nous serons enlevés tous ensemble avec 
eux sur les nuées pour aller au-devant du Seigneur, dans 
les airs ; et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. 
Consolez-vous donc les uns les autres dans ces pensées. 

2^ Thessalonic. ii, 6 ss. : Et maintenant vous savez ce 
qui empêche l'adversaire de paraître avant son temps, car 
le mystèrede l'impiété déploie déjà son action; seulement 
il faut attendre, pour qu'il éclate, que celui qui fait obsta- 
cle à cette heure soit écarté. Alors paraîtra l'impie, que le 
Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche et 
anéantira par l'éclat de son avènement. Cet impie paraîtra 
avec une puissance satanique.,. 

Voyez encore : Actes n, 15 ss. — Rom. xvi, 20. — 
1 Corinth. vn, 26 et 29; x, 11. — Philip, iv, 5. — 
1 Thessal. m, 13. — Hébr. i, 2; ix, 26; x, 25 et 37. — 
Jac. V, 4, 8 et 9. — 1« Pierre i, 5 et 20; iv, 7 et 17; v, 1. 
— 1« Ep. Jean II, 18 et 28, 

Il y aurait également à citer l'Apocalypse tout entière, 
puisque l'objet de ce hvre est précisément l'annonce de 
l'apparilion prochaine de l'antechrist et de son règne, puis 
du retour du Christ et du triomphe de celui-ci sur celui-là. 
Disons seulement que l'Apocalypse a été écrite sous le 
règne de Galba, à la fm de l'année 68 ou tout au commen- 
cement de 69; que l'auteur prédit le retour de Néron 
comme autechrist * et la destruction de Jérusalem, le 

1. Les sept tôtes de la bête sont sept rois (xvii, 10) ; la bête est 
elle-môme un huitième roi et en môme temps l'un des sept premiers 
rois (xvii, 11); ce roi a élé blessé à mort, mais sa blessure est 



126 . LE PASTEUR d'hERMAS. 

temple excepté (xi, 1-2); qu'il fixe à trois ans et demi 
(42 mois, xm, 6, et xi, 2, ou 1260 jours, xi, 3) la durée 
du règne de cet autechrist, qui sera alors vaincu par Jésus 
(xix, 11-21). A ce moment, les justes seuls ressusciteront 
pour régner mille ans avec le Christ (xx, 4-5).. Puis Satan 
sera relâché un instant et surviendra une courte et nou- 
velle crise (xx, 3 et 7-10), à l'issue de laquelle auront lieu 
la résurrection générale et le jugement dernier (xx, 11- 
15). Alors les impies seront jetés dans les flammes éter- 
nelles, tandis que la Jérusalem céleste descendra sur la 
terre et que les élus s'y installeront pour l'éternité (xxi et 
xxn, 1-5) ^ 

guérie (xvii, 3, 12 et 14) ; il était et n'est plus [quant au moment 
présent), mais il doit remonter de l'abîme (xvii, 8 et 11). Le nombre 
de cette bête est le nombre d'un homme et ce nombre est 666 
(xm, 18). — Toute cette caractéristique s'applique à merveille à 
l'empereur Néron : la somme des lettres qui forment son nom en 
hébreu donne précisément 666, quand on additionne leurs valeurs 
numériques ; Néron passait du reste en Orient pour avoir échappé 
aux suites de sa blessure, s'être réfugié chez les Parthes et devoir 
remonter sur le trône. Voyez : Suétone, Vie de Néron, 40 et 57 ; 
Tacite, J/w^., i, 2 et ii, 8 et 9; Dio7i Cassius, lxiv, 9; Oracula 
Sibyllina, iv, 116 ss. ; v, 33; viii, 1-216; ... etc. — Il existe encore 
d'autres coïncidences curieuses, de sorte qu'il est absolument im- 
possible de douter que l'auteur de V Apocalypse n'ait eu Néron en 
vue à propos de soil Antéchrist. 

1. Les millénaires s'appuyaient principalement sur le célèbre 
passage de la 1" épître. aux Corinth. (xv, 23-28) : « Les prémices 
de la résurrection, c'est Christ; ensuite viendront ceux qui appar- 
tiennent à Christ, lors de son avènement; puis ce sera la fin, quand 
il remettra la royauté à Dieu, son Père, après aA^oir renversé toute 
principauté, toute autorité et puissance ; car il doit exercer la 
royauté jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds... 
Lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui- 
même sera aussi soumis à Celui qui lui a soumis toutes choses, afin 
que Dieu soit tout en tous. » • 



LE PASTEUR d'hERMAS. \21 

Note G. — L'Église romaine s'attribue la prééminence 
sur toutes les autres Églises, avec le droit de les gouverner 
et de leur imposer sa règle de foi. Le Pasteur ne fait au- 
cune allusion à ces prétentions, et quant à l'épître de 
Clément, elle montre bien que les Corinthiens avaient 
choisi les Romains pour arbitres au sujet des querelles 
qui s'étaient élevées parmi eux : mais ce choix, tout tend 
à prouver qu'ils l'avaient fait spontanément et pour des 
motifs particuHers, par exemple, parce qu'à Rome rési- 
daient encore alors des collaborateurs de saint Paul, leur 
père dans la foi. Il n'impHque en aucune façon qu'ils re- 
connaissaient à cette ÉgUse une autorité supérieure et la 
mission de régenter toutes les autres. 

L'Église de Rome a cru du moins trouver un texte à 
l'appui de ses prétentions dans un auteur presque con- 
temporain d'Hermas, — je veux parler d'Irénée, évêque de 
Lyon. Mais le passage auquel je fais allusion ne se prête 
à cet usage que grâce à une interprétation arbitraire ; et 
pour compléter ce qui a été dit plus haut au sujet de l'or- 
ganisation primitive dans l'Église, je veux le rapporter 
ici et en faire ressortir le véritable sens. 

Irénée (1. III, cli. 3) veut montrer que les Apôtres n'ont 
pas eu de doctrine secrète enseignée à des privilégiés et 
que les rêveries de Valentin, Marcion et autres ne sont 
pas d'origine apostohque. Si de pareilles doctrines eussent 
existé, c'est surtout aux évêques et à leurs successeurs 
qu'elles eussent été confiées. Or, il y a un grand nombre 
d'églises qui ont été fondées par les apôtres et ont eu une 
succession d'évêques remontant jusqu'à eux ; dans aucune 
d'elles, on ne connaît ni n'enseigne rien de semblable. 
Il serait trop long, dit Irénée, de citer toutes ces égiises; 
il suffira de prendre pour exemple celle de Rome, d'en 



128 LE PASTEUR d'hERMAS. 

rappeler les évoques successifs et de montrer que la foi 
qui y est reçue est la foi catholique, celle que moi, 
ïréuée, je défends contre tous les hérétiques. 

« Sed quoniam valde longum est in hoc tali volumine 
« omnium Ecclesiarum enumerare successiones, maximœ 
« et antiquissimœ et omnibus cognitœ^ a gloriosissimis 
« duohus apostolis Peiro et Paulo Romœ fundatœ et 
« consiitutœ Ecclesiœ, eam quam habet ab apostolis tra- 
ce ditionem et anuuntiatam hominibus fîdem, per succes- 
« sionnes episcoporum pèrvenientem usque ad nos indi- 
ce cantes, confundimus omnes eos, qui quoquo modo, vel 
« per sibi placentia vel vanam gloriam, vel per cœcitatem 
« et malam sententiam, prœterquam oportet cohigunt. 
a Ad hanc enim Ecclesiam, propter potiorem principali- 
« tatem necesse est omnem convenire Ecclesiam^ hoc est 
« eos qui sunt undique fidèles, in qua semper ab bis, qui 
« sunt undique, conservata est ea quae est ab apostolis 
« traditio. » 

Quels sont donc les motifs qu'Irénée invoque pour faire 
choix dans cette circonstance de l'Église romaine ? C'est 
d'abord qu'elle est très grande, très antique, connue de 
tous, qiCelle a été fondée et établie par les deux très glo- 
rieux apôtres Pierre et Paid. Ensuite l'importance excep- 
tionnelle de cette ville, sa prééminence {potiorem prin- 
cipalitatem [Urbis) forcent les fidèles de tout l'empire à y 
affluer de toute part [convenire... undique), et ce concours 
universel y a forcément entretenu et conservé la tradition 
générale, la tradition apostolique. De sorte qu'Irénée ne 
reconnaît aucun privilège divin à l'Église de Rome et n'at- 
tribue l'importance de sou témoignage en matière de foi 
qu'à des circonstances tout à fait naturelles et acciden- 
telles, c'est-à-dire à ce qu'elle a été fondée par deux 



LE PASTEUR d'hERMAS. 129 

apôtres, et à ce qu'étant la capitale de l'empire, les fidèles 
se trouvent amenés à y affluer de tous les points de l'uni- 
vers, et à y exercer par suite une sorte de contrôle inces- 
sant de la pureté delà foi primitive. Il semble que cette 
Église particulière participe ainsi à la vie de l'Église 
entière et la représente dès lors le plus fidèlement pos- 
sible. 

Les auteurs catholiques, pour tirer parti du passage en 
question, sont obligés de traduire la dernière phrase 
comme il suit : « C'est avec cette Église que toutes les 
« Églises et tous les fidèles doivent s'accorder, à cause 
« de sa principauté suréminente, et parce que c'est en elle 
« que ces mêmes fidèles répandus par toute la terre ont 
« conservé la tradition qui vient des apôtres. » Ils suppo- 
sent ainsi que le moi principalitatem se rapporte, dans la 
pensée de l'auteur, à l'Église et non à la ville de Rome, 
et en outriB que le terme de convenire a le sens de s'ac- 
corder et non celui de se réunir. 

Mais autant qu'on peut le vérifier par les fragments 
conservés du texte original d'Irénée, les mots traduits par 
convenire, dans la version latine qiie nous possédons, ont 
en grec le sens de se réunir {csM^^oiXkeiv , cwéçjza^oLi. 
(juj;,gat'veiv.— Voir 1. II, 22, 5, et 1. III, 21, 2). En outre, la 
présence répétée du mot undique favorise ce sens. Enfin 
on ne voit pas comment tous les fidèles auraient pu con- 
tribuer à la conservation de la tradition apostolique à 
Rome, autrement que par leur affluence dans cette ville, 
par cette affluence que l'auteur exprime, suivant nous, 
dans ces termes de convenire et à! undique. 

Note H y sur V auteur de la Création du Monde. — 
Dans le Nouveau Testament, la création du monde est 

9 



130 LE PASTEim d'hermas. 

attribuée à Dieu (Actes xiv, 15; xvii, 24-26), qui l'a 
créé par sa parole (p'/i(xaTt, Hébr. xi, 3) ou par sa volonté 
(Apoc. IV, 11). Cette parole créatrice est couçue par l'au- 
teur du quatrième évangile comme une liypostase et iden- 
tifiée avec le Christ (Jean, i, 3, 4, 14), à qui l'épître aux 
Colossiens (i, 16) et l'épître aux Hébreux (i, 2; Cf. xi, 3), 
et même la première épître aux Corinthiens (vm, 6), attri- 
buent également la création, eu faisant toutefois du Christ 
un simple instrument. Le Verbe, deuxième personne de 
la Trinité, n'a cessé, jusqu'à saint Arabroise et saint 
Augustin, d'être considéré par les Pères comme l'ouvrier 
de la création, et le symbole de Nicée lui-même, après 
avoir nommé le Père, créateur de toutes les choses visibles 
et invisibles, dit du Fils que tout a été fait par lui dans 
le ciel et sur la terre (^t' ou i-aTravra iyév&TQ, toc èv TÔi oiipavô 
xal Ta sv TV) yyÇ)- 

Voici, pour donner un exemple, comment s'exprime 
Origène (Contre Celse, 1. Vf, ch. 60) : « Nous avons déjà 
« fait ce qui dépendait de nous pour éclaircir ces com- 
« mandements : Que ceci ou que cela se fasse, en rap- 
« portant ce passage : Il a parlé et tout a été fait; il a 
(( commandé et tout a été créé, et en montrant que l'ouvrier 
« immédiat du monde, celui qui, pour ainsi dire, a mis 
« la main à l'œuvre, c'est le Fils de Dieu, que nous nom- 
(( mons le Verbe ; mais que le Père du Verbe en est 
« l'ouvrier primitif, en ce qu'il a commandé à sou Fils de 
« faire le monde. » Voir encore Ibid., ch. 47; Orig. de 
princip. Prsef., 4; Homel. in Geu., et in Joan., n, 6. — 
Tous les autres Pères des quatre premiers siècles ont 
partagé cette manière de voir. On peut citer entre autres : 
Justin, 2*^ ApoL, 6 et Cohort. ad Graec, 15; Tatien, Orat. 
ad Graec, 6; Athénag. Légat., 10; Theoph. ad Autolyc, 



LE PASTEUR d'hERMAS. 131 

10 et 22; Ép. de Barnabe, v, 5 et 10 ; Ep. ad Diogn., 7: 
Const. Apost., II, 59; Iréuée, iv, 20, 1 et v, 18, 3; Ter- 
tuU. Praescript., 13 et Adv. Prax., 2; Clém. Alex. Coh. 
ad gentes, ch. i et Strom., 1. vi, ch. 7 (p. 769) et ch. 16 
(p. 815) et L VII, ch. 2 (p. 831) ; Philosophoumena, 1. x, 
ch. 33: « Jubente pâtre muudum fieri, perfecit Verbum, 
in singuhs Deo obtemperans. » 

Ce rôle attribué au Fils était une conséquence forcée de 
la conception originelle du Verbe, qui fut imaginé pri- 
mitivement pour être l'anneau reliant les créatures au 
Dieu absolu et inaccessible. Mais il devint nécessaire de 
modifier la théorie sur ce point particulier, quand on en 
fut venu à considérer le Fils comme l'égal du Père, et 
comme ne faisant qu'un seul Dieu avec lui ainsi qu'avec 
le Saint-Esprit. Aussi saint Augustin euseigna-t-il que la 
création n'est pas l'œuvre personnelle du Fils, mais bien 
Tœuvre collective de la Trinité,. à qui il attribuait aussi 
sans hésiter les théophanies de l'Ancien Testament. En 
fait, c'est maintenant au Père qu'on a pris l'habitude 
d'attribuer la création. « La puissance étant appropriée 
(c'est-à-dire attribuée de préférence) au Père, la création 
doit également lui être appropriée ; car la création est 
surtout l'œuvre de la puissance. » C'est ainsi que le 
catéchisme du Concile de Trente dit : « 11 n'y a de propre 
« au Père que la paternité, au Fils que la génération, au 
« Saint-Esprit que la procession du Père et du Fils : mais 
« c'est l'usage de l'Église d'attribuer plus spécialement 
« au Père l'œuvre de la création, au Fils celle de l'incar- 
« nation et de la rédemption, au Saint-Esprit celle de la 
« sanctification. » 



132 LE PASTEUR d'hERMAS. 



ADDENDA 



A la page 8. — Le texte de l'ancienne version latine vulgaire a 
été définitivement établi par Hilgenfeld : Veterem latinam inter- 
pretationem e codicibus edidit Ad. Hilgenfeld^ Lipsiae 1873. 



FIN 



T j^BLiEl 



Pages. 
I. — Notice succincte sur le Pasteur, son origine, son auto- 
rité, ses manuscrits et ses éditions 1-11 

II. — Aperçu du Pasteur i 12-23 

III. — Analyse méthodique du Pasteur 24-63 

1° Dieu 24-25 

2° Le Fils de Dieu 25-30 

3° Le Fils adoptif de Dieu 30-31 

4° Le Saint-Esprit 31-34 

5° Les Anges 34-35 

6° L'Eglise idéale 35-37 

7° L'Eglise terrestre, à Rome 37-48 

8° De la pénitence 49-53 

9° Le monde, les affaires, les richesses 53-54 

10° Les riches et les pauvres ; l'aumône 54-57 

11° Rédemption, œuvres 57-59 

12° Opinions diverses 59-63 

IV. — Extraits 64-86 

1° Dieu 64-65 

2° Le Fils de Dieu 65-76 

3° Les vrais et les faux prophètes 76-80 

4* La pénitence 81-82 

5° Les riches et les pauvres 82-85 

6° Les apôtres.aux enfers....... .,,.... 85-86 



1^34 LE PASTEUR d'hERMAS. 

V. —Notes 87 131 

Note a, sur la Trinité. . , 87-88 

— b, sur la divinité du Fils de Dieu 88-107 

— c, sur le Saint-Esprit 108-111 

— d, sur l'épiscopat 111-121 

— e^ sur les exhortations à l'allégresse 121-123 

— f, sur la croyance des premiers chrétiens au 

prochain retour de Christ s . . . . 123-126 

— g, sur un texte d'Irénée, relatif à l'Eglise de 

Rome 127-129 

— h, sur l'auteur de la création 129-131 

Addenda. 132 



Imprimerie D. Bardin, à Saint-Germain. 



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